Une pierre insoumise dans le jardin des Européennes

Note préliminaire :

Maintenant que Macron a probablement récupéré mon nom, mes coordonnées et le nom de mon chat dans les fichiers de la France Insoumise aspirés le 16 octobre par sa police politique lors de la plus grande opération policière jamais organisée par un gouvernement français dans l’histoire récente (peut-être pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie, faudrait chercher), je crois que nous devons maintenant revenir à la politique, celle de fond, je veux dire la politique qui parle programme, orientations, stratégies, idées, voire idéologie (pour ceux qui savent ce que ça veut dire).

Adoncques, nous en étions, si je ne m’abuse, à cet instant magique où quelques besogneux petits ex-PS venaient de faire scission (sic) d’avec le susdit PS et où la France Insoumise (FI), par la bouche de son fondateur, Jean-Luc Mélenchon, se disait prêt à éventuellement les accueillir sur une liste FI aux européennes, ou au moins à discuter le bout de gras avec eux, à parler programme contre place, ou que sais-je, justement c’était pas clair, en tous cas à mes yeux, et c’est justement de ça de que j’veux qu’on cause 😉

Et j’allais publier ce petit billet quand, patatra !, un beau matin, je tombe, en me connectant à mon compte Facebook (nul n’est parfait), sur la tête ébouriffée du susdit Jean-Luc, son portable à la main en mode selfie, visiblement pas content du tout et je le comprends, diffusant en live la perquisition qui avait lieu chez lui manu militari (manu polici ?).  Bon, n’ayant pas un petit cœur de pierre tout rabougri et me sentant affecté par cette histoire rocambolesque et solidaire de JLM dans cette épreuve, et vu que ce petit billet concerne plutôt un point de désaccord politique avec JLM et son équipe, j’ai préféré, par respect, par bienveillance, par esprit d’apaisement, pour marquer mon soutien, enfin vous voyez quoi, j’ai préféré repousser quelques temps sa diffusion. 

Il me semble qu’aujourd’hui la vague médiatique est sur le point de passer (même si il y a encore de violents ressacs sur BFM ou dans Libé) et il est temps, je trouve, de relancer la discussion sur les sujets de fond.  J’espère ne pas froisser d’autres insoumis qui considéreraient, eux, qu’il est encore trop tôt pour se (re-)prendre le chou.  Si ce devait toutefois être le cas, je me permets de vous suggérer, en toute amitié, de poser ce billet sur un coin de table, de laisser retomber la sauce en vous adonnant à ce à quoi vous vous adonnez habituellement pour penser à autre chose et de ne le reprendre que dans quelques temps quand la tempête sera passée.

Dans tous les cas, sachez que, étrangement, je ne goûte que très modérément les insultes 😉  Mais je vous concède que je suis bizarre.

Fin de la note préliminaire et de la trêve des perquisitionneurs 😉

Alors comme ça, d’un coup de baguette magique électoraliste, les Maurel, Lienemann et autre improbable Dray, après avoir fustigé et méprisé à longueur de discours et d’articles bileux le programme de la France Insoumise, l’Avenir en commun (AEC), ces opportunistes, dont la duplicité n’a probablement d’égale que la couardise politique, seraient donc finalement tombés d’accord pour sortir des traités européens ?   J’espère qu’ils ne se sont pas fait mal en tombant mais permettez-moi de douter, encore une fois, de leur sincérité (je sais, ce mot sonne étrangement quand on a leur image en tête).

Je rappelle ici à toutes fins utiles, et également à l’adresse des orateurs nationaux de la France Insoumise (FI) qui semblent l’oublier de plus en plus souvent dans leurs interventions, je rappelle donc cette évidence, expliquée dès le début de l’aventure insoumise par les économistes du mouvement, en particulier par J. Généreux, et d’ailleurs détaillée en toutes lettres dans l’AEC, dans sa section 49 , « Prendre les mesures immédiates et unilatérales de sauvegarde des intérêts de la Nation et d’application de notre projet », que :

«Pour appliquer notre programme, il nous faudra donc désobéir aux traités dès notre arrivée au pouvoir, par des mesures de sauvegarde de la souveraineté du peuple français.»

