Les morts ne mentent pas

Les français, sains de corps et d’esprit, parait-il, ont choisi le retour au XIXème siècle (soyons honnêtes et disons début XXème).  Laissons-les patauger un temps dans leur CDI renouvelable (ou pas) tous les soirs et recommençons-donc à nous intéresser un poil, si vous le voulez bien, aux sujets internationaux brulants.

En l’occurrence, le Venezuela, ou plus exactement les manifestations « contre le régime du dictateur Maduro » au Venezuela, manifestations qui durent depuis 3 mois et ont déjà fait des dizaines de victimes.

Arte, Euronews, Libé et Le Monde nous en abreuvent quotidiennement, signe incontestable de l’ingérence imminente sur Caracas des défenseurs armés de la démocratie mondiale (tout le monde aura bien sûr reconnu les aplatisseurs de l’Irak aidés des affameurs de la Grèce).  Je ne suis pas vénézuélien, je n’y habite pas et, à vrai dire, je n’y ai même jamais foutu les pieds (et je le regrette, croyez-le bien).  En même temps, comme dirait Pharaon, je n’ai jamais foutu les pieds au Club des Jacobins entre 1789 et 1793 (je n’étais pas né, pour ceux qui se demanderaient pourquoi) et cela ne m’empêche pourtant pas de m’être forgé une idée (en toute immodestie) sur la pensée révolutionnaire qui animait les Mirabeau, Brissot, Robespierre et autre Saint-Just.

Ah, la parole sacrée de Bourdin, Apathie, Salamé et Barbier !  Souvenons-nous avec déférence qu’ils font tout de même partie des rares humains à comprendre, que dis-je, à anticiper la pensée, pourtant fort complexe, comme chacun sait, de Pharaon.  Donc, bon, ça pose son homme quand même (et sa femme, pour Salamé) …  Mais, malheureusement, leur engagement politique aveugle auprès des forces de la régression sociale et de la réaction internationale les entraine bien trop souvent dans les impasses sombres et humides de la propagande anti-progressiste.  Ont-ils quelques notions lexicales, voire grammaticales, de la langue de Cervantès ?  Sauraient-ils pointer le Venezuela sur une mappemonde ?  Je n’en jurerais point et peu importe finalement.  En revanche, force est de constater que leurs prestations régulières sur le sujet ressemblent foutrement à des copier-coller des dépêches de Reuters, qui ne sont elles-mêmes, comme chacun sait, que des copier-coller des intoxications machiavéliques de la CIA.  La figure rhétorique bien connue utilisée consiste à juxtaposer ad nauseam deux mots, comme par exemple « manifestation » et « mort », jusqu’à ce que le quidam ciblé (celui qui écoute ou lit la dépêche) assimile parfaitement l’indissociabilité des deux concepts, dans notre exemple, l’inéluctabilité de la mort des manifestants au Venezuela, permettant par là-même de justifier le caractère totalitaire et donc illégitime du « régime », préparant ainsi les cerveaux au coup d’état prochain des libérateurs US.  Yeah, man.  God  bless America.

Comme la plupart de mes lecteurs le savent déjà (mais je m’adresse ici plus aux autres, désolé les gars), évidemment, un autre angle de vision des événements qui se déroulent au Venezuela existe et peut être facilement trouvé sur Internet sur des sites totalement respectables (même si probablement exécrés par le Decodex de l’imMonde) comme Le Grand Soir ou Mémoires de Luttes.  Bien entendu, comme leurs homologues de la pensée unique, leur ligne éditoriale est engagée mais, à l’inverse de ces derniers, leur biais politique est assumé, connu et affiché.  Ça tombe bien, c’est le mien aussi.  De nombreux articles, témoignages, enquêtes et reportages renversants (le point de vue) et très documentés peuvent y être lus, comme par exemple celui-ci.  Quand on se souvient de quoi les médias ont traité les manifestants contre la loi El Khomri après la mise à bas de 5 vitrines de l’hôpital Necker (qui, de surcroit, ont probablement possiblement été cassées par un flic en civil), on est pris de tournis, à la lecture de ces articles, quand on découvre que des individus qui balancent des grenades sur le Parlement de Caracas et qui tirent à balles réelles sur des policiers sont encore qualifiés de « manifestants » par ces mêmes médias.

Pour tenter d’y voir plus clair, j’ai donc décortiqué cette triste liste nécrologique que j’ai trouvée ce matin dans cet article.  Il s’agit de la liste exhaustive, documentée et classifiée (et tenue à jour) des 107 personnes qui sont mortes jusqu’à présent (fin juin) dans les manifestations au Venezuela entre Avril et juin 2017.

Chaque victime y est identifiée et présentée individuellement : nom et photo lorsque disponible.  L’intérêt « politique » de ce document est que, pour chaque victime sont détaillées les circonstances de sa mort. Ainsi peut-on tenter de se faire une idée un peu plus précise du chaos qui s’installe quand les gentils « manifestants anti-régime » déboulent.

