Le FMI aurait finalement quelques notions d’économie


Même le FMI semble commencer à comprendre !

Il y a 3 jours, le jour même du vote des députés français en faveur de la ratification du TSCG, je dressais la liste éloquemment internationale des économistes indépendants et des institutions économiques officielles qui, de par notre vaste monde globalisé, jugent totalement inepte et même criminelle (certains à retardement, mais, vieux motard que jamais, comme on dit) cette obsession à s’enfermer dans le cercle vicieux de l’austérité institutionnalisée.

Mais jusque-là, vous aurez remarqué (ben, merde, qu’est-ce que vous foutez!), le FMI ne faisait pas partie de ma liste. Normal, au FMI, la règle d’or, l’austérité, le serrage de quiquis, y’quiffent trop. C’est leur politique fétiche. Leur remède standard. Leur réflexe pavlovien. Toujours les mêmes recettes du Consensus de Washington. Toujours demander aux pays de réduire leurs dépenses publiques et de privatiser un max. Quel que soit le symptôme, quelle que soit la conjoncture mondiale, la solution est toujours « moins d’état », pour ces gens-là. Sans revenir sur toutes les crises (financières, économiques, sociales, alimentaires) causées par ces vautours incompétents (Afrique, Asie du Sud Est, ex bloc communiste, etc), souvenons-nous au moins de Michel Camdessus affamant l’Argentine et de Dominique Strauss-Kahn humiliant les Grecs. Et la Lagarde ne fait pas exception à la règle, bien sûr. On n’est pas ex-ministre de l’économie de Sarkozy, l’apprenti Reagan (le Stetson en moins), sans de solides et multiples connexions neuronales néolibérales.

Alors imaginez mon étonnement lorsque j’ai lu ces mots dans la bouche de Daniela Christine:

«Il est parfois mieux, étant donné les circonstances et le fait que de nombreux pays ont mis en place les mêmes instruments de politique économique pour réduire leur déficit, de se donner un peu plus de temps»

Estimant aujourd’hui qu’il faut changer d’approche, elle rajoute même:

«Nous ne pensons pas qu’il soit raisonnable de s’arc-bouter à des objectifs nominaux.»

Ce qu’elle tente d’expliquer avec beaucoup de difficulté, liée à la honte qu’elle doit légitimement éprouver par rapport à ses positions précédentes (je parle de ses positions sur la crise économique mondiale, bien sûr), c’est que les mesures mises en place en Europe (et figées dans le marbre de l’objectif nominal à 0.5% du TSCG) risquent de nous enfermer « dans une spirale diabolique, l’austérité déprimant les comptes publics, etc ». Oh putain ! Mélenchon, sort de ce corps immédiatement !

Pour mieux visualiser ce qu’elle n’ose exprimer clairement, à savoir que les remèdes miracles du FMI n’ont jamais fonctionné, nulle part dans le monde, et ont toujours au contraire apporté récession et chômage de masse, « je vous ai préparé un petit graphique », comme dirait l’inénarrable Lenglet, le transfuge de BFMTV qui a rejoint l’équipe France 2 lors du mercato d’été, en récompense, probablement, de sa dégoulinante interview du président de la République, Sarkozy le 1er (et le dernier espérons-le), réalisée il y a quelques mois.

J’ai choisi 5 pays européens qui appliquent aveuglément depuis 2010 la médecine de cheval du FMI. Trois d’entre sont sous le coup d’un de leurs « plans d’aide » dévastateurs et n’ont donc pas d’autre choix que de suivre leurs ordres sans pouvoir broncher une oreille. Il s’agit de la Grèce bien sûr, de l’Irlande et du Portugal. Et deux pays, l’Italie et l’Espagne, qui ont voulu anticipé les injonctions des 3 petits cochons de la troika (FMI, BCE, Commission européenne), les lèche-cul de la classe Europe si vous voulez, pensant ainsi s’attirer les bonnes grâces de l’enjouée professeur Merkel et du sémillant proviseur Barroso. (source Eurostat bien entendu)

Où l’on voit nettement la crise qui éclate en 2007-2008, le PIB qui commence à remonter en 2010, et là, paf … le chien, ou plutôt, paf … le FMI, application des « mesures salvatrices » et rechute immédiate. Pour 2012, les chiffres ne sont bien évidemment pas encore connus (il reste 3 mois, gros ballots) mais les prévisions sont catastrophiques puisque tous ces pays seront sans doute en récession (au dessous de 0%). Et pour 2013, au secours …

