Programme de Macron 2017 : en marche vers le vide

L’élection présidentielle 2017 est dans moins de trois mois.

Il est grand temps de s’intéresser aux programmes de nos impétrants.

Commençons, si vous le voulez bien, par le poulain des médias du CAC40, le fils prodigue de BFM TV et du Point, le favori de ces dames du Siècle, le héraut du mépris de classe, j’ai bien sûr nommé l’infatué Macron.  Pour trouver son programme, il suffit de suivre le lien approprié sur son site.

Magnanime, j’ai décidé de vous aider en vous l’indiquant sur l’image ci-dessous :

Le programme de Macron peut se résumer ainsi : le vide intense avec des gros morceaux de rien dedans.  Une jolie peinture transparente mâtine le tout.

Je reconnais que j’exagère un tantinet car, en attendant la copie définitive (aux dernières nouvelles, les actionnaires de la banque Rothschild seraient sur le point d’y apposer le point final), on peut d’ores et déjà, grâce à quelques fuites de notre source secrète infiltrée au plus profond de l’équipe de travail Rothschildienne, révéler deux ou trois petites choses sur son futur programme.  On sait que le jeune réactionnaire Macron veut être président parce que Rothschild le vaut bien, qu’il aura 577 candidats En marche aux législatives pour attraper des brins de néant (des astrophysiciens des trous noirs ont été contactés pour aider à leur localisation), que les cendres de Mme Thatcher la Salope seront transférées au Panthéon (à côté de E. Zola) durant le quinquennat et que l’assurance maladie ne remboursera plus que la vaseline.

Et dire que quelques niais comptent réellement voter pour cet ectoplasme !  Ça fait froid dans le dos.

Les rouages de l’évasion fiscale dans la lutte des classes

Rencontre avec Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues, autour de leur nouveau livre, «Tentative d’évasion (fiscale)», paru aux Editions Zones-La Découverte, et David Leloup, journaliste indépendant et réalisateur du film «L’homme qui voulait détruire le secret bancaire» (A Leak in Paradise).

Dans cette nouvelle émission «Regards», Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et David Leloup démontent les rouages de l’évasion fiscale et ses enjeux politiques. Depuis les plages paradisiaques des îles Caïman jusqu’au cœur de nos États où s’organise la fraude à grande échelle, ils mettent en lumière le cynisme et la cupidité des plus riches, mobilisés pour accumuler toujours plus d’argent… sur le dos des peuples.

Une émission proposée par la FGTB wallonne & produite par le CEPAG.

Réalisation: Yannick Bovy – Octobre 2016 – 29’30.

A voir également en ligne sur
www.fgtb-wallonne.be
www.cepag.be

Les ordres 2016 de l’UE à la France, orgie néolibérale habituelle

Avant, chaque année depuis leur instauration en 2011, je les traduisais, les analysais, les commentais …

Mais ça, c’était avant.  Avant que je me rende compte, tout à mon affliction, que tout le monde s’en battait les tuuuut, en fait.  Je veux parler des recommandations de réformes que la Commission Européenne (sous le masque translucide du Conseil Européen) se permet de donner à chacun des 28 membres de l’Union, en sa qualité de … ben de j’sais pas quoi en fait, dans le cadre de la fameuse procédure du « Semestre Européen » dont je vous ai si souvent parlé.  Ainsi, en 2011 année de la création du triste semestre, puis en 2012 et finalement en 2013.

Et puis ce weekend, je suis encore tombé sur des gens (je ne me suis pas fait mal, ne vous inquiétez pas), fort bien intentionnés au demeurant, qui ne semblaient pas vraiment se rendre compte que les actes politiques d’aujourd’hui (tiens, comme le projet de loi El Khomri), sont les conditions d’existence de demain, ou, translatées dans le temps, que les décisions politiques d’hier sont notre environnement d’aujourd’hui.  La dialectique matérialiste toussa-toussa …

Ainsi, le Semestre Européen d’hier (ou le TSCG puisque le Semestre est maintenant intégré au TSCG) autorisent la Commission Européenne a dicté ses recommandations de réformes aux nations de l’UE.  Et le TAFTA (ou TTIP) d’aujourd’hui permettra, s’il est signé, à la société Coca-Cola (par exemple) d’obtenir des dommages et intérêts faramineux de la part de l’État français (c’est à dire, nous) si ce dernier s’obstine à vouloir maintenir (par exemple) un rétrograde salaire minimum en France, l’empêchant ainsi de réaliser les bénéfices auxquels elle pourrait raisonnablement s’attendre si on pouvait payer ces gueux à 1 € de l’heure comme dans tout bon pays civilisé.