Je ne reviens pas ici en détails sur les raisons de cet impératif mais, coïncidence, dans un article fiction passionnant du Diplo d’Octobre, est justement abordé ce sujet crucial des mesures d’urgence qui seraient à prendre immédiatement pas un gouvernement progressiste de rupture qui viendrait à prendre le pouvoir (on peut toujours rêver, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, comme dirait l’autre).  L’objectif évident est bien entendu de se protéger autant que possible de la guerre implacable que ne manquerait pas de déclencher alors le capital contre le nouveau gouvernement.  En bref, il s’agirait en priorité et très rapidement (plus rapidement probablement que ce que n’autorise le rythme normal des procédures législatives, donc, lorsque c’est constitutionnellement possible, par décrets), d’une part de se prémunir contre la fuite des capitaux (car les euros en régime de libre circulation des capitaux garantie par les traités européens peuvent sortir du territoire par tout un tas d’interstices financiers), et d’autre part de trouver les liquidités sonnantes et trébuchantes nécessaires pour payer les fonctionnaires, entretenir les écoles, etc, bref faire fonctionner le pays (car le robinet à liquidités de la BCE serait probablement rapidement coupé comme on l’a vu dans le cas de la Grèce en 2015).

J’espère que les mercenaires à la dérive de l’ancienne Hollandie en quête d’une liste européenne plus prometteuse sur laquelle s’échouer ont bien assimilé le fait que ces mesures d’urgence ne seraient en outre que le prélude à un chapelet d’entorses, de transgressions et de violations aux traités de l’Union européenne prévues dans l’AEC, des mesures de rupture réelle que ces mollusques politiques considéraient jusqu’à tout récemment comme des outrages inacceptables, voire impensables, quand on est membre distingué du clan des bons petits européens de l’axe du bien (entendre l’axe ultra-libéral forcené).

Je tenais donc juste à préciser ici (et nunc) pour ceux que ça pourrait intéresser, par exemple ceux qui déterminent la (nouvelle?) stratégie politique pour le moins fluide, pour ne pas dire visqueuse, de la FI, qu’en tant que véritable européen, amoureux de l’Europe, de sa géographie, de son histoire et de ses peuples, conscient qu’il n’est de paix et de solidarité européennes possibles qu’EN DEHORS de l’Union européenne, je ne pourrai voter pour la liste France Insoumise aux élections européennes qu’aux conditions suivantes (vous allez voir, je ne suis pas si exigeant) :

1. La FI, par l’intermédiaire de Jean-Luc Mélenchon en tout premier lieu, mais également à travers l’ensemble de ses divers orateurs nationaux, très bons au demeurant, Corbières, Quatenens, Coquerel, Bompard, Autain, etc, doit ré-affirmer clairement son appui total et complet à l’AEC et en particulier, au delà de la stratégie trouble Plan A / Plan B, elle doit ré-affirmer sa détermination sans failles à appliquer sans trembler lorsque le moment sera venu sa section 49,

2. Même s’il ne s’agit pas d’une élection nationale (merci, je crois avoir compris la différence, mais il s’agit d’une question d’honnêteté politique vis à vis des électeurs), il faut que la FI rappelle, illustre et détaille dès que l’occasion lui en sera donnée pendant la campagne électorale quelles mesures d’urgence précises seraient prises en cas de victoire, certes (de plus en plus) improbable, à la présidentielle prochaine, en insistant tout particulièrement « là où ça fait mal » sur les mesures entrant en conflit de traités européens actuels,

3. Les impétrants au Parlement européen sur la liste FI doivent bien entendu accepter TOUS les termes de l’AEC, et en particulier TOUTES les mesures en violation des traités européens.  Pour ceux qui viennent d’horizons européistes béats divers et variés (ex PS, PC, LREM ou que sais-je encore), une déclaration de contrition sincère (peut-être ponctuée de quelques flagellations vespérales 😉 télévisuelles – chez Hanouna ?) quant à leur fourvoiement antérieur sur l’UE serait en outre la bienvenue s’ils souhaitent avoir quelque espoir de me convaincre de leur revirement soudain (au minimum, quelque chose dans le style des explications convaincantes de Jean-Luc Mélenchon quant à son revirement sur son vote de Maastricht ’92 que l’on peut trouver sur son site)

