Orgueil et préjugés … et apostolat


Je vous jure, c’est pas moi qui ai (re-)commencé ! C’est eux, promis. Toujours les mêmes. Le Doze, le Barbier … et tous les autres.

Il faut vous dire que, les jours de boulot, les matins sont pour moi des moments utiles pour m’informer sur notre monde. J’ai la chance de pouvoir également ponctuer mes journées de quelques autres parenthèses informatives pendant lesquelles je dévore quantité d’articles, soit en ligne sur le Net, soit dans la presse écrite à laquelle je suis abonné (Monde Diplo et Politis), mais le matin demeure important. Cela se passe inévitablement en deux temps (et beaucoup plus que trois mouvements). Il y a la phase où j’ingurgite mon petit déjeuner, temps propice à un zapping effréné sur les différentes chaines d’infos continues.

Et il y a la phase … comment le dire tout en restant dans la bienséance que la charte de mon blog impose … de transit inverse … pendant laquelle je lis principalement des essais, d’économie, ou de philosophie, ou de politique, voire, quand l’occasion se présente, d’économique politique ou de philosophie politique (il me reste encore à découvrir des ouvrages de philosophie économique ou d’économie philosophique, hum, ça doit être chaud, ça). Je trouve que le matin est une période propice pour ce genre de lecture quelquefois aride (si j’osais, je dirais austère) qui requiert une attention et une vivacité neuronale aiguisées que le fil de la journée émousse nécessairement. Combien de penseurs essentiels à ce que je suis (tels Rousseau ou Marx) ont ainsi défilé dans ce petit coin de mon existence ! (Pour info, si cela vous intéresse, espèce de petits curieux, sachez que je me réserve les romans comme gourmandises sucrées pour le soir.)

Et chaque matin, quel contraste ! Quelle opposition entre ce que je lis et ce que j’entends ! C’est tout simplement ahurissant.

La période actuelle est exemplaire de ce prodigieux décalage. Deux mots dominent actuellement l’actualité (si j’omets bien sûr les mots « intégriste », « islamique », « mosquée » et « pain au chocolat »). Ce sont, vous me l’accorderez bien volontiers sans que j’ai besoin de compiler de fastidieuses statistiques: austérité et compétitivité.

Or il se trouve qu’en ce moment, Lire la suite

L’austérité budgétaire affaiblit la croissance


Et ce n’est pas moi qui le dit, pour une fois ;-).

Ce n’est pas non plus Jean-Luc Mélenchon ou Pierre Laurent. Il ne s’agit pas non plus d’un nouveau tract revendicatif de la CGT, ni du dernier slogan déclamé à la fête de l’huma ce week-end. Ce ne sont pas non plus les centaines de milliers d’Espagnols et de Portugais déferlant dans les rues ensoleillées de la péninsule ibérique.

Non, non. Bien sûr, M. Mélenchon, M. Laurent, la CGT, le Front de Gauche, les citoyens d’Espagne, du Portugal, de Grèce, et d’ailleurs, de plus en plus d’économistes par le monde, de chercheurs, de trouveurs, d’analyseurs, d’investigateurs, de travailleurs, de penseurs, de blogueurs, de rêveurs, de simples viveurs, et également votre serviteur, ne cessons de le répéter depuis plus de 2 ans.

Ces propos se trouvent dans le dernier rapport annuel de la CNUCED, qui est, pour simplifier, la branche de l’ONU qui s’occupe d’économie mondiale. Avec de vrais économistes dedans. Quelques extraits du communiqué de presse:

« l’austérité budgétaire et la compression des salaires affaiblissent toujours plus la croissance dans les pays développés sans que soient obtenus les résultats escomptés en matière de réduction des déficits budgétaires, de création d’emplois et de rétablissement de la confiance des marchés financiers. »

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Compétitivité ad nauseam


La conférence sociale vient de s’achever.  La chaleureuse brise trompeuse s’est dissipée.  Les nuages en camaïeu de gris, quant à eux, persistent et s’amoncellent même de plus belle.  8 000 nouveaux gros cumulus sont encore arrivés ce matin, porteurs de dévastation et probablement d’électricité (que j’espère dynamique plutôt que statique).  J’ai beaucoup de mal à me convaincre de publier ce billet commencé hier.  L’humour, hum, j’sais plus trop.  Allez, essayons tout de même.

N’écoutant que mon (très) grand cœur qui n’a d’égal, en tout humilité ;-), que ma (très) impressionnante clarté d’analyse, je souhaitais proposer à Madame Parisot, une idée que, j’en suis sûr si par bonheur elle fréquente régulièrement ce blog, elle ne tardera pas à faire sienne, tellement elle est trop de la balle du top de la classe qui tue (l’idée, pas Mme Parisot, bien sûr, sots que vous êtes).  Le gouvernement a retardé d’une journée la publication de sa « feuille de route sociale », le document qui est censé synthétiser les grandes lignes de néant qui ont été abordées (je n’ose dire « décidées ») lors de cette conférence du vide.  Il est donc encore temps d’y intégrer la proposition qui suit.