Bref, j’ai lu les recommandations 2016 de la Commission concernant la France.  On peut trouver le document, bien à sa place, au milieu du tableau contenant également les 27 autres listes de recommandations nationales.  Et force est de constater que les commissaires passent (avant c’était Barroso le Commissaire en Chef, aujourd’hui c’est Juncker) mais les recommandations persistent, toujours les mêmes, inébranlables, intransigeantes, obstinées, glaçantes, impitoyables (cruelles) et pitoyables (risibles) à la fois.  Devant un tel aveuglement dogmatique radicalisé, je n’ai pu résister à l’envie de vous les faire partager encore une fois.

Mais, comme évidemment rédigées en novlangue européolibérale, elles nécessitent une traduction minimum afin d’être mieux digérées des néophytes pas très au fait des belles choses de cette Union qui nous protège (mais de quoi ? faudra bien qu’un jour on se pose la question quand même).

Un petit document, d’à peine 8 pages.  Dense.  Un splendide concentré d’homélie ultralibérale, un inventaire à la Prévert d’exhortations prosélytes au dieu Compétitivité (amen).

Le sermon commence, comme il se doit, par les « considérants ».  Que je vous ai traduits :

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Ken Loach : « Comment voulez-vous ne pas être en colère ! »

Deux extraits de « I, Daniel Blake » le dernier film de Monsieur Ken Loach et nouvelle Palme d’Or Cannes 2016 :

Mais les sociaux-démocrates n’ont jamais été de gauche ! Pour moi ils ont toujours été de droite, d’une façon ou d’une autre. De droite extrême ou modérée. Mais jamais de gauche. Blair n’était pas un homme de gauche, Brown n’était pas un homme de gauche. La guerre impérialiste en Irak à laquelle nous avons participé, ce n’est pas la gauche, c’est la droite dure ! Pour les sociaux-démocrates, la première priorité est que le patron fasse des profits. Avant tout le reste. Pour moi la vraie gauche doit se distancier au maximum des sociaux-démocrates et mettre la défense des travailleurs en tête de ses priorités. »  Ken Loach, Cannes 2016

Monsieur Ken Loach, pour les sauvages qui ne le connaitraient pas, c’est un engagement humaniste constant, la fidélité et la lutte, le politique au cœur du quotidien, c’est plus de 20 films réalistes et touchant, un regard implacable et fin sur notre société capitaliste et ses ravages, un récit « vu d’en bas » de l’histoire du vingtième siècle de la Grande Bretagne (une histoire populaire de la Grande Bretagne aurait dit Howard Zinn), c’est la dénonciation intelligente de la vulnérabilité des plus démunis, c’est aussi le rouge de Manchester, ses banlieues industrielles, ses fish & chips et ses équipes de foot (enfin, surtout United) …  Un bel homme de gauche.  Voici, une (très) petite rétrospective (à peine 1 minute) de quelques uns de ses films, réalisée en 2012 lorsqu’il a reçu le 4e Prix Lumière au festival Lumière 2012 à Lyon :

« J’ai entendu parler de votre ministre de l’Economie, oui. Et je crois que ce qu’on voit dans le film est inévitable si on ne continue pas à se battre. Vous savez, c’est quelque chose qui est à l’œuvre à travers toute l’Europe, à différents stades. Depuis 40 ans, la Grande-Bretagne est le pays qui applique les préceptes du néo-libéralisme de la façon la plus agressive. Depuis Margaret Thatcher, nous sommes ceux qui avons lancé les premiers la privatisation de l’industrie et des services publics. Des politiques qui ont entraîné la destruction de l’Etat-providence et de ses bienfaits pour les citoyens. Aujourd’hui, c’est l’Union européenne qui pousse en faveur de ces décisions qui favorisent les profits des grandes corporations. On voit le résultat en Grèce… Et ne vous trompez pas : ça va vous arriver aussi en France ! »  Ken Loach, Cannes 2016