Si, ce dont mon humilité naturelle me pousse à douter, un membre éminent de la FI (un qui aurait l’oreille des responsables) lit ces quelques mots, il peut bien entendu les balayer d’un revers de main Macronien en considérant qu’ils n’émanent finalement que d’un pauvre type isolé sans réelle importance qui ne mérite de toute manière pas qu’on se fâchât avec des gens aussi importants que Maurel ou Dray pour son vote.  Vu mon état actuel de dépit concernant le cirque politicien, sachez que je comprendrais.  Sachez également que j’attendrais alors impatiemment le soir du 23 mai 2019, après une belle journée (on croise les doigts 😀 ) en ballade, à la mer, en montagne, à la campagne, enfin bref n’importe où pourvu que ce soit loin de l’obscurité des bureaux de vote, pour voir nos portes-paroles et orateurs éminents, entourés de leurs nouveaux amis Maurel, Dray et autres clowns exfiltrés, tenter de nous expliquer comment et pourquoi la FI s’est pris un tel gadin aux élections.

Et, en vieil insoumis (puisque, sans raconter toute ma vie qui n’a d’ailleurs aucun intérêt, j’ai gagné mes premiers gallons d’insoumis, d’insoumis réel, d’insoumis au sens juridique français du terme, dès 1986, quand je refusai de me rendre dans le régiment dans lequel j’étais affecté pour effectuer mon service militaire, mais je parle-là d’un temps que les moins de … 50 ans ne peuvent pas connaitre, veuillez m’excuser), bref, en vieil insoumis disais-je, je pense que je parviendrais même à en tirer quelque sourire jaune sous cape.

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Venezuela en temps de guerre de ZIN TV


Au Venezuela, un processus révolutionnaire fait face à une contre-révolution menée par les classes dominantes et les États-Unis et s’acharnent à vouloir détruire le chavisme. Ce conflit est aussi une guerre non-conventionnelle, baptisée « guerre de 4e génération ». L’année 2017 a mené la droite nationale dans une aventure insurrectionnelle et paramilitaire ainsi qu’à des échecs électoraux… Néanmoins, elle contrôle encore le pouvoir économique et médiatique, là où le chavisme peine à trouver des solutions.

Titre du film : Venezuela, en temps de guerre
Réalisation : Thomas MICHEL & Rafael ABRIL
Production : ZIN TV
Genre : Documentaire
Durée : 45 minutes
Support : HD 720p
Tournage : décembre 2017
Sortie du film : mai 2018

Image, montage et voix off : Thomas MICHEL

Source : https://www.zintv.org/Venezuela-en-temps-de-guerre

 

L’insurrection

Au tout début du XXème siècle, Jean Jaurès écrivait l’histoire socialiste de la Révolution française. Albert Soboul qui l’a éditée fin des années ’60 ecrivait en notes complémentaires les mots que voici.

L’ultime recours du peuple souverain, c’est l’insurrection.  Dans la Déclaration de 1789, la résistance à l’oppression est l’un des droits de l’homme ; dans celle de juin 1793, le droit à l’insurrection est expressément affirmé.

Les sans-culottes ne virent pas là une affirmation théorique et formelle de leur souveraineté.  Pénétrés de leurs droits, pratiquant confusément les méthodes de gouvernement direct, ils étaient naturellement portés à reprendre l’exercice de la souveraineté, lorsqu’ils estimaient les droits du souverain trahis par ses mandataires.  (…)

Les moyens pacifiques ne sont pas toujours efficaces : autant que par le rappel de ses droits, le peuple qui se lève impose sa volonté par la menace implicite de sa force et du recours à la violence.  Le 1er mai 1793, la députation des sections du faubourg Saint-Antoine, après avoir proposé à la Convention des mesures de salut public, lui adresse un véritable ultimatum.

« Si vous ne les acceptez pas, nous vous déclarons, nous qui voulons sauver la chose publique, que nous sommes en état d’insurrection : dix mille hommes sont à la porte de la salle. »

L’insurrection armée constitue en effet la manifestation extrême de la souveraineté populaire. (…) La fermeture des barrières, la générale, le tocsin, le canon d’alarme, surexcitaient les nerfs, tendaient les esprits, contribuant à l’exaltation populaire.  Et aussi le sentiment, chez ces hommes simples et humbles, d’un acte qui les portait au-dessus d’eux-mêmes et de leur condition, et par lequel ils imprimaient leur marque à l’histoire.

Jean Jaurès
Histoire socialiste de la Révolution française
Tome cinquième, pages 844 – 846
éd. Albert Soboul de 1968-1973 en 7 volumes

jeanjaures

Et c’est tout ce que j’ai à dire …

 

Tout travail doit être au service de la personne et non le contraire

Devinez de qui sont ces (très justes) paroles sur le thème du travail.

