L’austérité budgétaire affaiblit la croissance


Et ce n’est pas moi qui le dit, pour une fois ;-).

Ce n’est pas non plus Jean-Luc Mélenchon ou Pierre Laurent. Il ne s’agit pas non plus d’un nouveau tract revendicatif de la CGT, ni du dernier slogan déclamé à la fête de l’huma ce week-end. Ce ne sont pas non plus les centaines de milliers d’Espagnols et de Portugais déferlant dans les rues ensoleillées de la péninsule ibérique.

Non, non. Bien sûr, M. Mélenchon, M. Laurent, la CGT, le Front de Gauche, les citoyens d’Espagne, du Portugal, de Grèce, et d’ailleurs, de plus en plus d’économistes par le monde, de chercheurs, de trouveurs, d’analyseurs, d’investigateurs, de travailleurs, de penseurs, de blogueurs, de rêveurs, de simples viveurs, et également votre serviteur, ne cessons de le répéter depuis plus de 2 ans.

Ces propos se trouvent dans le dernier rapport annuel de la CNUCED, qui est, pour simplifier, la branche de l’ONU qui s’occupe d’économie mondiale. Avec de vrais économistes dedans. Quelques extraits du communiqué de presse:

« l’austérité budgétaire et la compression des salaires affaiblissent toujours plus la croissance dans les pays développés sans que soient obtenus les résultats escomptés en matière de réduction des déficits budgétaires, de création d’emplois et de rétablissement de la confiance des marchés financiers. »

Vous avez bien lu: la compression des salaires affaiblit toujours plus la croissance sans que cela ne règle quoi que ce soit sur le plan de la réduction des déficits budgétaires ou celui de la création d’emplois. Voilà qui est bien dit. Encore mieux. Attention, bolchévisme radical inside:

« Faute de dépenses publiques suffisantes pour soutenir les marchés intérieurs, la demande de biens et services déjà faible, a stagné ou s’est affaiblie davantage encore. Des politiques publiques de soutien restent nécessaires. »

Je répète: des politiques publiques de soutien sont nécessaires pour soutenir la demande. Oh putain, on dirait un discours du Front de Gauche.

Dans ce nouveau rapport, les économistes de la CNUCED analysent également une tendance qui prévaut depuis les années 80 dans de nombreux pays, comme entre eux : l’accroissement des inégalités de revenus. Et quelle est leur analyse:

Ils s’opposent au principe selon lequel des écarts de revenus croissants sont un effet inéluctable de l’augmentation de l’efficacité économique et de la mondialisation. Ils affirment au contraire que les inégalités croissantes entravent le potentiel de croissance des économies en comprimant la demande et l’investissement.

Pour finalement conclure:

Les économies bénéficieraient d’une répartition plus équitable des revenus. La réduction des disparités croissantes de richesse et de revenu aurait non seulement des effets sociaux positifs, mais favoriserait également une croissance économique plus forte.

Là encore, permettez-moi d’enfoncer le clou: la réduction des disparités de richesse et de revenu favoriserait une croissance économique plus forte.

Et même l’OCDE s’y met. Peut-être se rendent-ils enfin compte (on peut toujours rêver ;-)) que pendant toutes ces années, ils ont poussé le bouchon un peu trop loin, Maurice. Avec leur compère l’OMC, les évangélistes zélés du néo-libéralisme à travers le monde. Les premiers, les économistes de l’OCDE, fournissent des prétendues études et statistiques qui démontrent (démontraient?) invariablement l’excellence, la perfection, la suprématie, la souveraineté, la splendeur du système libéral, études qui permettent aux seconds, les économistes de l’OMC, d’inscrire ces vérités révélées sous la forme de règlements indépassables sur le commerce mondial, règlements plébiscités par les premiers … et tout ce joli monde ronronne ainsi joyeusement en se lisant de belles histoire de Friedrich Von Hayek et Milton Friedman le soir pour s’endormir. Snif. Que c’est beau un monde qui exploite.

Bref. Même l’OCDE, disais-je, juge dangereuse la gouvernance actuelle de la zone euro. J’ai relu plusieurs fois pour être sûr. Je me suis pincé. C’est bon, je crois que je peux citer:

« un peu d’inflation dans les pays créditeurs, notamment par une augmentation des salaires, aiderait les pays débiteurs du Sud »

« Les banques ont besoin du soutien des États et, en même temps, ces banques portent dans leurs comptes les dettes souveraines de ces États. »

Concernant la grande différence des taux d’intérêt au sein même de la zone euro, « Ceux qui auraient le plus besoin d’être aidés sont le plus pénalisés et reçoivent le moins. »

On note, un savoureux:

« Au Japon, [l’OCDE] table sur une croissance de 2,2 %, [du PIB] grâce à la reconstruction post-désastre qui se poursuit (sic). »

Rien de mieux qu’un bon vieux gros cataclysme, voire une bonne guerre purificatrice pour te relancer une économie. Les États-Unis en savent quelque chose !