Son film « The Spirit of ’45 » explique tout ce que l’équivalent de notre CNR outre-Manche avait mis en place à la sortie de la guerre et que les « réformes » néo-libérales (comme la loi El Khomri)  détruisent peu à peu depuis les années Thatcher dans tous les pays occidentaux (à divers stades d’avancement, ou plutôt de régression) :

« [Blair hier et Hollande aujourd’hui] estiment qu’être de gauche, c’est se mettre au service des entreprises pour qu’ils fassent des profits. Et que si à la fin on peut laisser un euro aux pauvres, c’est suffisant. Ce qu’ils oublient, c’est que le profit réclame des travailleurs mal payés, des taxes les plus faibles possibles et des compagnies privées qui contrôlent tout. Les sociaux-démocrates veulent peut-être faire le bien. Mais face à la loi du marché, c’est perdu d’avance. »  Ken Loach, Cannes 2016

Monsieur Ken Loach reçoit donc sa (deuxième) palme d’or pour son film « I, Daniel Blake » à Cannes ce weekend :

« Le drame le plus terrible, c’est la faim. Avec Paul, nous sommes allés à Nuneaton, ma ville de naissance, dans les Midlands. Nous avons rencontré un jeune homme qui faisait des petits boulots, ici et là. Il habitait dans une petite chambre, financée par une association de charité. Il avait pour seul mobilier un matelas sur le sol et un vieux réfrigérateur… On a ouvert la porte et il n’y avait rien dedans. On lui a demandé pendant combien de temps il lui arrivait de ne pas manger et il a dit : « quatre jours, la semaine dernière ». Il avait 19 ans, il aurait pu être mon petit-fils, et il n’avait pas mangé pendant quatre jours ! » Ken Loach, Cannes 2016

Standing ovation pour Monsieur Ken Loach.  Tout le gratin Cannois debout, la larme à l’œil, le papillon de guingois et la robe fendue, qui applaudit notre vaillant révolutionnaire socialiste octogénaire et qui pourtant, n’en doutons pas, dès les prochaines élections s’empressera de retourner bien vite au bercail droitier en votant pour un Hollande ou un Sarkozy, un Valls ou un Juppé, un Macron ou un Lemaire, un Montebourg ou une Kosciusco-Morizet, bref l’un quelconque des innombrables thuriféraires du système que dénonce précisément Monsieur Ken Loach depuis des décennies.  « Parce qu’il est bien gentil, le Ken, mais faut pas déconner, l’est quand même un p’tit peu trop rouge à not’goût. »

« Disons que je suis en colère au nom des autres. Regardez, nous sommes assis ici à Cannes, face aux yachts de milliardaires. Quelle ironie bizarre… Mais comment voulez-vous ne pas être en colère devant les choses que je vous décris ? J’espère transmettre ce sentiment à travers mon film. »  Ken Loach, Cannes 2016

Merci Monsieur Ken Loach.

(Interview source des citations de Ken Loach)

Six minutes indispensables sur la loi El Khomri

Voici l’intervention à l’Assemblée nationale le 3 mai dernier de Pouria Amirshahi, député non-inscrit (depuis peu) de la neuvième circonscription des Français établis hors de France, lors du début de l’examen de la loi travail (aussi connue sous le nom de projet de loi El Khomri).

Tout y est dit en moins de 7 minutes.  Rien à ajouter :

Aussi, et même s’il tente de se justifier sur son site en listant tous les amendements qu’il a déposés concernant ce texte, est-on en droit de s’étonner tout de même, à l’écoute (et à la lecture – voir plus bas) de ce flamboyant plaidoyer, que M. Amirshahi se soit contenté de s’abstenir lors du scrutin sur la motion de rejet préalable qui a eu lieu le jour même en séance.  Peut-être, parce que cette motion était déposée par Christian Jacob, un thuriféraire de l’UMP, pardon, de LR, enfin bref, de la droite décomplexée ?

