Le coût du capital pour les nuls


C’est en apprenant en début de semaine l’annonce d’EADS de supprimer 5.800 postes d’ici à 2016, dont 2.600 en Allemagne et 1.700 en France, que j’ai voulu vérifier comment le géant européen de l’aéronautique se situait dans le classement des parasites (que je vous livre ci-dessous, ne vous en faites donc pas ma bonne dame).  Juste parce que j’ai mauvais fond, tout le monde le sait.

Et … bingo !  Encore un !

Ce tableau, paru le 5 décembre 2013 sur bastamag.net dans l’article d’ Ivan du Roy « Quand les actionnaires accaparent 60% des bénéfices des entreprises », liste les montants de dividendes que se sont accordés en 2012 les actionnaires des 47 entreprises (parmi les plus grosses sociétés cotées en France) étudiées par Basta ! et l’Observatoire des multinationales.

D’après ce classement, EADS a réalisé 1.228 millions d’euros (soit 1,2 milliards d’€) de résultat net et a distribué 379 millions en dividendes (soit 31% du résultat net).  La dernière colonne est intéressante (enfin, elles le sont toutes, mais la dernière présente un intérêt nouveau dans l’analyse de la prédation du capital) puisqu’elle nous indique à combien revient, par salarié du groupe, ce montant de dividendes.  En l’occurrence … 2.699 €.  Est-ce que ce chiffre est bien clair pour tout le monde ?  Hum … voyons.  Autrement dit, chaque travailleur d’EADS fait gagner 2.700 € (soit presque 2,5 SMIC net) de dividendes aux actionnaires indolents qui n’en foutent pas une, on rappelle.

Autre petit calcul rapide (et donc stupide, j’en suis bien conscient mais … je m’en fous 😉 ).  379 millions d’euros de dividendes, cela représente 65.345 € pour chacun des 5.800 postes qui vont disparaitre.  Soit 45 mois de SMIC brut.  De quoi voir venir avant de dégraisser le mammouth, non ?

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L’oligarchie pour les nuls


Hasard du calendrier, hier soir, notre président de la République s’adressait à nous.  Je ne voudrais pas paraitre impoli en entamant directement le sujet de mon billet du jour sans en dire un petit mot: merde !  Voilà qui est fait.

Plus intéressant, hier paraissait sur le site institutionnel du groupe Total son Document de référence pour l’année 2012.

Je l’ai parcouru (ben ouais, 386 pages quand même, soyez indulgents) et je voudrais en profiter pour illustrer un concept dont on (et quand je dis « on », je pense « je », comme Alain Delon) parle souvent mais qui reste peut-être quelque peu flou pour certains.  C’est le concept d’Oligarchie.  Avec un grand O, comme dans … heu … « O secours » … ah non, ça marche pas … bref, un grand O, disais-je.

Oh, bien sûr, me direz-vous (en agitant votre dextre index potelé de haut en bas par de brefs mouvements saccadés du poignet), ce document recèle de quantités d’autres illustrations de ce qu’est le libéralisme.  Et vous aurez raison!  Tiens, par exemple, on y apprend que l’exorbitante rémunération 2012 du PDG de Total, Christophe de Margerie, a outrageusement grimpé de 18% par rapport à l’année précédente, atteignant près de 5 millions d’euros (4.913.139 euros pour être exact, contre 4.176.831 euros en 2011), répartie en 3,24 millions d’euros de salaire (contre 3,03 millions en 2011) et de 1,66 million sous formes d’actions attribuées au cours de l’exercice 2012.

On pourrait également parler de l’indécent montant global des rémunérations directes et indirectes des principaux dirigeants du groupe (c’est-à-dire ceux membres du Comité directeur et Trésorier) qui a atteint 21,1 millions d’euros l’an dernier, pour 33 bénéficiaires, dont 8,2 millions d’euros pour les seuls membres du comité exécutif.

Ou bien encore de l’augmentation des dividendes par action qui passe de 2.28 € en 2011 à 2,34 € en 2012, soit une augmentation de 2.6 %.

Ces trois points à eux seuls illustrent en effet parfaitement bien, à mon sens, ce qu’est la lutte des classes (inexistante dans le monde de bisounours de Cahuzac), la lutte du capital contre le travail.

Non, je souhaiterais vous entretenir de … la composition du Conseil d’administration  de Total.   On y lit (à partir de la page 96) que, au 31 décembre 2012, la Société était administrée par un Conseil d’administration composé de quinze membres dont un administrateur représentant les salariés actionnaires du Groupe, élu par l’Assemblée générale des actionnaires.  Parfait.  Maintenant, regardons, si vous le voulez bien (mais si vous avez lu jusqu’ici, c’est que vous voulez bien, je suppose) le nombre de mandats en cours de ces individus, c’est à dire le nombre de fonctions de direction/administration que ces sur-hommes (et sur-femmes) cumulent en sus, de leur « charge » 😀 d’administrateur du groupe Total.

C’est ce qu’on appelle le cumul de mandats sociaux.  À côté de ça, le cumul de mandats de nos hommes politiques c’est l’aquarelle du fils de mon ami en maternelle comparée à la Ronde de nuit de Rembrandt (ou Guernica de Pablo Picasso, ou … j’sais pas moi … un autre chef-d’œuvre reconnu de la peinture que vous aimez … calmez-vous … eh ben tiens, on m’y reprendra à donner dans la métaphore, pfft).

Voyez plutôt.

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