(Indice : comme vous vous en doutez, il ne s’agit pas de quelqu’un qui apparait souvent sur ce blog, je dirais même que ce n’est vraiment pas le genre de la maison, car sinon, s’il s’agissait par exemple de JLM, de Pepe Mujica, de Christophe Dejours* ou de Jean-Jacques, il n’y aurait pas vraiment d’intérêt à cette devinette).

(…)

Le travail ne peut être considéré comme une marchandise ni comme un simple instrument dans la chaîne de production de biens et de services, mais, étant la base du développement, il a la priorité par rapport à tout autre facteur de production, y compris le capital.

(…) il ne faut pas exagérer la « mystique » du travail. La personne « n’est pas seulement travail » ; il y a d’autres nécessités humaines que nous devons cultiver et considérer, comme la famille, les amis et le repos. Il est donc important de se rappeler que tout travail doit être au service de la personne et non la personne au service de ce dernier, et cela implique que nous devons remettre en question les structures qui font du tort aux personnes, aux familles, aux sociétés et à notre mère la terre, ou qui les exploitent.

Quand le modèle de développement économique se base uniquement sur l’aspect matériel de la personne, ou quand il n’est au profit que de quelques-uns, ou quand il détruit l’environnement, provoque un cri, des pauvres comme de la terre, exigeant de nous une autre direction.

(…)

Nous ne voulons pas un système de développement économique qui augmente le nombre de personnes au chômage, sans toit et sans terre. Les fruits de la terre et du travail sont pour tous et doivent être partagés équitablement entre tous**. Ce thème acquiert une importance particulière en référence à la propriété de la terre, dans les zones rurales comme dans les villes, et aux normes juridiques qui garantissent l’accès à celle-ci. Et à cet égard, le critère de justice par excellence est la destination universelle des biens, dont le « droit universel à leur usage » est « le premier principe de tout l’ordre éthico-social ».

Il est pertinent de rappeler cela aujourd’hui, tandis que nous nous apprêtons à célébrer le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, et aussi quand les droits économiques, sociaux et culturels doivent avoir une plus grande considération. Mais la promotion et la défense de tels droits ne peut se réaliser aux dépens de la terre et des générations futures. L’interdépendance entre le travail et l’environnement nous oblige à recentrer les genres d’occupation que nous voulons promouvoir à l’avenir et ceux qui doivent être remplacés ou resitués, comme peuvent l’être, par exemple, les activités de l’industrie de combustibles fossiles polluants. Un déplacement de l’industrie énergique actuelle vers une énergie renouvelable est incontournable pour protéger notre mère la terre.

Mais il est injuste que ce déplacement soit payé avec le travail et la maison des plus démunis. Autrement dit, le coût d’extraction de l’énergie de la terre, bien commun universel, ne peut retomber sur les travailleurs et leurs familles. Les syndicats et les mouvements qui connaissent la connexion entre travail, maison et terre ont à cet égard un grand apport à donner, et ils doivent le donner.

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Dix jours qui ébranlèrent le monde, il y a cent ans

Il faisait déjà nuit et, sur la neige gelée, jouait la blanche clarté de la lune et des étoiles.  Sur le bord du canal, le régiment Paul était aligné en tenue de campagne, avec sa musique qui attaqua la Marseillaise.  Aux acclamations vibrantes des soldats, les paysans se formèrent en cortège et déroulèrent la grande bannière rouge du comité exécutif du Soviet paysan panrusse, qui portait, fraîchement brodée en lettres d’or, l’inscription : « Vive l’union des masses travailleuses révolutionnaires. »  D’autres bannières suivirent : celle des Soviets de quartiers, celle des usines Poutilov, avec l’inscription : « Nous nous inclinons devant ce drapeau, afin de créer la fraternité de tous les peuples ! »

Des torches s’allumèrent, perçant la nuit de lueurs orange, mille fois réfléchies aux cristaux de glace et déroulant leurs trainées fumeuses sur le cortège, qui avançait en chantant le long de la Fontanka, entre des foules étonnées et muettes.