Quoi qu’il en soit, la motion de rejet préalable a bien entendu été … rejetée et le projet de loi peut donc continuer de creuser son petit bonhomme de chemin parlementaire jusqu’à son adoption définitive ou sa quarante-neuf-trois-isation finale :

Le détail du scrutin est donné (pour ceux qui voudraient y retrouver le nom de leur député) en fin de billet.

Quant à M. Amirshahi, rappelons qu’il s’agit de l’un de ces députés socialistes « frondeurs » qui ont souvent exprimé leur désaccord face à la politique de droite de la mandature Hollande sans jamais vraiment entrer en opposition.  Leur arme létale privilégiée étant … l’abstention … ouuuuh on tremble.  Notons tout de même à son crédit qu’il a voté CONTRE la ratification du pacte budgétaire européen TSCG, qu’il est à l’initiative d’une tribune parue dans Le Journal du dimanche, signée par une cinquantaine de parlementaires socialistes, appelant le gouvernement français à soutenir le gouvernement grec d’Aléxis Tsípras et qu’après les attentats du 13 novembre 2015 en France, il figure parmi les six petits députés français qui ont voté CONTRE le projet de loi (adopté par 551 pour, 6 contre et une abstention) prolongeant de trois mois l’état d’urgence « qui va au-delà des pouvoirs administratifs exceptionnels et s’appliquera sans contrôle démocratique véritable. »

Enfin, en mars 2016, il annonce son départ du Parti socialiste et du monde des partis en général et il annonce également qu’il ne se représentera pas aux législatives de 2017.

Transcription de l’intervention de M. Amirshahi

Mesdames et Messieurs les Députés, Madame la Présidente, Mesdames les Ministres,

A la suite des gouvernements Raffarin en 2004 et Fillon en 2008, vous envisagez à votre tour d’étendre encore un peu plus le champ et le nombre des dérogations aux accords de branches dans un sens moins favorable aux salariés. Vous invoquez la « lutte contre le chômage », comme vos prédécesseurs dont on a vu les résultats catastrophiques pour ces salariés licenciés, privés d’emplois ou précarisés. En revanche, quelques patrons et actionnaires rarement scrupuleux peuvent se réjouir de ce que vous légalisez leur chantage : maintien dans l’emploi –pour quelques-uns- en contrepartie d’un renoncement à leurs droits essentiels, parfois même à une partie du salaire…jusqu’à la délocalisation ou à la fermeture définitive de l’entreprise.

Les ouvriers ne sont pas dupes et voient bien que ce chantage ne fait que rétrécir la corde qu’ils ont parfois au cou.

En introduisant des dérogations au droit du travail au niveau des entreprises d’une même branche – voire au niveau d’établissements d’une même entreprise ou au sein d’un même groupe – vous créez de graves écarts entre les salariés. Qu’il s’agisse des conditions de recours aux astreintes, du dépassement de la durée maximale de travail, des conditions de repos quotidiens, des jours fériés chômés, des règles concernant le travail de nuit ou de la mise en place des temps partiels, vous touchez là à la dignité des femmes et des hommes au labeur, qu’ils soient cadres, techniciens ou ouvriers. Plus d’incertitudes et plus d’insécurité encore, voilà l’avenir dans lequel vous décidez de placer les travailleurs d’aujourd’hui et de demain.

Rendez-vous compte, mes chers collègues, à titre d’un seul exemple, qu’un gouvernement, en République et en temps de paix, veut rendre possible l’extension de la durée maximale du travail de 10h à 12h par jour. Tournant le dos à l’humanisme, qui est pourtant – dois-je le rappeler ? – votre mandat constitutionnel, vous instaurez là une norme irresponsable dans ses conséquences : baisse de la vigilance, augmentation des risques d’erreurs, mise en danger d’autrui, accidents du travail, etc.

Voilà où mènent votre renoncement et votre dogmatisme libéral.

D’ailleurs quelle représentation avez-vous réellement de ces salariés depuis ces longs mois où vous gouvernez, souvent contre eux ? Vous ne cessez de les jeter en pâture à l’opinion en répétant qu’ils sont un problème : « ils coûtent trop cher », « qu’ils ont trop de droits » et j’ai même entendu le premier de vos ministres se plaindre qu’ « on ne peut pas les licencier facilement ». Bref : ils seraient le problème.

