Le rouge et le gris, don’t clean up this blood !


Interdit au moins de 16 ans !

C’est avec cet avertissement dérisoirement inquiétant que le site de location de vidéos d’Orange tient le chaland ingénu à l’écart de ce coup de poing cinématographique, à la fois puissant et bouleversant, dérangeant et pourtant indispensable, qu’est « Diaz, un crime d’État » en français, ou « Diaz, don’t clean up this blood » (ne nettoyer pas ce sang) en anglais.

Certes, le film est violent.  Très violent.  En même temps, c’est le but, puisqu’il relate l’épisode excessivement sanglant survenu à la fin du sommet du G8 de Gênes, en 2001.  Il s’agit de l’assaut sauvage et inhumain de l’école Diaz, en pleine nuit, par les forces de police italienne, suivi, pour ceux qui n’ont pas dû être envoyés directement à l’hôpital, de l’arrestation et la séquestration pendant 3 jours (dans la caserne de Bolzaneto) de 93 militants altermondialistes qui se trouvaient dans l’école.  Trois jours de sévices, d’humiliations, d’exactions et divers actes de torture – oui, oui, torture, en Italie, en 2001 !

Le film, de Daniele Vicari, n’est pourtant probablement pas plus violent que tout un tas de conneries sanglantes et malsaines à souhait, à base de moult tronçonneuses, machettes, machines à coudre et sauces barbecue, dans lesquelles se délectent souvent notre jeunesse déboussolée.  Mais, au moins, dans Diaz, cette violence n’est pas gratuite (et encore moins divertissante, oxymore malheureusement très répandu).  Elle sert un but louable.  En nous faisant ressentir (presque physiquement) la peur et la douleur de ces jeunes, le film vise (et réussit) à graver au fer rouge dans nos mémoires des images percutantes, persistantes, pour que soit sauvegardé à jamais un témoignage de ces faits historiques.  Don’t clean up this blood !  Ne nettoyez pas ce sang pour que l’on se souvienne.  Car il s’agit bien d’Histoire !  Le film est en effet basé sur les minutes de la procédure judiciaire qui s’en est suivie et qui a permis (c’est déjà ça, comme dirait Alain Souchon) de reconstruire minutieusement les événements d’alors grâce à d’innombrables témoignages, rapports, photographies, films et preuves.  Les faits sont reconnus … et pourtant fort peu connus, voire totalement inconnus pour beaucoup.

En fait, loin d’être interdit à certains, ce film devrait au contraire être obligatoire !

Au lycée, en cours d’histoire par exemple.  C’est un devoir civique que de voir ce film.  Car, comment, en 2001, dans l’un des 6 pays fondateurs de l’Europe, des forces de l’ordre ont-elles pu se livrer à de telles exactions, préméditées, d’une violence inouïe, frappant indifféremment jeunes et vieux, hommes et femmes, sans armes et pour certains déjà endormis ?  Comment la police d’un état prétendument démocratique (même si l’Italie pataugeait alors sous le règne de Berlusconi) a-t-elle pu procéder à des arrestations de masse, sans motif légal, falsifier des preuves pour fabriquer des crimes de résistance aux forces de l’ordre et de ports d’armes, puis maltraiter et torturer pendant des heures à l’abri des murs de leurs casernes comme aux pires heures du fascisme ?  Comment « la plus grave atteinte aux droits démocratiques dans un pays occidental depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale », comme Amnesty international a qualifié ces actes, a-t-elle pu être perpétrée à l’aube du XXIème siècle à 2 heures de bagnole de Nice (même en respectant les limites de vitesse) ?  Voilà des questions au moins aussi importantes, à mon avis, que de savoir qui sera la Nouvelle Star.

Voici la bande annonce du film:

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When the streets have no name


Quand les mots n’ont plus aucune signification, quand ils ne servent plus à désigner sans ambigüité une chose ou une idée précise, mais son exact contraire,

Quand les politiques n’ont plus aucun scrupule, quand ils n’éprouvent plus aucune honte à dire une chose et son contraire, à dire une chose et faire l’inverse, à changer en permanence de positions,

Quand les journalistes n’ont plus aucune déontologie, quand ils ne se voient plus comme quatrième pouvoir, ni même comme contre pouvoir, quand ils ne s’imposent plus de connaître les faits et de les rapporter intacts au plus grand nombre, quand ils n’ont plus le désir ou les capacités de confronter leurs interlocuteurs à leurs contradictions,

Quand les citoyens n’ont plus aucune culture, quand ils ne se sentent plus le devoir de rester informés de leur histoire, de l’Histoire et de l’offre politique qui leur est proposée, quand ils ne respectent plus la condition fondamentale de la démocratie:

« quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d’y voter suffit pour m’imposer le devoir de m’en instruire », Jean-Jacques Rousseau dès l’introduction Du Contrat Social

Quand les êtres humains n’ont plus aucune empathie, quand ils acceptent, sans même que cela leurs paraisse insoutenable, l’idée que l’on puisse dénier à d’autres être humains le droit à être soignés, le droit à être éduqués, le droit à rester en famille, le droit à se loger convenablement, le droit à éprouver plus de difficultés que d’autres sans pour autant devoir être condamnés à l’opprobre, l’abandon et l’oubli, le droit à essayer d’être heureux

Alors …

Alors tous les ingrédients sont réunis pour que soit parfaitement scénarisée, que soit quotidiennement jouée et que soit goulument dévorée l’affligeante parodie de démocratie qui nous est proposée aujourd’hui. La scène est grandiose et les marionnettistes bien cachés au sommet des cintres financiarisés.  Le spectacle qui nous est offert met en émoi le tout-France.  Les spectateurs-zappeurs-voteurs de se passionner pour ce vaudeville grandiloquent, ce jeu de rôle dans lequel seuls ont survécus Sarkopen, le Nain halluciné, et Hollandreou, le Mage déboussolé.