La courbe du chômage pour compléter cette image idyllique:

Attention, tout de même. Notre bonne Daniela Christine n’abandonne pas totalement les philtres, pommades, pilules, granules, élixirs, ampoules et autres suppositoires, aussi douloureux qu’inefficaces, qui remplissent la trousse thérapeutique du bon docteur FMI. Deux jours auparavant, elle recommandait en effet, pour la France, de mener des politiques conduisant à une meilleure compétitivité (tiens, comme c’est nouveau ça!) et elle y allait de cette petite préconisation aussi sibylline qu’incompréhensible::

« Parmi les grandes économies de la zone euro, des politiques qui conduiraient à une demande intérieure plus élevée en Allemagne et à une compétitivité plus forte en France, en Italie et en Espagne seraient bénéfiques »

J’aimerais comprendre comment elle pense pouvoir augmenter la demande intérieure en Allemagne sans faire baisser leur sacro-sainte compétitivité ? Pour booster la demande intérieure, à moins de forcer les ultra-riches à rapatrier leur magot planqué dans les paradis fiscaux et de leur imposer d’acheter un millier de Porsche supplémentaires chacun, je ne vois pas vraiment d’autre moyen que d’augmenter les revenus de ceux qui dépensent ce qu’ils gagnent, c’est à dire les bas et moyens salaires, les pensions de retraite, etc. Mais ça, merde, ça augmente « le coût du travail » comme disent ceux qui ne travaillent pas, et ça réduit donc la compétitivité. De la même façon, augmenter la compétitivité en France, en Italie et en Espagne, ça veut dire baisser encore les salaires et les cotisations sociales. Peut-être même aller jusqu’à s’aligner sur la Chine, ou le Niger, pourquoi pas ! Je proposais même de remettre au goût du jour l’esclavage pour enfin obtenir un « coût du travail » nul. Pas mal, hein Madame Parisot, ça vous plairait ça, n’est-ce pas ? Mais si plus personne de peut plus rien acheter, ben alors … ça va faire baisser la demande intérieure. Hum … Pas facile, hein, Mame Lagarde ! Lisez donc le programme du Front de Gauche, vous verrez comment résoudre ce paradoxe. Allez, un indice, on est bonne poire. Le modèle de la compétitivité est une absurdité puisqu’il est basé intégralement sur l’exportation. Et pour qu’un pays puisse exporter, il faut qu’il y en ait d’autres … qui importent. Il est donc tout bonnement impossible que tout le monde soit « compétitifs » en même temps ! Ceux qui sont « compétitifs » le sont au détriment de leurs travailleurs ! Allez-vous enfin le comprendre ça, bordel de merde ! Pardon, je m’emporte.

Votre attention (vacillante, je suppose, à ce point-ci de ce billet soporifique) aura sans doute noter l’emploi des qualificatifs « douloureux » et « inefficaces » à propos des médecines du FMI. Douloureux, c’est indéniable. Mais inefficaces ? Je ne doute pas que vous placiez en moi une confiance sans borne ;-), mais permettez-moi tout de même d’étayer ces propos. Je rappelle que le but invoqué pour infliger autant de souffrances aux peuples est de réduire la dette publique. Bien, regardons donc:

Ah ben merde ! Ça continue de monter ! Ça marche pas !

Je suis mauvaise langue. Je sais pertinemment que le FMI a quelques notions d’économie. Ils ne sont pas complètements débiles, eux (par rapport aux médias qui ressassent inlassablement la grande fable du néolibéralisme et des bienfaits de la contraction de l’État tous azimuts). S’ils continuent dans leur dogme, c’est qu’il y a une bonne raison. Cela sert bien à quelque chose, ou à quelques uns, devrais-je plutôt dire. Regardez:

Bien évidemment, les intérêts ! Les intérêts que payent les états sur les dettes qu’ils contractent auprès des banques privées (au lieu d’emprunter directement auprès de la BCE comme on le préconise depuis des lustres). Ils ne cessent d’augmenter, ces intérêts. Attention, on parle pas de petites sommes, là. Pour l’Espagne, par exemple, pour un PIB en 2011 d’environ 1000 milliards d’euros, cela représente environ 25 milliards d’euros (de quoi largement combler le déficit de la Sécurité Sociale en France, par exemple). Et on ne parle que du remboursement des intérêts, là. Pas du service complet de la dette ! Le crime profite donc bien à quelqu’un, aux créanciers privés.