Vous avez ainsi, avec le CICE et le pacte de responsabilité détourné plusieurs dizaines de milliards d’euros du budget de l’État et de la sécurité sociale vers les trésoreries d’entreprises, sans condition ni contrôle.

Vous avez ensuite systématiquement protégé des actionnaires et chefs d’entreprises aux revenus insolents en vous empressant, cette fois, de ne pas légiférer  et de demander poliment à ces derniers, je cite « une autorégulation exigeante ». Le cynisme ne vous a pas étouffé, qui vous amène aujourd’hui, à nouveau, à dénoncer des « rigidités » qui ne sont rien d’autre que les utopies concrètes du Front Populaire et du Conseil National de la Résistance.

Et quelques oripeaux mal ficelés au détour d’une mauvaise loi n’y feront rien : le fameux compte personnel d’activité reste à ce stade une coquille vide, alors que votre ambition, votre mandat initial aurait dû être de la remplir et de la sanctuariser.  Avant de dire ma conclusion, je veux informer les français d’un danger plus grave encore : celui de la généralisation de la précarité. Sachez mes chers compatriotes, que demain, lorsqu’un établissement au sein d’une entreprise ou une entreprise au sein d’une branche ou une enseigne au sein d’un grand groupe aura basculé vers moins de temps de pause, plus d’heures travaillées, moins de médecine du travail, alors les directeurs des entreprises, enseignes ou établissements voisins s’empresseront d’exercer à leur tour le chantage pour moins de contraintes, moins de droits, moins de protections, moins de salaires. La concurrence de tous contre tous nous tirera vers le bas tandis qu’elle diminuera la valeur réelle de nos entreprises. On a déjà le dumping social européen, désormais vous légalisez cette concurrence déloyale au sein même de notre pays…

Avec ce projet vous ne réglez rien, pas même la question du dialogue social, dont on voit qu’il a parfois chez vous le goût du flash-ball, nuisant au passage à l’image de la police républicaine.

Surtout vous démontrez votre incapacité à vous inscrire dans la modernité vraie, celle qui veut penser la transition économique exactement comme on pense la transition écologique (d’ailleurs les deux sont liés) : sortir progressivement d’un productivisme absurde, entrer dans un monde à croissance faible, partager, réduire le temps de travail et augmenter le temps pour soi, ambition que vous avez répudiée.

Le fordisme et le taylorisme, adossés par ailleurs à l’exploitation intensive et abusive des ressources naturelles (souvent celle des autres d’ailleurs,  loin de l’esprit de coopération qui devrait nous guider), continuent de parcelliser et d’appauvrir le travail manuel comme le travail intellectuel. Leur application continue de distinguer ceux qui pensent le travail et son organisation et ceux qui le réalisent, rangés au rang d’opérateurs… Jamais depuis toutes ces semaines vous n’avez parlé des gens, de leur réalité, de la vie au travail ; jamais vous n’avez abordé la reconnaissance au travail, celle des qualifications et celle aussi des métiers, des nouveaux risques qui nous menacent, comme « l’ubérisation de l’économie ». Les gens veulent y participer. Car oui, la question du travail – et non la « valeur travail » comme vous dites – est une question autant sociale que démocratique.

Je conclus par le plus grave : en vous alignant sur les intérêts du plus fort, vous brisez l’adage de Lacordaire qui déclarait : « entre le fort et le faible c’est liberté qui opprime et la loi qui protège. » On ne pouvait pas faire plus belle synthèse, et de la Révolution française et de 1946. Sachez que nous serons quelques-uns à faire tout pour faire fructifier ce bel idéal et cette belle ambition républicaine.

Pouria Amirshahi, le 3 mai 2016 à l’Assemblée nationale

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Frédéric Lordon monte enfin sur le ring

Quand des intellectuels du calibre de Frédéric Lordon se mêle … enfin … de politique (au sens premier et noble du terme) en sortant de leur bureau d’universitaire, cela donne ce qui suit.  De vraies bonnes idées concrètes pour réussir la convergence des luttes, seul moyen de renverser la table.