Bien sûr, comme toujours, le site (radio bolivarienne vénézuélienne) est marqué politiquement.  Mais le travail semble parfaitement sérieux (sources diverses recoupées) et l’opposition pleinement admise (comme l’attestent les commentaires en bas d’articles dont la modération est pour le moins souple).

Vous y découvrirez que, bien loin de l’image qui a été véhiculée selon laquelle la quasi-totalité des 100 morts du Venezuela depuis avril étaient des manifestants innocents, assassinés par des effectifs militaires ou policiers, la grande majorité des victimes étaient en fait, dans la plupart des cas, des personnes innocentes qui se sont trouvées piégées dans des affrontements, ou qui ont été victimes d’accidents de la route causés par les barricades ou qui ont été victimes de tirs de l’opposition anti-Maduro elle-même.

Vous découvrirez également que le Ministère Public a arrêté tous les fonctionnaires policiers et militaires accusés d’avoir assassiné des manifestants (quelques 19, d’après les informations fournies par la Procureure Générale, Luisa Ortega Díaz, début juin).

Bref, un son de cloche bien différent de l’antienne de nos médiacrates.  Je vous laisse entrer dans les détails si ça vous intéresse.  Le site et l’article sont en espagnol mais, avec un bon traducteur en ligne, vous devriez vous en sortir haut la main (c’est pas non plus de la poésie du XVIIIème).

Laissez-moi juste citer ces 2 ou 3 chiffres pour illustrer et conclure.  On dénombre 9 morts dus à des tirs des forces de sécurité « pour » 6 forces de sécurité assassinées.

Et 4 personnes lynchées et brulées vives par les « gentils manifestants ».

Au temps pour la vision manichéenne et simpliste d’Élisabeth Quin (bon, ça tombe sur elle en fin de billet, c’est pas de cul mais j’aurais pu mettre n’importe qui d’autre à la place, genre BHL ou Jean-Pierre Elkabbach ou n’importe lequel de nos médiacrates rémunérés par la bande des dix).

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3 Replies to “Les morts ne mentent pas”

  1. J’ai connu le Venezuela dans les années 80. C’était un pays avec beaucoup de gens pauvres , et des émeutes y faisaient déjà des morts . Pourtant c’est un pays potentiellement riche ( pétrole , forêts , agriculture , mines ) mais qui a toujours été la cible des multinationales US ….et ça continue , avec les moyens actuels de propagande .

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  2. @borde
    Merci pour les encouragements.

    Je suis d’accord globalement avec tes remarques (et bien sûr celles de Guillemin) sur les Jacobins que j’ai cités.

    Ma remarque avait juste pour but de citer des membres du club des Jacobins même si effectivement je ne les place pas tous au même niveau dans mon coeur. J’aurais pu d’ailleurs en citer d’autres qui ont tous été, pour différentes raisons et avec plus ou moins d’affinités avec les intérêts de la bourgeoisie ou ceux du peuple, au moins à un moment de leur vie, de réels révolutionnaires voulant changer le système. L’histoire socialiste de la révolution de Jaures (ou même celle de Michelet) nous apprend à mieux les connaître.

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  3. Très bons arguments… Merci.
    Une remarque :
    La pensée de Robespierre et Saint-Just d’accord mais celle de Mirabeau, Brissot (et les girondins) sûrement pas.
    En écoutant la conférence(voir source à la fin) de Henri Guillemin (et en en lisant la transcription – voir source à la fin) Brissot apparaît comme un fauteur de guerre (pdf page 16):
    ….Le 29 décembre 91, Brissot, qui est apparenté comme négrillon, apparenté aux Girondins. Lui aussi fait cette déclaration, écoutez bien : « la guerre est indispensable à nos finances et à la tranquillité intérieure. »

    Mirabeau lui, est un vendu (page 11 du pdf) :
    …Un type comme Mirabeau par exemple, qui passait pour un ami du peuple, et qui était vendu ‐ le mot que j’emploie n’est pas un mot de polémique ‐. Il était vendu Mirabeau puisque nous connaissons sa vente, son achat. Ca s’est passé en octobre 1789, il avait une sorte de dette comme vous savez. Et le roi lui avait remis ce jour‐là en octobre 1789, 200 000 francs cash, ce qui ferait un million de francs suisses aujourd’hui (800 000 euros). Et 6 000 francs par mois, c’est‐à‐dire 24 000 francs à peu près (20 000 euros). C’est pas mal quand même, 24 000 francs par mois, pour continuer à pousser ses coups de gueule et faire croire qu’il était à gauche, mais toujours voter pour la conservation des intérêts. ….

    Sources de H. Guillemin :
    Conférence : https://www.youtube.com/watch?v=XiM74n8I2Gc&list=PL7A306B8D79A20DA3&index=57
    transcription (pdf) : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/Guillemin_raconte_Robespierre_et_la_Revolution_francaise.pdf

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