Hôpital Necker, mardi 14 juin 2016

Arrivés devant l’hôpital Necker, les CRS nous attendaient, et bien sûr s’en est suivie une bataille très violente, proche de l’insurrection, pendant plusieurs dizaines de minutes, lacrymos, gaz et explosions, projectiles et pétards et même canons à eaux (c’était la première fois que j’en voyais en action en manif en France pour ma part).

L’hôpital a subi quelques dégradations.  Comment aurait-il pu en être autrement !  Les CRS étaient littéralement appuyés contre les vitres de l’hôpital.

Malgré les efforts des manifestants (voir dernière vidéo), le cortège sera alors irrémédiablement scindée en deux parties isolées : à l’arrière, les cortèges syndicaux, qui resteront bloqués et à l’avant, les jeunes, des syndicalistes, des manifestants lambda … et moi. Il semblerait même que le gros de la manifestation, stoppée net par les CRS n’aura ainsi jamais atteint l’esplanade.

Cerise sur le gâteau, un deuxième canon à eau nous attendra sur l’esplanade des Invalides.

La stratégie du gouvernement a donc encore une fois fonctionné comme prévu puisque les chiens de garde, lorsque rarement ils parleront de cette manif historique (par sa taille) dans leurs journaux du soir, ne rapporteront finalement que des « dépradations inacceptables de casseurs ».

Et vous savez quoi ?  Ce n’est pas pour me déplaire.  Car cette stratégie jusquauboutiste de Valls et Cazeneuve est en train de souder comme jamais le peuple contre eux.  Après toutes ces années de manifs, c’est la première fois que je ressens autant de colère, d’écœurement, de frustration, de sentiment d’injustice, d’envie d’en découdre, de rage …

Et le peuple scandait :

Paris !  Debout !  Soulève-toi !

Merci à Jérôme (qui a donné de sa personne 😉 ) pour les vidéos.

Jeudi 12 mai, 14h à Denfert, on remet ça … contre la loi El Khomri

On continue …

Manifestation à Paris demain  contre la « Loi travail – El Khomri »

Manifestation unitaire CGT – FO – FSU – Solidaires – UNEF- UNL- FIDL
Trajet / parcours : rdv 14h00 à Denfert-Rochereau,
Manifestation en direction de l’Assemblée nationale

On s’voit à 14h00 au pied du lion, les potos.

Loi El Khomri : on lâche rien

RAPPEL IMPORTANT : demain, 9 avril à 14h00, grande journée de manifestation nationale contre la loi El Khomri. 

Pour se faire plaisir, et pour se motiver (pour ceux qui en auraient besoin), faisons un point sur l’état des 2 pétitions concurrentes sur Change.org.

La pétition « Loi travail : non, merci ! » lancée par Caroline DE HAAS et adressée à Mme El Khomri pour le retrait de sa loi, dite loi de retour au XIXème siècle, recueille à cette heure … 1 293 456 soutiens, presque 1,3 millions de signataires.

Quant à la pétition « Oui à la Loi travail ! Non au chômage ! » lancée par le grand prêtre du néolibéralisme sévissant sur tous les plateaux télé Dominique REYNIÉ pour soutenir cette loi rétrograde, eh bien elle recueille à cette heure … et on ne se moque pas … oh puis si on se moque à fond … 27 958 soutiens, même pas 30 000 (plus que 1 million deux cent soixante mille votants et elle égale la notre … ah ah ah mdr lol jpp).

On lâche rien.  Je vous dis donc à demain.

Nation mouillée, Nation détrempée, Nation rincée …

… mais Nation occupée !

Si on était que 25 000 cette après-midi, comme le prétendent « les autorités », je veux bien … je veux bien … j’sais pas moi … tiens, je veux bien adhérer au PS, voilà !

Une pluie transperçante, glacée, hésitant souvent à devenir grésil, une douche sans interruption d’Italie à Nation, du monde, du monde de partout, des jeunes, beaucoup de jeunes, bravo les jeunes, des pétards agricoles, des fumis, quelques charges policières et de très bons musicos …

Belle manif.

 

Minuit dans le jardin du rien et du mal

Bientôt les douze coups de minuit.

Les temps sombres sont revenus.  La nuit nous engloutit.  Comme je le disais au lendemain du premier tour des départementales, je ne vois plus rien de gauche dans notre jardin (à part quelques excités vitupérant inutilement dans le potager, comme votre serviteur).

