Merci d’avoir patienté


Je ne m’adresse pas à vous, bien sûr, what did you expect 😉

Je m’adresse, de manière ironique, est-il besoin de le préciser (mais sait-on jamais de nos jours, mieux maux prévenir que guérir, ma bonne dame), à M. Hollande, à ses 39 ministres (en comptant le premier), à ses 314 députés (en comptant les petits hommes et femmes vert(e)s), à ses 140 sénateurs (en comptant encore les écolos), à ses 24 présidents de région (sur 26!), et je m’arrêterai là pour ne pas rendre malades de jalousie les bandes d’umpistes sauvages qui déferlent toujours plusieurs nombreuses dans ce lieu de perdition.

Merci, leur dis-je donc. Merci de m’avoir attendu.

En effet, je suis rentré de congés le week-end dernier, et après un dépouillement peut-être un peu (trop?) rapide de l’actualité passée de ces trois dernières semaines, j’ai l’impression … de n’être pas parti. Non pas que mes vacances ne fussent pas formidables, merveilleuses, super, sensas, trop top de la folie qui tue de la mort, et tout et tout, non, merci, c’est pas ça, c’est juste que j’ai l’impression que le temps s’est arrêté pendant trois semaines. Je croyais en effet benoitement que ma rentrée bloggiste absorberait rapidement une grosse partie de l’énergie progressivement rechargée pendant mon arrêt réparateur estival, juste pour me mettre à niveau de toutes les lois et décrets que le nouveau gouvernement Socialiste n’aurait pas manqué d’enfiler pendant leur premier été de pouvoir total. Eh oui, c’est que j’ai un tableau de suivi de mise en œuvre du programme socialiste à tenir à jour, moi !

Ben non. Rien. Pas encore. Pas tout de suite. Mais bientôt, promis.

Franchement, amis socialistes, déjà que le programme socialiste n’est pas réellement un programme de gauche, si en plus, les quelques malheureuses mesures progressistes et sociales qui y sont disséminées (probablement à l’insu de leur plein gré ;-)) sont mises en œuvre à cette allure-là, finalement, autant être de droite. Au moins, les Sarkozystes, eux, ils assument leur décomplexitude libérale chacun-pour-sa-gueulesque.

Ironiquement, la semaine où je rentre était présenté au gouvernement, à la presse ravie, et aux cohortes enthousiastes des « experts » et commentateurs économiques qui hantent quotidiennement les plateaux audiovisuels et les salles de rédaction, le rapport d’Emmanuel Sartorius sur la situation de PSA. Sa conclusion est sans appel: « le plan de restructuration n’est malheureusement pas contestable ». Quel déchainement de joie béate chez les éditorialistes triomphants ! Ils y voient bien sûr l’adoubement définitif de leur croyance profonde dans l’un des piliers fondamentaux du Dogme, le fameux TINA de la folle Thatcher: on a pas le choix, on y peut rien, ma bonne dame, la mondialisation c’est comme SEGA, c’est plus fort que toi. Deux exemples. Pour Le Figaro, il s’agit d’un « petit traité de mondialisation », rien que ça. Pour le Barbier à l’écharpe paradoxalement rouge d’ITV, c’est la preuve évidente que « l’économie est plus forte que le politique ». Et de rajouter au passage, la bave dégoulinant à la commissure de ses lèvres humides de plaisir :-D:

« L’intervention de l’État, ça ne marche plus. Marx est mort et Keynes ne va pas très bien. »

Entre parenthèses, notons que les mêmes versent ensuite paradoxalement, à chaque élection, de grosses larmes sur l’abstention record. Rabâcher à longueur de journée que les politiques et les États ne peuvent plus rien pour protéger le citoyen doit leur sembler un très bon argument pour lutter contre l’abstention, il faut croire. En outre, quelle ineptie ! Comment pourrait-on déclarer qui que ce soit vainqueur lorsqu’il n’y a pas combat ? Les politiques, de la droite néolibérale décomplexée ainsi que de la sociale-démocratie libérale apeurée, sont incontestablement les alliées zélés du système économique actuel. Ils combattent dans le même camp, pour les mêmes intérêts. Attendons (et souhaitons) le jour où se réengagera une réelle lutte entre État politique, instrument et défenseur du peuple, d’un côté, et économie capitaliste, héraut de la finance inhumaine, de l’autre, et là, nous pourrons compter les bouses et juger de qui est « plus fort », M. Barbier. Fermons la parenthèse.

Pour conclure sur le rapport Sarkozy, euh, pardon, le rapport Sartorius, il est préférable, me semble-t-il, et en toute objectivité ;-), de lire cette analyse éclairée « PSA ou la collaboration de casse« .

