Un triste printemps 2013


Me revenait en mémoire par ce grisâtre dimanche de mai (quel triste printemps quand même que ce cru 2013, tout juste 2 bonnes nouvelles à se mettre sous la dent, et paradoxalement, il s’agit de 2 décès, celui de la psychopathe ultralibérale britannique Margaret Thatcher et celui de l’ancien dictateur argentin Jorge Rafael Videla) me revenait en mémoire donc ce que j’écrivais au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle 2012.

Pourquoi cette résurgence aujourd’hui, vous demandez-vous certainement (si, si, je le vois bien dans vos petits yeux chafouins)?  Indubitablement, à cause de ce qu’ai vu dans mon poste de télé.  Cette déferlante, toute honte bue, de la France cachée, de la France réac, de la France égoïste, de la France repliée, de la France rampante, de la France haineuse, de la France égoïste, de la France jalouse, de la France triste, de la France de RMC et d’ RTL réunies.

Parfois, emporté par mon indéfectible optimisme, j’oublie que 80% des français sont de droite.  Voici ce que je me disais alors, ce 23 avril 2012 au matin:

« Aujourd’hui, je m’en veux énormément.  De m’être laissé aller, encore une fois, à croire que nous serions capables, nous français, en tant que peuple adulte et responsable, d’avoir le courage d’emprunter un nouveau chemin vers une nouvelle société, une société de partage, de coopération et de solidarité.  À mon âge!  Quel indécrottable jeune con je fais! »

Et aujourd’hui, je me faisais encore cette remarque:

« Mais putain quel monde nous pourrions bâtir si tous ceux que je voyais là, devant mes yeux interdits, se mobilisaient avec autant d’ardeur, de conviction et de ténacité pour défendre, par exemple, notre système de retraites, ou nos services publics, ou nos enseignants, ou nos hôpitaux, ou notre industrie, ou bien encore notre écosystème planétaire.  Car là, plus encore, il s’agit bien de l’avenir de leurs enfants.   Et si les médias accordaient ne serait-ce que le dixième du temps d’antenne accordé à la Manif pour Tous aux idées progressistes. »

Mais non.  Cette France de l’ombre ne sort du refuge de son salon tamisé (la lumière nuit à l’obscurantisme ;-)), que très rarement, et uniquement pour des causes qui en valent vraiment la peine, comme par exemple, pour défendre … la condamnation de l’interruption volontaire de grossesse (en 1975), ou pour défendre … la pénalisation du délit d’homosexualité (en 1981), ou bien encore, comme aujourd’hui, pour défendre … l’interdiction aux homosexuels de se marier.

Bref, et pour en arriver (par un chemin détourné, je vous le concède) à mon sujet du jour, emporté cette fois par mon insatiable soif de mots, je continuais alors de lire mon propre billet post-premier-tour (pardon pour cet auto satisfecit indélicat).  Et j’y relus un peu plus loin ce pronostic:

« La sécurité sociale et de le CDI ne sont-ils pas les prochaines cibles de la casse de l’intérêt commun déjà identifiées par les marchés et qui seront donc attaquées quoi qu’il en soit, par l’un (Sarkozy) ou par l’autre (Hollande)? »

Prémonitoire, non?

Car, concernant le CDI, le travail de démolition est déjà bien entamé avec l’ANI (Accord National Interprofessionnel), autre nom de la fameuse loi de sécurisation du licenciement, dictée par le MEDEF, signée par une minorité de partenaires sociaux, imposée par Hollande et finalement votée par les députés « socialistes ».  Et m’est avis que c’est loin d’être fini puisque François Hollande, à Leipzig cette semaine pour célébrer les 150 ans du parti social-démocrate allemand (SPD), a fait l’éloge des réformes allemandes du marché du travail (lois Hartz) lancées en 2003 par l’ancien chancelier SPD Gerhard Schröder pour flexibiliser le marché du travail:

« Le progrès, c’est aussi de faire dans les moments difficiles des choix courageux pour préserver l’emploi, pour anticiper les mutations industrielles et c’est ce qu’a fait Gerhard Schröder ici en Allemagne et qui permet à votre pays d’être en avance sur d’autres »,

qui pourrait se traduire en français dé-socialistisé par:

« bla bla bla, je vais faire comme Schröder, pour rattraper votre si beau et si germanique pays, en termes de précarité, de paupérisation, de vieillissement et de réduction de la durée de vie »

Et concernant la sécurité sociale, chacun sait qu’une nouvelle contre-réforme des retraites est en cours de concoction (en fait, elle est certainement déjà prête dans un des cartons de M Ayrault, le carton juste à côté du carton intitulé « Mon Aéroport Notre Dame Des Landes », mais faut bien donner le change du dialogue social pendant quelque temps quand même).