Alors voilà.  Tout le monde (je ne parle, bien entendu, que du monde qui passe dans la boite à images parlantes du salon) n’a que les mots « compétitivité » et « coût du travail » (oui, je sais, ça, c’est 3 mots, on s’en fout, restons concentrés) à la bouche.  Les socialistes ne sont d’ailleurs pas les derniers à s’épanouir sur ce registre.  Rassemblés dans la même phrase, cela donne le sophisme éculé mais toujours très vigoureux que tout le monde a déjà certainement entendu mille fois: le coût du travail en France est trop élevé par rapport aux autres pays, donc cela nuit à notre compétitivité, donc les entreprises sont forcées de licencier en France et de se délocaliser là où le coût du travail (2 fois dans la même phrase, ça marque mieux les esprits) est moins important.  Je serais, à ce propos, fort étonné que quelque grand penseur de la pensée unique « ne profite pas » de l’annonce de PSA de ce matin pour relancer avec ferveur cette même ritournelle.

Je me suis mis à douter.  Lire la suite

Bilderberg 59 – 0 Démocratie


Je me fais quelquefois penser (souvent, en fait) à Mel Gibson dans le film de Richard Donner, « Complots« .  Si vous ne l’avez pas vu, pas de panique (je vous sentais déjà tout mortifié), il ne s’agit pas non plus d’un chef d’œuvre du 7ème art.  C’est l’histoire d’un mec, Mel Gibson, chauffeur d’un taxi jaune (comme il se doit au pays des taxis jaunes) de son état, qui est convaincu que de nombreux complots se trament en permanence à notre insu, à nous, le bas peuple, dans la moiteur feutrée de réunions secrètes où les maitres du monde se rencontrent, se réunissent, s’entremêlent, s’associent, se combinent, se brassent, s’entrelacent … et se tripotent un peu éventuellement (même ceci est une autre histoire qui ne nooous … regarde pas tant que cela se passe entre adultes consentants).  Vous vous remettez le film maintenant ?  Toujours pas ?  Peu importe.  En tous cas, comme lui, j’ai l’impression de voir en permanence à travers la matrice.  Je ne me souviens pourtant plus du tout avoir pris la petite pilule rouge.  Ni la bleue d’ailleurs.  Peut-être cela devrait-il m’inquiéter.  Peut-être devrais-je même consulter.  Qu’en pensez vous ?  Une très bonne amie vient justement de terminer ses études de psychologie.  Anne, au secours …  Mais où en étais-je ?  Ah oui.  Les complots.

Je vais prendre des pincettes.  Il le faut, sous peine de paraitre totalement paranoïaque.  Je voudrais en effet dire un tout petit 😉 mot aujourd’hui sur ces clubs informels et très cachotiers qui rassemblent régulièrement les plus hauts dirigeants du monde.  Et plus particulièrement sur l’un de ces clubs, le Bilderberg.  Il y en a d’autres, comme la Trilatérale ou le diner du Siècle pour la France.  Pourquoi le Bilderberg ?  Parce qu’il y a à peine quelques jours, vient de se terminer, dans l’indifférence hexagonale la plus totale, leur réunion annuelle qui se tenait, du 31 mai au 3 juin, à Chantilly.  Quoi ?  Chez Eric Woerth ?  Mais non, voyons, Chantilly en Virginie états-unienne, à une quarantaine de kilomètres de la Maison Blanche, états-unienne également, la Maison Blanche (pas celle de Moscou, ni de Marseille, faut suivre un peu).

J’ai attendu quelques jours pour voir ce qui filtrerait, dans nos grands médias tant épris de démocratie :-D, de cette réunion au sommet.  Et puis, j’en ai eu marre d’attendre.  Lire la suite

Schizophrénie dogmatique chez les libéraux


Plantons le décors.  Vous connaissez l’OCDE, je suppose.  C’est l’ Organisation de Coopération et de Développement Économiques dont la mission officielle est de

« promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde. »

En d’autres termes, ils sont chargés de promouvoir les politiques néolibérales partout dans le monde.  C’est encore un autre club de pays riches (voyez la liste des pays membres que je donne en fin de billet).  Mais plus discret que le G20.  Plutôt style lobby, vous voyez ?  En gros, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) définit les règles du Dogme pour un être un bon élève du libéralisme (dont la principale règle est d’ailleurs « aucune règle ») et l’OCDE accueille en son sein les pays convertis devenus prosélytes pour qu’ils répandent la bonne parole.  C’est donc un brave toutou fidèle de la sainte trinité libérale le Marché, La Dérèglementation, et la Privatisation, amen.