Et sur les sujets européens, aurais-je manqué quelque chose pendant ma déconnexion ? Je suis passé en Espagne et au Portugal cet été, 2 pays, vous le savez, particulièrement attaqués par (et particulièrement remontés contre) « l’Europe qui protège » … les marchés, et même si ma pratique des ce 2 langues n’est pas au top (ah, les euphémismes, quel régal), de ce que j’ai pu comprendre des chiens de garde locaux, rien de vraiment nouveau non plus. Les représentants de la troïka (UE, BCE, FMI) demandent plus d’efforts aux Portugais, et aux Grecs d’ailleurs (ben ouais, pourquoi s’arrêter de jouer tant qu’on peut gagner), Rajoy veut imposer plus d’austérité à ses concitoyens Espagnols. Toujours la même musique donc, vous disais-je.

Ah si.

Voilà, qui est nouveau, nous dit-on. Rendez-vous compte. La BCE se résout enfin à lancer un programme de rachat d’obligations d’État, « sans limite ». J’en parlais juste avant mon départ en exposant l’analyse de l’économiste J. Sapir qui expliquait pourquoi, selon lui, même cette mesure était maintenant devenue inefficace, à force de la repousser. Qu’il était trop tard. Que l’Euro était de toute manière condamné. Soit. Mais quand même, me suis-je dis. Merde ! Voici une solution que l’on défend de partout et contre tous depuis plus de 2 ans, et enfin, ça y est, ils auraient compris.

Mais non. Je relis. Le Nouvel Obs. parle uniquement de « rachat » de dettes. Vérifions les autres journaux. Le Monde Économique ? Rachat. Le Monde ? Rachat. Le Figaro ? Rachat. Effectivement, Mario Draghi, président de la BCE, ne parle que de Rachat d’obligations sur le marché secondaire. Mais pourquoi tout le monde s’extasie-t-il alors devant cette annonce ? Franchement, c’est au delà de ma compréhension. Aucun des éditocrates que j’ai lus ou écoutés sur le sujet depuis, ne relève ce R. Ahurissant. Ou n’en voient-ils tout simplement pas l’importance ?

Car Rachat n’est évidemment pas équivalent à Achat ! J’en parlais déjà en début d’année. Alors, encore une fois. Rapidement :-D. Qui dit « rachat sur le marché secondaire » implique qu’il y a eu avant cela un achat initial sur le marché primaire, lors de l’émission des bons du trésor. Le programme mis en place par M. Draghi, et soutenu par la multitude des journalistes et experts de la pensée unique, n’est donc pas une solution à la crise de l’endettement des pays puisque, avec ce dispositif, les pays en difficulté continuent d’emprunter à des banques privées à des taux prohibitifs. Quant à limiter, voire annihiler, la spéculation offensive contre les dettes souveraines, rien n’est moins certain. On peut même imaginer exactement l’inverse. Puisque les banques n’auront plus aucun risque de se retrouver avec sur les bras des obligations ne valant plus rien (au pire, elles pourront toujours les refourguer à la BCE, le cas échéant, si le pays ne peut plus rembourser), pourquoi alors n’en profiteraient-elles pas pour étrangler et pressuriser encore plus les états avec des taux encore plus usuraires. « Ça risque d’amener le pays au défaut de paiement ? Qu’est-ce qu’on en a à foutre puisque la BCE nous remboursera la valeur des obligations que le pays ne pourra plus honorer. En attendant on aura bien pressé le citron quand même !« . J’sais pas vous, mais moi, je les vois bien raisonner comme ça. Mais peut-être suis-je trop méfiant vis à vis de nos amies les banques. C’est vrai qu’elles ont pourtant prouvé leur attachement patriotique et humaniste tellement souvent dans l’Histoire :-D. Et encore tout récemment. Franchement, je ne suis qu’un infâme conspirationniste ingrat.

Une chose est sûre et ne change pas. Avec ce système de Rachat, les banques privées continueront de se faire un maximum de cash sur le dos des États, grâce à la marge entre le taux de 3% à 8% (on a vu jusqu’à 20%) auquel elles prêtent aux États l’argent qu’elles empruntent à la BCE à … 1%. C’est bien pensé quand même, nan ?

Tout cela n’a donc bien sûr rien à voir avec ce que propose le Front de Gauche, et beaucoup d’économistes, pour attaquer « le problème » des dettes souveraines. Solution qui consiste, je le rappelle, à permettre à la BCE d’Acheter directement (sans R) les obligations d’État sur le marché primaire, lors de leur émission. Car, là, le taux de l’obligation, et donc le taux auquel l’État emprunterait, serait le même que celui consenti aux banques privées par la BCE, c’est à dire pratiquement rien (de 0,75% à 1%). Les banques privées seraient là totalement exclues de la boucle de l’endettement des états. Je ne rentre pas ici dans la discussion sur le risque d’inflation que pourrait entrainer cette création monétaire (la planche à billets comme ils disent lorsqu’ils veulent effrayer le chaland sans argumenter plus avant), ni d’ailleurs sur les bienfaits que pourraient entrainer cette inflation maitrisée dans la situation de crise actuelle. Les économistes en discutent longuement sur leurs sites et blogs (ex. Lordon, Généreux, Jorion, etc).

Au final, je n’ai donc pas raté grand chose, cet été.

