Les rouages de l’évasion fiscale dans la lutte des classes

Rencontre avec Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues, autour de leur nouveau livre, «Tentative d’évasion (fiscale)», paru aux Editions Zones-La Découverte, et David Leloup, journaliste indépendant et réalisateur du film «L’homme qui voulait détruire le secret bancaire» (A Leak in Paradise).

Dans cette nouvelle émission «Regards», Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et David Leloup démontent les rouages de l’évasion fiscale et ses enjeux politiques. Depuis les plages paradisiaques des îles Caïman jusqu’au cœur de nos États où s’organise la fraude à grande échelle, ils mettent en lumière le cynisme et la cupidité des plus riches, mobilisés pour accumuler toujours plus d’argent… sur le dos des peuples.

Une émission proposée par la FGTB wallonne & produite par le CEPAG.

Réalisation: Yannick Bovy – Octobre 2016 – 29’30.

A voir également en ligne sur
www.fgtb-wallonne.be
www.cepag.be

Merci patron, merci Bernard et surtout, merci François !

Ca y est c’est aujourd’hui la sortie nationale du film de François Ruffin (de Fakir), Merci patron !  Teaser :

Oh, et puis tiens, voici la première bande annonce :

Alors heureux ?  Allez, courrez-y vite.  Voici les salles qui le jouent.  Trouvez-en une près de chez vous et hop c’est parti.  Tiens, par exemple, pour les parisiens :

C’est du paradis des riches … que viennent les points d’exclamation !


Ouf.

Ça y est. La période post élections municipales s’achève enfin. Quel calvaire ! Quel suspens ! Quel crescendo ! (Ouais, suite à mon dernier roman coup de cœur, j’ai décidé de rendre un nouvel hommage, toujours aussi vain mais sincère, à Upton Sinclair en utilisant dans ce billet le plus possible de points d’exclamations, contre l’avis empesé de la doxa stylistique littéraire qui préconise de n’en utiliser au contraire que très parcimonieusement)

Quel suspens, disais-je donc ! Chaque jour, sa nouvelle interrogation de fond. Le Président a-t-il entendu les Français ? Remaniement ou pas ? Entre les 2 tours ou après le deuxième tour ? Valls, Bartolone, Aubry, Royal ? Valls ou Valls ? Qui est vraiment Valls ? Qui sera éjecté du nouveau gouvernement ? Qui sera conservé ? Les écologistes resteront-ils ? Qui changera de portefeuille ? Comment vont se passer les passations de pouvoir ? Les 85 députés «  » » »socialistes »' »‘ » « rebelles » (j’ai également décidé de rendre hommage à Sébastien Fontenelle en adoptant sa résolution stylistique pour nommer le Parti Solférinien, à la seule différence que je ne mettrai moi, pour montrer mon humble filiation, que 4 paires de guillemets, là où lui en pose 5, j’espère qu’il ne m’en voudra pas trop) réussiront-ils à préserver l’intégrité du troupeau ? Que dira Valls dans son discours de politique générale ? Persévèrera-t-on dans la politique de droite ou changera-t-on de cap avec une nouvelle politique de droite ? Les députés verts voteront-ils la confiance au gouvernement ? Et les 85 « rebelles », qui vraiment, cette fois c’est sûr, en ont mais par dessus la tête de cette politique de droite, eux, voteront-ils la confiance ? Et même, l’ Assemblée Nationale devra-t-elle être dissoute ?

Avouons que la pièce a été parfaitement interprétée. Et magistralement mise en scène – il faut leur rendre ça – par nos médiacrates-scénaristes émérites. Interviews et débats avec les plus hauts dignitaires de toute la classe politique de droite, du PS au FN (et le Front de Gauche vous dites ? Hein, c’est quoi ce truc ? La gauche ? Allez, circulez y’a rien à voir), directs matinaux en duplex depuis de sombres rues parisiennes devant d’improbables portes cochères menant, tenez-vous bien, au local de permanence où Manuel Valls s’est, tenez-vous toujours bien, arraché son premier poil du cul quand il était jeune militant «  » » »socialiste » » » », doctes décryptages superficiellement profonds perpétuellement régurgités par les habituels experts auto-proclamés se nourrissant mutuellement dans une consanguinité de pensée favorisant (à toute chose malheur est bon) la dégénérescence de leur race (d’experts auto-proclamés), rien ne nous aura été épargné pour suivre, minute après minute, le néant mâtiné de rien qui se déroulait inexorablement devant nos yeux impavides.