Nous sommes au lendemain du second tour.  Le peuple s’est exprimé.  Nous nous sommes exprimés.  Clairement.  Et nous voulons d’avantage de droite !  D’avantage de rien-à-branler-après-moi-le-déluge abstentioniste, d’avantage de haine FNiste de l’étranger basané (ou barbu, mais c’est la même chose nan?), d’avantage de haine UMPiste de « l’assisté » (ou du non-entrepreneur, mais c’est la même chose nan?), d’avantage de dogme néolibéral estampillé « socialiste ».

Gageons que nous serons bientôt comblés, nous, ce peuple de désintérêt général, de vide idéologique, de rien médiatique.  Nous allons être servis, nous, ce peuple de compétition mortifère, de cancer individualiste, de sclérose identitaire. 

Dans un premier temps, et en attendant goulument l’avènement de la droite extrême, qu’elle soit sarkoziste ou mariniste, nous allons avoir droit gracieusement à un nouveau tour de vis libéral européiste.  Manuel Valls l’a annoncé fièrement, droit dans ses bottes, dès 20h dimanche soir dernier.  En même temps, reconnaissons qu’il ne prend personne en traitre puisqu’il avait prévenu avant même l’avènement de la débâcle attendue :

« ceux qui pensent que nous allons freiner ou stopper les réformes se trompent.  Quel que soit le résultat des élections, nous allons les poursuivre en ouvrant de nouveaux chantiers.  Nous n’avons pas d’autres choix pour le pays que de faire sauter les verrous et débloquer les énergies ».

On connait d’ailleurs d’ores et déjà les « nouveaux chantiers », les futures cibles de Manuel Valls, puisqu’elles nous sont imposées par Juncker et Merkel : le contrat de travail et … les assistés … oups pardon … je veux dire les chômeurs, dont il faut absolument réduire les indemnisations, façon lois Hartz.

Attendons-nous donc, en tentant de contenir notre avidité bien naturelle, à un nouvel aréopage de mesures régressives à souhait, un point d’orgue venant soutenir une œuvre austéritaire « socialiste » déjà conséquente, œuvre que ne désavoueraient pas, soyons honnêtes, et quoi qu’ils puissent en dire par ailleurs pour tenter de se différencier idéologiquement, un Sarkozy ou un Juppé.  Pour patienter nous pourrons toujours nous délecter de l’adoption définitive prochaine de la loi Macron, hourra !

Martine Bulard, dans l’édition d’avril du Monde Diplo, en fait une synthèse tout à fait magistrale, de cette loi « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » du ministre de l’économie Emmanuel Macron.  Il faut absolument aller la lire si vous le pouvez (si vous êtes abonné, ou si vous avez les moyens de vous abonner).  Elle entre moins dans les détails que beaucoup d’autres analyses, plus austères, voire rébarbatives, que j’ai pu lire.  Faut dire que nous parlons là d’un inventaire à la Prévert de 295 articles touche-à-tout, un bric-à-brac néolibéral qui a suscité l’enthousiasme de la toute puissante Angela Merkel, planificateur en chez de la misère européenne de l’autre côté du Rhin, et qui a enthousiasmé jusqu’au président de la Commission européenne, et grand organisateur de fraude fiscale à ses heures perdues, Jean-Claude Juncker.  C’est dire si cette loi devrait combler tous nos aficionados de droite dure.

Afin d’en faciliter sa compréhension (et par conséquent sa mémorisation), l’article du Diplo ne retient que quelques exemples très significatifs des mesures imposées par cette loi du « Toujours moins » en les regroupant en cinq grandes catégories :

  • les droits sociaux et syndicaux,
  • le temps de travail,
  • les privatisations,
  • les déréglementations
  • et la centralisation technocratique.

Un travail remarquable.  (Je trouve d’ailleurs que le Diplo devrait être remboursé par la sécu.  Un remède préventif indispensable pour une meilleure santé intellectuelle, contre les agressions incessantes des germes de la propagande médiatique.)

Contre toute cette merde régressive, quatre de nos syndicats (CGT, FO, Solidaires et FSU) lancent donc un appel à la grève pour le 9 avril.  Il est prévu des manifestations dans toute la France.  La manifestation parisienne est à 13h, Place d’Italie :

Malheureusement, ce ne sont pas des chefs d’État et de gouvernement de pays voyous, terroristes, va-t-en-guerre et criminels qui appellent à manifester.  Non, ce ne sont que ces insupportables syndicats.  Ces gens pas fréquentables, dont on a honte et qu’il faut dénigrer en permanence.  Ces gens qui, pourtant, même selon une étude déviante de deux économistes bolchéviques du FMI, ­Florence Jaumotte et Carolina Osorio Buitron, permettent de réduire, ou tout au moins de maintenir, l’augmentation des inégalités.  Cette étude établit en effet, pour ceux, nombreux qui en doutaient encore, « un lien indiscutable entre l’érosion du syndicalisme et l’augmentation des inégalités » :