Craignons légitimement le pire.  Et ce n’est pas un procès d’intention.  Encore une fois, il suffit de connaitre le personnage pour savoir vers quoi on s’achemine.  Et même si … allez, imaginons, soyons audacieux, imaginons que François Hollande ait quelques idées de gauche (je sais, je pousse le bouchon un petit peu loin là, Maurice, mais bon, admettons, juste pour faire avancer le schmilblick).  Et bien, de toute manière, rien de bon n’est à espérer puisque la droite allemande (l’Union chrétienne démocrate, ou CDU, comme on dit chez eux), le parti de la chancelière Merkel, veille au grain européen.  Et ce que Merkel veut, l’Europe exige.

Or, la droite Allemande veut que la France profite du délai de deux ans supplémentaires accordé par la Commission (2 ans magnanimement accordé à Hollande pour revenir dans les clous des critères de convergence Maastrichtien, 3% de déficit/PIB et 60% de dette/PIB) pour se lancer dans des contre-réformes d’envergure:

« La France doit réformer son système de retraites et libéraliser son marché du travail » a déclaré au quotidien Die Welt le commissaire européen à l’Energie et également l’un des principaux dirigeant CDU, Günther Öttinger.

Et d’ajouter:

« Si la France ne met pas en œuvre de telles réformes, il faudra utiliser d’autres instruments pour la contraindre à réduire son déficit.  Les nouvelles règles nous donnent une marge pour introduire des mesures punitives si bien que des décisions pourront être prises à l’encontre des pays qui ne mettent pas en œuvre des mesures de discipline budgétaire »

Houla.  Un rapport de force quasi assumé … limite Mélenchonien.  Attention au populisme qui vous guette Môssieur Öttinger.  Et vous savez quoi?  Cet énergumène a totalement raison en plus.  Et oui.  Les nouvelles règles européennes donnent en effet « une marge pour introduire des mesures punitives ».  Là encore, aucune surprise.  C’était également écrit.  Cela porte le doux nom de TSCG.  On en a suffisamment parlé.  Mine surprise interdite.  Et vous savez d’ailleurs également que les députés « socialistes » ont voté comme un seul homme pour la ratification de ce traité budgétaire européen.

Régression du système de retraites et libéralisation du marché du travail, sinon punition!  Le script continue de se dérouler exactement comme prévu.  Comme l’étaient l’enfoncement dans le cercle vicieux de l’austérité et la course mondiale régressive de la compétitivité.

Prémonitoire? Non!

Tout était écrit.  Comme quoi, il suffisait de lire un peu avant de voter et … mais voilà qu’on m’y reprend … mon indéfectible optimisme … je recommence à croire benoitement que nous serions capables, nous français, en tant que peuple adulte et responsable, d’avoir le courage d’emprunter un nouveau chemin vers une nouvelle société, une société de partage, de coopération et de solidarité.  À mon âge!

Quel indécrottable jeune con je fais!

Allez, je préfère m’en retourner lire.

12 réflexions sur “Un triste printemps 2013

  1. Triste printemps, c’est vrai. D’autant plus que la météo n’a pas contribué à remonter le moral des troupes. Les coups pleuvent ( le GMT à présent ) et on ne sais plus quel slogan écrire sur les pancartes des manifs tant les sujets de colère s’additionnent. Le soleil revient et avec lui le rouge de nos drapeaux. Les belles répliques du week end prochain devraient au moins nous remonter le moral, à défaut de faire bouger ce gouvernement. Les arguments avancés par les solfériniens pour respecter les diktats européens et atlantistes de casse sociale généralisée sont de moins en moins convaincants pour une grande partie de la population. Idem ailleurs en Europe.Chaque jour nous rapproche du grand retournement. On se retrousse les manches et on pousse fort sans lâcher la pression. Quand ce système instable aura atteint son point d’équilibre, un bon coup d’épaule à gauche le mettra à terre.

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  2. @Coma81

    1. Sur le point 1:
    « Les manifestants participent à la vitalité démocratique de notre pays. »
    A qui le dîtes vous mon ami!
    « Qui peut dire que la PMA, la GPA ne posent pas de problèmes éthiques ? « 
    La GPA en pose clairement à mes yeux et, souvent, à la plupart des gens de gauche. Mais elle n’est pas dans la loi qui vient d’être votée (ni la PMA d’ailleurs). Dire que vous êtes en train de me forcer à défendre ce gouvernement que j’exècre! Fichtre, bien joué!

    2. Sur le point 2, je me suis déjà expliqué précédemment (à propos, êtes-vous allé jeter un œil à l’étude du Monde que je vous ai indiquée?).