Si même l’OCDE commence à admettre qu’il faudrait voir à augmenter les salaires ! L’espoir renait ?

En tout cas, tous les acronymes employant des économistes (OCDE, OMC, CNUCED, BCE, FMI, UE) semblent s’accorder (aux décimales de mouche près sur lesquelles je n’ergoterai pas) sur une chose: l’année 2013 sent le sapin (pas le ministre socialiste ;-)) pour les PIB. Au mieux, ça tournera autour de 1% au niveau mondial pour les pays « développés ». Beaucoup seront en récession.

La misère.

2 réflexions sur “L’austérité budgétaire affaiblit la croissance

  1. @gold price
    « Parce qu’être libéral en France est mal vu »
    Si seulement cela pouvait être vrai !

    « Parce que la crise est mise sur le dos du libéralisme »
    Ben, comment dire, c’est bien mérité tout de même !

    « la crise est due à l’intervention de l’Etat (l’endettement public) et des banques centrales (la Fed qui baisse ses taux en 2001 et favorise ainsi la bulle du crédit immobilier) »
    Je ne sais pas trop ce que vous entendez par « intervention de l’État ». Si vous parlez du renflouement des banques d’affaires au bord du dépôt de bilan avec leurs actifs toxiques (produits dérivés sans valeur) en quantité extravagante dans leurs comptes, alors là, effectivement, cette intervention-là a causé un énorme creusement des dettes publiques. Mais ce n’en est pas l’unique, ni même, l’originelle cause.

    Si vous parlez de dépenses publiques, il est prouvé que la dette publique n’a rien à voir avec une progression des dépenses. En France, leur poids dans le PIB a même nettement reculé s’agissant des dépenses de l’État, et il est à peu près stable pour l’ensemble des dépenses publiques.

    L’endettement public est principalement dû à une baisse volontaire, en application stricte et stupide de la doctrine du trickle-down (un des piliers du libéralisme), des impôts des hauts revenus et des entreprises. Et puisque vous parlez de banques centrales, une autre cause fondamentale de l’endettement record des états européens est justement l’impossibilité de la BCE (d’après ses statuts) de prêter directement aux États (l’exact inverse de ce que fait, à outrance, je vous le concède, la Fed, ainsi d’ailleurs que toutes les autres banques centrales dans le monde). Cet abandon par les états européens du droit régalien de création monétaire constitue une autre grande victoire de la doctrine libérale puisqu’elle sacralise la rente (le capital) au détriment la création d’emploi (le travail). Enfin, vous abordez le problème de l’endettement privé (bulle du crédit immobilier). Qui, comme je vous le disais plus haut, n’a eu de répercussions sur l’endettement public qu’à partir du moment où les États ont décidé de renflouer les banques sans contre partie. Mais revenons à l’endettement privé. Encore une phénomène directement imputable au libéralisme puisqu’il s’agit de l’une des trouvailles (au tournant des années 80) du capitalisme, au même titre que la logique compétitivité-exportation, pour tenter de s’affranchir (vœu vain) de la contradiction interne du capitalisme décrite par Marx, à savoir, la crise inéluctable de surproduction capitaliste (produire toujours plus, en payant toujours moins la main d’œuvre afin de maximiser le profit sans réaliser que la main d’œuvre locale constitue également la base de consommation de la production).

    Voyez, sans trop y réfléchir, déjà, voici 3 causes de la crise directement imputables au libéralisme/capitalisme.

    « quasiment tous les économistes universitaires sont keynésiens et donc favorables à une forte intervention de l’Etat. »
    C’est bizarre, je sens bien que cette phrase se veut diffamante, mais je n’arrive pas à savoir quel est le mot le plus insultant dans votre bouche, « universitaire », « keynésien » ou « État ». Pour moi, les trois sont porteurs d’espoir.

    « en France, s’afficher comme libéral est risqué. »
    Sur quelle planète vivez-vous exactement ? Pas de journaux, pas de télé, pas de radio ? Heureusement, vous avez mon blog !

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  2. Parce qu’être libéral en France est mal vu et que s’afficher comme tel est risqué. Parce que la crise est mise sur le dos du libéralisme alors qu’elle est due à l’intervention de l’Etat (l’endettement public) et des banques centrales (la Fed qui baisse ses taux en 2001 et favorise ainsi la bulle du crédit immobilier). Le « crony capitalism », le capitalisme de copinage (entre les Etats et les grandes banques) y a également une part déterminante, bien sûr. Et aussi parce que quasiment tous les économistes universitaires sont keynésiens et donc favorables à une forte intervention de l’Etat.

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