Par exemple, cette idée de rédiger une constitution pour la république sociale que Lordon appelle de ses veut, idée versée au pot commun de la #NuitDebout, afin de ne pas perdre le sens de qui se passe là-bas :

Nous occupons pour atteindre des objectifs politiques.

Ou encore avec François Ruffin :

Bon, du coup j’en profite pour partager cet article fondateur (à mon avis) de l’engagement de Lordon.  Cet article est paru dans le Diplo du mois dernier.  Le numéro d’Avril vient de sortir en kiosque, aussi Serge Halimi et tous ses amis ne m’en voudront-ils pas trop, j’ose espérer, d’en reproduire ici gratuitement (et illégalement), pour les non abonnés (mais faut s’abonner si on peut, bien sûr), de larges extraits.  Je ne peux plus repousser cette diffusion.

Pour la république sociale

Par Frédéric Lordon, Le Monde Diplomatique Mars 2016

C’est bien l’esprit de Lampedusa (1) qui plane sur l’époque : tout changer pour que rien ne change. Et encore, « tout changer »… A peine feindre. A moins, ce qui serait presque pire, qu’ils ne soient sincères : on ne peut pas exclure en effet que les protagonistes de la « primaire à gauche » soient convaincus de produire une innovation politique radicale, alors qu’ils bafouillent la langue morte de la Ve République. Le comble de l’engluement, c’est bien sûr de ne plus être capable de penser au-delà du monde où l’on est englué. Présidentialisation forcenée, partis spectraux, campagnes lunaires, vote utile, voilà la prison mentale que les initiateurs de la « primaire à gauche » prennent pour la Grande Evasion. Et pour conduire à quoi ? La fusion de la contribution sociale généralisée (CSG) et de l’impôt sur le revenu ? un programme en faveur de l’isolation des logements ? une forte déclaration sur la « réorientation de l’Europe » ?

Il est vrai que, comme la pierre du Nord (guérit les rhumatismes et les ongles incarnés) avait besoin pour s’écouler de se rehausser de la mention « Vu à la télé », l’étiquette « Soutenu par Libération » signale surtout le rossignol d’une parfaite innocuité, la subversion en peau de lapin bonne à n’estomaquer que les éditorialistes, comme si de l’inénarrable trio Joffrin-Goupil-Cohn-Bendit pouvait sortir autre chose qu’un cri d’amour pour le système, qui leur a tant donné et qu’il faut faire durer encore. En tout cas, il ne manque pas de personnel dans le service de réanimation, où la croyance qu’un tube de plus nous tirera d’affaire n’a toujours pas désarmé.

(…)

En politique, les morts-vivants ont pour principe de survie l’inertie propre aux institutions établies et l’ossification des intérêts matériels. Le parti de droite socialiste, vidé de toute substance, ne tient plus que par ses murs — mais jusqu’à quand ? Aiguillonnée par de semblables intérêts, la gauche des boutiques, qui, à chaque occasion électorale, se fait prendre en photo sur le même pas de porte, car il faut bien préserver les droits du fricot — splendides images de Pierre Laurent et Emmanuelle Cosse encadrant Claude Bartolone aux régionales —, n’a même plus le réflexe élémentaire de survie qui lui ferait apercevoir qu’elle est en train de se laisser gagner par la pourriture d’une époque finissante. Il n’y a plus rien à faire de ce champ de ruines, ni des institutions qui en empêchent la liquidation — et pas davantage de la guirlande des « primaires » qui pense faire oublier les gravats en y ajoutant une touche de décoration.

La seule chose dont nous pouvons être sûrs, c’est qu’aucune alternative réelle ne peut naître du jeu ordinaire des institutions de la Ve République et des organisations qui y flottent entre deux eaux le ventre à l’air. Cet ordre finissant, il va falloir lui passer sur le corps. Comme l’ont abondamment montré tous les mouvements de place et d’occupation, la réappropriation politique et les parlementarismes actuels sont dans un rapport d’antinomie radicale : la première n’a de chance que par la déposition (2) des seconds, institutions dont il est désormais établi qu’elles sont faites pour que surtout rien n’arrive — ce « rien » auquel la « primaire de gauche » est si passionnément vouée.

(…)

La forme de la politique a un nom général : la Constitution. Lire la suite