Le FMI est le complice de cette bande de malfaiteurs internationale, bande qui accueillera bientôt, grâce à la ratification du TSCG, un nouveau membre, tout aussi sauvage que ses bestiaux collègues, en la personne morale du MES, ce FMI made in Europe.

Et nos hommes politiques qui mettent en place le Traité de Lisbonne, le Six Pack européen, le semestre Européen ou encore le TSCG sont leurs créateurs, des Dr Frankenstein de l’économie qui devront un jour rendre compte.

À deux doigts de la tyrannie constitutionnalisée


Après la Grèce, le Portugal, la Slovénie, la Suède, le Danemark, la Lettonie, la Roumanie, l’Irlande et l’Allemagne, l’Italie vient de ratifier le traité budgétaire européen, par voie parlementaire, à une très large majorité.

Je parle ici bien sûr du fameux TSCG, le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Convergence au sein de l’Union Économique et Monétaire, dont je vous ai si souvent parlé.  Le fameux traité que l’illusionniste Hollande a prétendument renégocié il y a quelques jours, alors que 8 pays l’avait déjà ratifié, alors que l’Allemagne le ratifiait le jour même de cette fanfaronnade de renégociation victorieuse, alors que j’ai le fichier du traité renégocié sur mon ordinateur, au format PDF, depuis plusieurs mois.  Mais bon, il est renégocié, paraît-il.  Ouf, je m’inquiétais donc pour rien.

Je rappelle une dernière fois de quoi il retourne.  On ne sait jamais, par bonté d’âme à l’égard de celles et ceux qui viennent de débarquer d’une voyage interstellaire de quelques centaines d’années à la vitesse de la lumière, ou bien qui sortent tout juste de leur machine à voyager dans le temps installée dans leur sous-sol après un saut de quelques millénaires (ce qui est sensiblement la même chose au final, si mes quelques souvenirs de relativité ont survécu au ravage de l’âge).  Pourtant, le document original n’est pas très compliqué à lire.  Et il ne fait que 25 pages !  Dont 9 de notes, attendus, considérants et autres élucubrations bien pensantes totalement inutiles.

Un coup d’État en 16 pages, bravo.  C’est du grand art.  C’est même mieux que Poursuivre la lecture « À deux doigts de la tyrannie constitutionnalisée »

Le tigreau celtique à la ni-niche


Les Irlandais ont donc approuvé à une énorme majorité de 60,3% le pacte budgétaire européen (TSCG) qui était soumis à référendum hier, 31 mai 2012:

Ils avaient pourtant été avertis.  Ce référendum était en effet ouvertement considéré, par les saigneurs de l’Europe, comme un test pour la politique d’austérité dans la zone euro.  Ils auront donc l’austérité.  Les menaces ont donc porté leurs fruits.

Les dirigeants européens sont soulagés.  Les financiers aussi.  Les Irlandais viendront très vite leur demander l’aumône de quelques milliards d’euros afin de pouvoir continuer de leur rembourser … les intérêts de leur dette.  Les Irlandais ont été bien sages.  Ils auront donc le droit de jouer avec le MES.  Le MES demandera des fonds aux États.  Ces derniers devront s’exécuter et payer sous 8 jours l’appel de capital requis, puisque c’est dans le règlement même du Traité.  Ils devront donc bien sûr eux-mêmes emprunter, vue la mouïse dans laquelle ils sont déjà (pratiquement tous).  Et à qui-ça vont-ils emprunter ? Aux marchés privés, bien sûr.  Et les financiers peuvent continuer leur fête du slip.

Les dirigeants européens sont soulagés.  Les gens de gauche sont affligés.

Tous nos espoirs résident maintenant sur les frêles épaules de nos amis grecs.  Le 17 juin prochain, espérons une énorme victoire de Syrisa.

Résistance !