Tout le monde comprendra qu’il est fondamental pour les marionnettistes que nous continuions de croire que nous sommes en démocratie, que nous sommes donc maîtres de nos destins, que nous avons le choix entre une politique économique libérale de droite et une autre politique économique qui serait de gauche, que nous pouvons donc changer d’orientation, qu’une réelle alternative nous est proposée.   Que d’efforts déployés pour nous présenter cette farce de manière crédible.  Un exemple ?  Tiens, écoutons le Nain halluciné sur RTL, la radio des beaufs réactionnaires, hier matin:

Ce qu’assène péremptoirement, et à plusieurs reprises, M. Sarkozy dans cette interview est inexact.  Malheureusement!  Devrais-je ajouter en véritable homme de gauche.  Mais c’est totalement faux.  M. Hollande ne propose absolument pas dans son programme « d’embaucher soixante et un mille fonctionnaires ».  Non, il ne propose pas « de créer 60 000 emplois de fonctionnaires »!  C’est faux!  Pourquoi suis-je donc le seul à réagir, à m’indigner que l’on puisse ainsi mentir ouvertement?  Et un président de la République en plus!

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Brouillard en rase campagne


Je serais mort de rire si ce n’était pas aussi lamentable, pitoyable, attristant, frustrant, décourageant …

un Sarkozy nouvellement converti à la taxation différentielle des exilés fiscaux prônée par le Front de Gauche depuis des mois, un Hollande soudainement adepte d’une tranche d’impôts supérieure très fortement taxée également inspirée par le Front de Gauche, et en même temps, un Hollande qui rassure les spéculateurs de la City sur son innocuité future et passée, un Sarkozy paradant sur une estrade style IIIème reich au beau milieu d’une foule excitée de rétrogrades assoiffés de bouc-émissaires qui se présente en défenseur du bas peuple,

hop … un petit coup de Le Pen qui entre en croisade contre l’abattage en boucherie qui se dresse comme le problème essentiel de la France,

le MEDEF qui annonce par son officine de désinformation officieuse, l’IFOP, que les français sont amnésiques et adorent de nouveau Sarkozy, un Hollande qui absorbe les écologistes et les Chevènementistes avec des accords de gouvernement compromettant en promettant aux uns exactement l’inverse de ce qu’il promet aux autres, un Sarkozy en grand défenseur du référendum après avoir outrageusement trahi le peuple avec son traité de Lisbonne et avoir entériné de manière autocratique le nouveau traité européen TSCG et le MES,

et hop … un petit coup de Le Pen qui obtient enfin, après un suspens insoutenable, ses 500 signatures de la part de maires incultes et eux aussi amnésiques, ouf … la démocratie est sauvée, les xénophobes auront leur tribune,

tiens, … la candidate d’extrême gauche qui affirme, en accord avec la candidate d’extrême droite, que le programme du Front de Gauche c’est la même politique que celles qui ont sévi pendant des décennies,

un candidat socialiste qui refuse obstinément un débat politique public avec  le candidat de gauche, un des deux candidats d’extrême droite, en l’occurrence la femme, qui accepte ce débat mais se dédit au dernier moment en refusant la confrontation en direct, des mégalos autocentrés suffisants et arrogants croyant pouvoir diriger la France avec leur seul petit cerveau musclé, des candidats qui envisagent ouvertement et sans aucune honte visible, et d’ailleurs sans aucune indignation sensible de la bonne société, de ne pas soigner des êtres humains malades présents sur le territoire des droits de l’homme,

une droite totalement extrême-droitisée se parant de quelques bijoux de gauche radicale, un parti socialiste totalement néolibéralisé avançant à vue sur un pédalo rose percé,

des communicants sans aucune conviction déblatérant des propositions jugées probablement à fort impact populaire par des conseillers en stratégie scotchés à leurs iPAD, leurs iPHONE, et leurs iPOD , des girouettes lestées aux études marketing qui virent à gauche, qui virent à droite, qui tournent-virent et n’indiquent plus aucune direction,

putain que de fourberies, de duplicités, de sournoiseries, de stratagèmes, d’artifices, d’escroqueries, de mensonges, de fausses promesses, de postures, d’impostures, de falsifications,

putain que de brouillard sur cette campagne!

Franchement, on peut comprendre que certains se sentent perdus.  Comme l’avait déjà très bien analysé notre cher Jean-Jacques Rousseau au XVIIIème siècle dans le Contrat Social:

« Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe et c’est alors seulement qu’il paraît vouloir ce qui est mal »

Honte à ceux qui participent à cette tromperie, à cette tartufferie généralisée!

Allez, pour finir sur une note d’humour (à ne pas confondre avec la tartufferie):