    3. Sur le « En tant que citoyen de gauche, j’ai été profondément choqué par les propos du ministre de l’intérieur qui a menacé d’interdire la manifestation. »
    Tout pareil, mon ami. En revanche, sur le « J’aurais aimé que mon camp relève ces propos et proteste », c’est ce qu’a fait notre camp, celui de la gauche (donc clairement pas le Parti Socialiste qui n’est pas de Gauche, comme vous devez le savoir). C’est la position défendue de tout temps par le Front de Gauche et en particulier par son porte-parole M. Mélenchon. Mais peut-être ne considérez-vous pas le Front de Gauche comme votre camp? En tout cas, voici par exemple, l’un des propos de M. Mélenchon interrogé sur le sujet:
    « La manifestation est une des formes de l’expression de notre démocratie. Eux [la Manif pour tous, NDLR] sont engagés, iIs défendent un point de vue. Et ceux qui défendent un point de vue adverse doivent le défendre et se donner comme objectif de convaincre le plus de monde possible » Cette déclaration date du début de l’année, mais je peux en retrouver de plus récentes si vous me tordez le bras ;-).

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  3. 1. Les manifestants participent à la vitalité démocratique de notre pays. Ils permettent de prendre conscience des enjeux de société. Qui peut dire que la PMA, la GPA ne posent pas de problèmes éthiques ?

    2. Attention de ne pas faire des amalgames entre ces manifestants et l’extrême droite ! Le sectarisme de la gauche peut favoriser la récupération de ce mouvement citoyen par la droite de parti et l’extrême droite.

    3. En tant que citoyen de gauche, j’ai été profondément choqué par les propos du ministre de l’intérieur qui a menacé d’interdire la manifestation. J’aurais aimé que mon camp relève ces propos et proteste.
    Que dirait-on si un ministre de droite se proposait d’interdire une manifestation contre la réforme des retraites ????

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  4. @Coma81
    Oui, je sais, c’est un peu simplificateur et je vous présente mes excuses. Quoi que … Une manière pour moi de parfaitement traduire ma baisse de moral (passagère, j’espère ;-)).

    Sur ma vision démocratique, il me semblait pourtant que c’est bien ce que je faisais en reconnaissant (et donc en acceptant) qu’il y ait 80% de français de droite. Même si, bien sûr, cela me désole.

    Enfin, concernant la pseudo rhétorique libérale que la gauche utiliserait pour justifier le mariage pour tous, je ne vois pas (ou je ne préfère rien dire pour ne pas vous offensez d’avantage par un procès d’intention que vous ne méritez peut-être pas) où vous allez chercher ça, en tous cas, pas chez moi et pas certainement pas dans la gauche républicaine non libertaire. Vous dites que la gauche invoque comme argument que, je cite, « tous le monde à le droit d’avoir un enfant ». Si j’avais dû écrire une telle ineptie, j’ose espérer que, malgré mon emportement manifeste, je l’aurais néanmoins orthographiée ainsi: « tout le monde a le droit d’avoir un enfant » ;-). Non, mais je vous taquine. En fait, mon argument principal concernant les enfants (puisque c’est de ça dont vous souhaitez visiblement discuter plus que des droits accordés aux gens qui s’aiment) serait plutôt inverse. Et si vous ne l’avez véritablement (de toute bonne foi) jamais entendu auparavant, voici donc cet argument (celui qui me décida): le mariage homosexuel accorde des droits supplémentaires aux enfants puisque que l’enfant élevé par un couple homosexuel aujourd’hui pourra désormais conserver le parent survivant comme parent en cas de décès de l’autre parent, pour peu, bien sûr, qu’ils soient mariés. Les enfants élevés dans les couples homosexuels obtiennent donc, avec l’autorisation du mariage de leurs parents, les mêmes droits (conserver un de ses parents) que les enfants élevés dans des couples mariés hétérosexuels.

    Aah, si seulement les hommes (et femmes) de droite mettaient autant de cœur à vouloir discuter des sujets vraiment importants. Tiens, par exemple, discuter de la corrélation indéniable entre la courbe d’augmentation de la capitalisation des grandes sociétés pétrolières avec l’augmentation de la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Voilà un putain de sujet, non? Notre écosystème, favorable à la vie humaine sur terre, continuera-t-il d’exister dans 30 ans? Dans 50 ans? Ne trouvez-vous pas ce sujet au moins aussi important pour l’avenir de nos enfants?

    En tous cas, merci sincèrement pour votre commentaire et à très bientôt.

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  5. oui hélas c’est la triste réalité de ce monde . très bon article en tout cas, ou je me vois dans tes mots et ta désolation de ce système pourrite !! vraiment pourrite tout minable qui sert à rien

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  6. Le délais de deux ans pour respecter la règle n’est pas sans contrepartie. La France est sous tutelle. En vantant l’oeuvre de Schröder, Hollande donne des garanties..

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  7. Eh bien, il reste du chemin à faire à gauche pour accepter la démocratie, les opinions divergentes.

    Traiter de « fascistes » les opposants au mariage pour tous n’élève pas le débat.

    Je suis un peu surpris de la rhétorique libérale utilisée par la gauche pour justifier le mariage pour tous : « il faut être moderne », « tous le monde à le droit d’avoir un enfant »… Il faudrait plutôt savoir mener un débat – qui pourrait être passionnant – sur la filiation, sans minimiser les évolutions considérables que renferment cette loi.

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