13 mai 2012: un jour marqué d’infamie


EDIT (15 mai à 17h30): Il semblerait que ma prudence à employer un conditionnel là où le Nouvel Obs. et l’AFP employaient, eux, le présent de l’indicatif, ait été récompensée puisque, finalement, on vient d’apprendre cette après-midi, que l’accord outrageant dont je faisais l’écho dans mon billet ci-dessous n’existe pas (ou plus? ;-)).  Le bureau présidentiel grec a en effet fait un communiqué, au sortir des réunions du jour, dans lequel il déclare qu’une dernière réunion aura lieu demain (16/05) à 13h dans le but de former un gouvernement qui s’occupera des affaires courantes et qui devra s’occuper de l’organisation des prochaines (re-)élections.  Le choix du peuple est donc respecté et c’est le plus important.  Je ne change néanmoins pas un seul mot de mon billet d’il y a 2 jours, afin de pouvoir se souvenir, dans quelques temps, que nous sommes passés à 2 doigts d’un nouveau coup d’état en Grèce.  Heureusement que SYRISA veillait au grain.  Bravo à eux pour leur honnêteté et leur résistance!

Mon billet original:


Je vais utiliser le conditionnel tellement cette nouvelle me parait tout simplement incroyable.  Et pourtant, le Nouvel Obs., en partenariat avec l’AFP, l’a annoncé avec un présent de l’indicatif assez effrayant, dois-je dire, aujourd’hui à 14h30:

« Un accord a été conclu entre trois partis – conservateurs, socialistes et un petit parti de gauche – pour un gouvernement intérimaire de deux ans chargé de mettre en œuvre le programme d’austérité « criminel » en Grèce »

Je rappelle que le nouveau parlement grec, issu des urnes dimanche denier, le 6 mai 2012, ressemblait à ça:

Outre le fait que le parti Syriza, le Parti de Gauche grec, a été propulsé par ce scrutin comme deuxième parti du pays (52 sièges avec 16,78% des voix), il faut bien se rendre compte que cette élection a marqué le refus clair et net, le rejet sans hésitation, ni atermoiement, des plans d’austérité imposé par la troïka européenne, et en particulier du denier mémorandum, par le peuple grec.  En effet, le Pasok (socialiste) et la Nouvelle Démocratie (droite), les deux partis gouvernementaux sortant ayant accepté de signer le « programme d’assainissement de l’économie grecque », les 2 seuls partis favorables à l’application des remèdes mortifères de l’Europe et du FMI, sont sortis laminés des élections, avec respectivement, 13,18% des voix (correspondant à 41 sièges) et 18,85% des voix (correspondant à 108 sièges, grâce au bonus de 50 sièges accordés par la Constitution grecque au parti en tête).

Tous les autres partis, représentant donc 67.97% des électeurs, s’étaient donc déclaré contre l’application de ces mesures.  Le peuple grec a voté en connaissance de cause, en toute intelligence et en conscience!  Et il s’est clairement exprimé contre ces mesures!

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Atout Trèfle


Comme je le disais, le pilonnage a bien lieu.  Il s’intensifie même.  Façon  Dresde, écrivais-je alors.  Ça ressemble plutôt au bombardement de Tokyo.  Je suis donc bien obligé d’y revenir, moi aussi.  C’est mon pilonnage personnel, si vous voulez.  Mais, je vais faire cours.  Promis.  Je vais tenter des frappes chirurgicales.

Ça doit rentrer dans votre cerveau, coûte que coûte, ok!  François Hollande est en train de réorienter la politique de l’Europe pour « sortir du tout austérité »!  Il est déterminé.  Brrrr.  Ça fait froid dans le dos.  Rien ne pourra le détourner de l’objectif qu’il s’est fixé.  Renégocier le pacte budgétaire (c’est le petit nom tout mignon du TSCG) et imposer son « volet complémentaire pour la croissance ».  Et Blanche Merkel et les 27 nains européens devront s’y faire.  Ce que François veut, François l’a, Angela!   Compris!  Sinon?  Eh ben, sinon, la France ne le ratifiera pas, après les élections législatives comme c’est actuellement prévu.  Et pis c’est tout. 😀

Pour ceux qui vivent sur la planète des Barbapapas, je rappelle juste deux ou trois trucs factuels sur ce ‘pacte budgétaire » en fin de billet.

À mon tour de pilonner. 😉

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