« Vive l’Armée révolutionnaire !  Vive la Garde rouge !  Vive les paysans ! »

L’immense procession parcourut la ville, grossissant en cours de route et déployant toujours de nouvelles bannières rouge à lettres d’or.  Deux vieux paysans, courbés par la tâche, marchaient bras dessus bras dessous, le visage illuminé d’une félicité enfantine.

– Eh bien, dit l’un, je voudrais les voir nous reprendre la terre à présent !

Près de Smolny, la Garde rouge était rangée des deux côtés de la rue, ne se sentant plus de joie.   L’autre vieux paysan dit à son camarade :

– Je ne suis pas fatigué, il me semble que j’ai fait tout le chemin dans les airs.

Sur l’escalier de Smolny, une centaine de députés ouvriers et soldats avec leurs drapeaux se détachaient en une masse sombre sur la lumière qui jaillissait de l’intérieur entre les arcades.  Comme une vague, ils se précipitèrent vers les paysans, les serrant sur leurs poitrines et les embrassant, puis le cortège, ayant franchi la grande entrée, gravit les marches dans un fracas de tonnerre …

Dans la grande salle blanche, le Tsik attendait, avec le Soviet de Petrograd au complet et un millier de spectateurs, dans la solennité qui accompagne les grands moments de l’histoire.

(…)

Puis s’ouvrit la séance triomphale.  Après quelques mots de bienvenue prononcés par Sverdlov, Maria Spiridonova, maigre, pâle, avec ses lunettes et ses cheveux plaqués, l’air d’une institutrice de la Nouvelle-Angleterre, la femme la plus aimée et la plus puissante de Russie, monta à la tribune :

– Devant les ouvriers de Russie s’ouvrent maintenant des horizons que l’histoire n’a jamais connue … Tous les mouvements ouvriers du passé se sont terminés par la défaite.  Le mouvement actuel est international et c’est pourquoi il est invincible.  Il n’est pas de force au monde qui puisse éteindre la flamme de la révolution.  Le vieux monde s’écroule, le nouveau commence …

Après elle, ce fut Trotsky, plein de feu :

– Je vous souhaite la bienvenue, camarades paysans !  Vous êtes ici, non les invités, mais les maîtres de cette maison, dans laquelle bat le cœur de la révolution.  La volonté de millions d’ouvriers est concentrée dans cette salle.  Désormais, la terre de Russie ne connaît plus qu’un maître, la grande union des ouvriers, des soldats et des paysans …

Puis sur un ton mordant et sarcastique il parla des diplomates alliés, jusqu’ici dédaigneux de la proposition d’armistice russe, qu’avait acceptée les puissances centrales.

– Aujourd’hui naît une humanité nouvelle.  Dans cette salle, nous jurons aux travailleurs de tous les pays de rester sans faiblir à notre poste révolutionnaire.  Si nous succombons, ce sera en défendant notre drapeau …

(…)

A une heure avancée de la nuit, la résolution suivante fut votée à l’unanimité :

Le Comité central exécutif panrusse des Soviets des ouvriers et des soldats, le Soviet de Petrograd et le congrès extraordinaire panrusse des paysans ratifient les Décrets sur la terre et sur la paix, adoptés par le deuxième Congrès des Soviets des D.O.S. , ainsi que le Décret sur le contrôle ouvrier, adopté par le Comité central exécutif panrusse.

Les assemblées réunies du Tsik et du Congrès paysan panrusse expriment leur ferme conviction que l’union des ouvriers, des soldats et des paysans, cette union fraternelle de tous les travailleurs et de tous les exploités, consolidera le pouvoir qu’elle a conquis et prendra toutes les mesures révolutionnaires propres à hâter le passage du pouvoir aux mains des travailleurs dans les autres pays, assurant ainsi une victoire durable à la cause de la paix juste et du socialisme.


C’étaient les dernières lignes de « Dix jours qui ébranlèrent le monde », écrites sur place par John Reed en novembre 1917 (et publiées deux ans plus tard).  Un livre captivant qui mérite d’être lu et relu et dont Lénine disait en 1919 : « Je voudrais que ce livre soit  répandu à des millions d’exemplaires et traduit dans toutes les langues ».

Quant à John Reed, pour ceux qui ne le connaissent pas, vous pouvez redécouvrir (un peu) son parcours (un tantinnet hollywoodisé) ce lundi soir sur Arte avec le film de 1981 de Warren Beatty  «  Reds », avec Warren Beatty lui-même et Diane Keaton.