Alors rentrons à fond dans cet automne qui débute.

En commençant par la grande manifestation du 30 septembre prochain dont l’objectif est de bloquer la ratification par le parlement socialiste du traité budgétaire, ou TSCG. Cette manifestation se veut le signal de départ d’une campagne unitaire intitulée « Non à l’austérité permanente, refusons le pacte budgétaire, ouvrons le débat en Europe », et lancée par, entre autre, Aitec-IPAM, AC!, ANECR, Attac, CADTM, Cedetim-IPAM, CDDSP, CNDF, Les Économistes Atterrés, Fondation Copernic, Front de Gauche, Les Alternatifs, M’PEP, Marches Européennes, NPA, Résistance Sociale, SUD BPCE et Union syndicale Solidaires.

Advertisements

2 réflexions sur “Merci d’avoir patienté

  1. @Panama
    Je suppose que si vous me parlez de supervision bancaire et d’union bancaire, c’est par rapport à mon relai de l’appel pour la manifestation contre le TSCG du 30 septembre. Or, il n’est pas besoin de ce traité (et de toutes les autres calamités qu’il imposera) pour avancer dans ces domaines. Mais restons sur le fond.

    « La création d’une autorité unique de supervision bancaire peut sembler futile à première vue »
    Confier le rôle de superviseur à la BCE elle-même n’est pas futile, c’est criminel. Il suffit de voir tous les dérapages et magouilles de l’autorégulation.

    « Ces informations permettront sans doute de diminuer les risques de crise. »
    Elles permettront de mieux spéculer, puisque les superviseurs auront, n’en doutons pas une seconde, une seconde casquette dans une banque privée quelconque. Voir l’affaire du Libor.

    « Par ailleurs, la supervision bancaire est la première étape menant à l’union bancaire »
    Pour qu’une union bancaire soit efficace, il faudrait au préalable instaurer des règles communes au niveau européen, des critères de convergence devrais-je dire, au niveau fiscal et social (et non pas macro-économique!). Faire la véritable Europe dont nous rêvions, l’Europe des peuples, AVANT de faire l’europe financière.

    « Enfin, la création d’une autorité unique de supervision bancaire est aussi la condition pour que le futur fonds de sauvetage permanent de la zone euro, le MES, puisse prêter directement aux banques sans passer par les États. »
    Je rappelle que ce MES sera alimenté in fine par … les États (qui ont une semaine pour trouver le cash supplémentaire, dans le cas où les fonds du MES ne seraient plus suffisant, ils vont démarrer avec 700 milliards déjà fournis par … les États). Nous verrons bien à quel taux le MES prêtera aux banques. Je ne serai pas du tout surpris qu’il soit autorisé à prêter aux banques privées au taux de 1% (le même taux qu’elles auraient obtenu de la BCE). Et à quel taux ce même MES prêtera-t-il aux États en difficulté. Je ne serais, là encore pas surpris du tout, qu’il prête à un taux bien supérieur. Comme aujourd’hui quoi !

    « Quand la supervision bancaire sera- t-elle opérationnelle ? »
    Si le Front de Gauche était passé aux élections, elle aurait pu être opérationnelle rapidement. Mais pas une pseudo-supervision effectuée par la BCE. D’une vraie supervision indépendante dont les banquiers ne veulent pas, l’inverse de ce qui se trame donc aujourd’hui. Car il suffit de dire que les banques ainsi que la Commission Européenne sont « très favorables cette surveillance européenne renforcée » pour tout comprendre, non ? D’ailleurs leur argument est révélateur: ce projet leur semble décisif pour « restaurer la confiance des investisseurs ». Investisseur, ce doux euphémisme pour parler de spéculateur, je vous le rappelle.

    J'aime

  2. La création d’une autorité unique de supervision bancaire peut sembler futile à première vue. Elle est pourtant cruciale pour l’avenir de la zone euro. Pour l’économiste Sylvain Broyer, la supervision bancaire est comparable pour l’Europe à un pas de géant. Grâce à des « reportings », la BCE va pouvoir en savoir davantage sur les pratiques des banques dans les pays européens. Ces informations permettront sans doute de diminuer les risques de crise. Par ailleurs, la supervision bancaire est la première étape menant à l’union bancaire. Cela veut dire qu’on va avoir, à terme, des règles communes pour les banques. Enfin, la création d’une autorité unique de supervision bancaire est aussi la condition pour que le futur fonds de sauvetage permanent de la zone euro, le MES, puisse prêter directement aux banques sans passer par les Etats. Ce dispositif est vital. Il doit permettre d’éviter aux gouvernements européens de se retrouver pris en otages et de devoir prendre à leur charge le renflouement des banques, sans lesquelles l’économie ne peut plus fonctionner. Bien entendu, le dispositif concerne de près l’Espagne, à qui la zone euro s’est engagée à prêter jusqu’à 100 milliards d’euros pour venir en aide à ses banques. Quand la supervision bancaire sera- t-elle opérationnelle?

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s