À ma connaissance, seuls, encore une fois, le Diplo et le Figaro, (eh, je n’vais pas jusqu’à demander que le Figaro soit aussi remboursé par la sécu, mais reconnaissons-leur quand même cette honnêteté-là) ont commenté cette étude à contre-courant de l’idée largement répandue dans les pays les plus riches (et particulièrement en France et parmi mes amis), selon laquelle les syndicats de salariés seraient coupables des blocages sur le marché du travail et de l’accroissement du chômage.  Eh bien, selon le FMI, cette « hypothèse [n’est pas] pas très solide ».  Merci donc à M. Halimi pour cet (malheureusement toujours nécessaire) éloge des syndicats.

Le 9 avril, une manifestation est donc organisée à Paris :

Malheureusement, il ne s’agira pas d’aller défiler contre un prétendu ennemi barbu en pleine guerre civilisationnelle.  Non, il s’agira tout connement de manifester contre le véritable ennemi du salarié, la nouvelle loi Macron, qui permettra, par exemple (en ne reprenant qu’un seul des nombreux exemples édifiants listés par Martine Bulard) qu’un employeur voulant réduire le paiement des heures supplémentaires signe une convention avec un salarié « volontaire » pour qu’elle s’applique sans recours possible », un glissement irrémédiable « vers une justice à l’américaine où aucun code spécifique du travail n’existe au niveau national, les relations patrons-salariés relevant de la procédure civile ».

Malheureusement, il ne s’agira pas de défiler pour défendre le droit de libertaires tout justes post-pubères (à plus de cinquante ans!) à dessiner un musulman à genoux les couilles pendantes et une étoile sur l’anus ou sœur Thérésa en train de faire des pipes à la queue leu-leu (si j’ose dire).  Non, il s’agira juste, plus prosaïquement, de défendre les droits des salariés contre la trentaine de dispositions nouvelles sur le travail (art. 71 à 82 bis de la loi Macron) pérennisant le « Travailler plus pour gagner et protéger moins ».  Manifester contre par exemple l’article 102 qui permettra que le jugement d’un tribunal administratif refusant un licenciement injustifié « ne modifie pas la validité du licenciement [et] ne donne pas lieu au versement d’une indemnité à la charge de l’employeur » , c’est à dire qui permettra que le salarié injustement jeté dehors ne puisse pas être ni réintégré ni indemnisé !

Malheureusement, il ne s’agira pas d’aller défendre le droit des journalistes à militer pour lancer une guerre otanesque contre la Russie en Ukraine.  Non, plus benoitement, il s’agira juste de défendre nos bijoux de famille dont la loi Macron intensifie le bradage dans de vastes opérations qu’on n’appelle plus, quand on est moderne, « privatisations » mais « transferts au secteur privé » ou encore « opérations sur le capital des sociétés à participation publique ».  Manifester contre par exemple l’article 51 qui précise les conditions dans lesquelles la SNCF pourra investir, sans jamais faire mention d’aucun critère d’utilité ni de service au public !  L’investissement dépendra du seul ratio « endettement/marge opérationnelle », autrement dit du profit attendu.

Malheureusement, il ne s’agira pas de défendre le droit de Lagardère, Elkabbach, Dassault, Pujadas, Calvi, Bouygues, Joffrin, BHL et consorts à bâillonner la pluralité (et donc la liberté) de la presse, mais, plus communément, de défendre notre démocratie piétinée contre la dérive autoritaire.  Manifester par exemple contre l’article 85 qui autorisera le gouvernement « à prendre par ordonnance (…) les mesures relevant du domaine de la loi et modifiant le code de procédure pénale, le code rural et de la pêche maritime, le code des transports et le code du travail ».

Malheureusement, il ne s’agit que de manifester pour défendre … nos acquis sociaux et démocratiques qu’on assassine (sans barbe, ni kalachnikov, avec juste des diplômes de l’ENA et des mandats politiques).  Gageons que notre bon peuple avide de droite, ne se mobilisera pas en masse pour de telles balivernes.  Surtout un jeudi, un jour de semaine.  Faudrait se mettre en grève.  Oula, c’est pas de droite, ça, la grève.  C’est un truc de rouges !  Vade retro !

La nuit avance.