Et voilà-ti pas qu’en décembre 2011, il y a 2 mois donc, ce chantre du néolibéralisme a sorti un rapport de 450 pages intitulé « Toujours plus d’inégalité : Pourquoi les écarts de revenus se creusent ».  Bien entendu, compte tenu du contenu ;-), le silence radio s’imposait.  Aucun média n’en a parlé.  En même temps, 450 pages, c’est un peu indigeste, faut les comprendre ces journaleux.  Ah non, merde, l’OCDE a pensé à tout.  Ils en ont fait une synthèse de 27 pages.  Attends, plus fort, encore.  L’OCDE estimant probablement, à juste titre, que 27 pages étaient toujours trop pour notre presse buzzifiée en a sorti un super résumé de 4 pages, intitulé … « le document pour les médias » :-D.  Mais, ils n’ont toujours rien compris à l’OCDE.  Il fallait arriver à en extraire 1 seule petite phrase choc, avec un bon mot sur un people hyper connu.  Là oui, là d’accord, là on en fait tout de suite un buzz, sinon, circulez y’a rien à voir.

Heureusement, le bon vieux Monde Diplomatique veille à l’honneur de cette profession et a sorti un petit encart sur la sortie de ce rapport dans son édition de Mars 2012.  Ce qui m’a permis de creuser un peu.

Ce que dit le rapport

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La dette souveraine des pays européens

L’histoire officielle à dormir debout

Les apôtres du Dogme montent la garde. Leur clergé, à tous les niveaux, simples curés, évêques et cardinaux, tient les media et les postes de pouvoir. Ils continuent de répandre la bonne parole. L’évangélisation a réussi. Chaque jour, ils nous le martèlent : « tout cela est très compliqué, mais croyez-nous, il n’y a rien d’autre à faire. C’est dur mais c’est comme ça que ça marche. C’est la mondialisation. »  Les bons croyants, du coup, ils font confiance. C’est normal, c’est dans leur nature. En plus, « les apôtres, ils sont savants, et ils sont tous d’accord entre eux, ils ne peuvent donc dire que la vérité pure et aveuglante ». Et ainsi certains portent même à leur tour la parole sainte aux détours de repas entre amis ou de discussions enflammées avec quelque sauvage qui n’a pas encore été converti. Lire la suite

Pour commencer l’année 2011

Il semblerait que le début des hostilités ait commencé contre la France.  Après, la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, et malheureusement comme prévu (malgré les dénégations de nos petits Baroin, Lagarde et autre Sarkozy nationaux), la finance déclare peut-être maintenant la guerre à la France en augmentant le prix des CDS sur la dette française: http://www.moneyweek.fr/20101244463/actualites/actu-economie/france-cds-faillite/

Pour ceux que la technique rebute, voici un condensé rapide de ce processus bien connu de spéculation contre la dette des états: achat massif de CDS (sur la dette française) sur le marché par les spéculateurs, augmentation de la valeur (mécanique par la loi du marché) de ces CDS, dégradation de la « note crédit long terme » de la France par les agences de notation (souvent les mêmes personnes physiques que les spéculateurs sur CDS), augmentation des taux d’emprunt pour la France par les banques privées, augmentation du service de la dette française, et donc …

… intervention « salvatrice » de « l’Europe qui protège » et de ses consultants de haut vol (au sens truandage), le FMI et l’OMC, pour imposer au pays ciblé leur fameux « plan d’ajustement structurel » afin de « rassurer » les marchés.  Ce plan comprend toujours et sous diverses posologies les « potions magiques » suivantes: diminution des salaires, diminution des prestations sociales, diminution des services publics, augmentation des impôts grand public (tva ou autre), etc…

S’en suit toujours une augmentation des difficultés, voire de la misère, pour la grande majorité de la population,

… et une augmentation de l’extrême richesse pour un très petit nombre.  C’est le triple effet Kiss Cool: gain pour la rémunération du capital « grâce » à la réduction du coût du travail + gain pour les préteurs privés « grâce » à l’augmentation des intérêts perçus sur la dette française + gain pour les spéculateurs de CDS dans le cas extrême où il y aurait vraiment défaut de paiement de la France en touchant leur prime d’assurance (CDS).

Le pire c’est que, en fin de compte, tout cela induit une contraction de l’économie (en tous cas pour les pays dont le moteur principal de l’économie est basé sur la consommation intérieure, donc peut-être pas l’Allemagne), donc moins de ressources pour l’État, et donc moins de solvabilité pour l’État pour rembourser sa dette, alimentant ainsi le cercle vicieux de la spéculation (dégradation de la note, augmentation des taux, plus de « d’ajustement structurel », plus de misère, etc)

Pourtant … de vrais solutions existent !

Sur ce, bonne année 2011