Dommage, j’avais pourtant préparé une p’tite pancarte, au cas où :

 

Les bonnets rouges, nigauds et autres factieux


J’entendais ce matin l’interview d’un bonnet rouge de la première heure (je crois que c’était le maire de Carhaix) refusant que l’on amalgame les bonnets rouges qui ont sifflé Hollande hier lors de la commémoration du 11 novembre aux … bonnets rouges.

Avouez pourtant qu’il n’y a rien qui ressemble plus à un bonnet rouge qu’un autre bonnet rouge (et beaucoup de siffleurs d’hier portaient un bonnet rouge, ce fait est indiscutable).  En même temps, je veux bien concéder qu’il n’y a rien de plus simple que de se mettre un bonnet rouge sur la tête pour se faire passer pour … un bonnet rouge.  Comment donc s’y retrouver ?  Comme nos amis du NPA ou d’ATTAC, ou plus généralement, comme tous ces salariés en proie au désespoir, je vous sens désorienté, confus ;-).  Vous hésitez :-D.   Comment savoir si l’on doit, oui ou non, soutenir ce ramassis hétéroclite ?

Le vendredi 8 novembre au petit matin, à l’heure où la rosée blanchit la campagne, et le gaz carbonique noircit la ville, Jean-Luc Mélenchon proposait, à la matinale d’RTL (pourtant radio qui se dispute âprement avec RMC le titre tant convoité de plus grande radio des beaufs de droite), une manifestation le 1er décembre à Paris (Bercy) pour la révolution fiscale et contre l’augmentation de la TVA au 1er janvier.  Quelques heures plus tard, Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère et porte-parole des organisateurs de la manifestation des beaux nez rouge de Quimper, voulant probablement reprendre la main, appellait sur BFM-TV (chaîne TV d’infos qui se dispute âprement avec i-Télé le titre tant convoité de plus grande chaine TV d’info des bourgeois de droite) à un défilé « quelque part en Bretagne », pour la veille, le 30 novembre.

Lorsque (pour je ne sais quelle obscure raison impardonnable ;-)) on ne suit pas ces affaires-là de (très) près, les mots d’ordre des deux manifestations peuvent paraître assez similaires puisque leur cible officielle concerne une taxe.  La TVA pour l’une, l’écotaxe pour l’autre.  Concentration.  Pour Jean-Luc Mélenchon, la manif du 1er décembre a pour objectif de protester « contre la fiscalité qui favorise les actionnaires et parasite le travail de tous les salariés du pays », et plus précisément, « contre l’augmentation de la TVA qui va ponctionner tous les ménages. »  Et pour Thierry Merret, même si l’objectif de « sa manif » n’est pas aussi clairement énoncé, on peut facilement imaginer qu’il s’agit, dans la continuité de la revendication antérieure du mouvement des bonnets rouges, de demander la suppression définitive de l’écotaxe en Bretagne.

Hum.  Là encore, vous êtes troublé. Si, si, je le sens bien.  Avec qui dois-je défiler pour marquer ma volonté d’un véritable changement de cap, vous demandez-vous ?  Quelle manifestation choisir ?  Voilà la question qui vous hante !

Laissez moi vous aider à y voir plus clair ;-).

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La semaine prochaine, c’est le 5 mai


Et alors?

C’est un 5 mai qu’est mort l’empereur Napoléon Ier (1821) et qu’est né Karl Marx (1821).  Les hommes et les femmes de gauche superstitieux (ça doit bien exister, je suppose) ne peuvent y voir qu’un heureux présage.  En même temps, les esprits chafouins, les esprits retords, les esprits aigris, bref les esprits de droite (esprit … droite … encore un oxymore, dirait-on) peuvent me rétorquer que le 5 mai est également une date joyeuse pour eux puisque c’est la date anniversaire de la mort du républicain irlandais Bobby Sands et celle de la naissance de l’impératrice Eugénie.

Vous savez quoi?  On s’en fout.  Laissons les superstitions, fétichismes, totémismes et autre idolâtries aux partisans du mariage-que-pour-ma-gueule-et-les-autres-zont-qu-à-crever et employons utilement le temps qui nous reste jusqu’au repos dominical prochain à affuter consciencieusement nos balais, à nettoyer irréprochablement nos chaussures de marche et à composer rageusement nos slogans, car:

Comme dirait Michel Drucker (il m’est si rarement donné l’occasion de pouvoir citer cet illustre philosophe contemporain que je n’ai pu pas résister à cet écart de ligne éditoriale que vous vous voudrez bien me pardonner, j’espère):

« Vivement dimanche prochain. »