Bien sûr, seul quelque ermite troglodyte hirsute revenant à la ville après plusieurs décennies de médiation contemplative au plus profond de la forêt domaniale de Montmorency pouvait encore se laisser prendre par cette Commedia dell’arte même si impeccablement jouée. Adoncques, aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre libéral. Valls a fait son discours de politique générale … de droite, les soi-disant « rebelles » «  » » »socialistes » » » » et écologistes ont voté comme un seul homme la confiance à la politique … de droite de Valls (1 seul vote contre – celui de Mme Isabelle Attard, bravo Madame – parmi les 279 députés «  » » »socialistes » » » » et 17 députés écolos) et le rouleau compresseur capitaliste peut donc maintenant reprendre son train-train dévastateur.

Le train-train de Poursuivre la lecture de « C’est du paradis des riches … que viennent les points d’exclamation ! »

Le coût du capital pour les nuls


C’est en apprenant en début de semaine l’annonce d’EADS de supprimer 5.800 postes d’ici à 2016, dont 2.600 en Allemagne et 1.700 en France, que j’ai voulu vérifier comment le géant européen de l’aéronautique se situait dans le classement des parasites (que je vous livre ci-dessous, ne vous en faites donc pas ma bonne dame).  Juste parce que j’ai mauvais fond, tout le monde le sait.

Et … bingo !  Encore un !

Ce tableau, paru le 5 décembre 2013 sur bastamag.net dans l’article d’ Ivan du Roy « Quand les actionnaires accaparent 60% des bénéfices des entreprises », liste les montants de dividendes que se sont accordés en 2012 les actionnaires des 47 entreprises (parmi les plus grosses sociétés cotées en France) étudiées par Basta ! et l’Observatoire des multinationales.

D’après ce classement, EADS a réalisé 1.228 millions d’euros (soit 1,2 milliards d’€) de résultat net et a distribué 379 millions en dividendes (soit 31% du résultat net).  La dernière colonne est intéressante (enfin, elles le sont toutes, mais la dernière présente un intérêt nouveau dans l’analyse de la prédation du capital) puisqu’elle nous indique à combien revient, par salarié du groupe, ce montant de dividendes.  En l’occurrence … 2.699 €.  Est-ce que ce chiffre est bien clair pour tout le monde ?  Hum … voyons.  Autrement dit, chaque travailleur d’EADS fait gagner 2.700 € (soit presque 2,5 SMIC net) de dividendes aux actionnaires indolents qui n’en foutent pas une, on rappelle.

Autre petit calcul rapide (et donc stupide, j’en suis bien conscient mais … je m’en fous 😉 ).  379 millions d’euros de dividendes, cela représente 65.345 € pour chacun des 5.800 postes qui vont disparaitre.  Soit 45 mois de SMIC brut.  De quoi voir venir avant de dégraisser le mammouth, non ?

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Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde


Mais comment fait-il pour toujours exprimer si parfaitement et avec autant de talent ce qui se bouscule parfois (souvent? pfft, ingrats que vous êtes!) si brutalement dans ma tête?

Je parle bien sûr de mon économiste atterré favori, celui qui souffle toujours plus fort dans sa pompe à phynance, celui qui réussit à me donner, à chaque fois, l’illusion d’être moins seul à partager mon propre avis ;-), le chirurgien virtuose des mots de l’analyse économique hétérodoxe, j’ai nommé l’incorruptible de la lutte argumentée contre le néolibéralisme, Frédéric Lordon.

Voici son dernier billet.  Un seul mot, waouw.  Rien à redire.  Attention tout de même, ça reste du Lordon pur jus!  Concentration maximum requise!  Peut-être l’enchevêtrement ordonné de son style a-t-il même franchi encore un cran.  Ou peut-être n’est-ce qu’une impression liée à l’effet des ans sur mes facultés.  Quoiqu’il en soit, toujours autant d’humour dans sa narration.  Un régal.

Le fond de son affaire?  Une démonstration aussi flamboyante qu’implacable de ce que votre serviteur essaye gauchement d’accoucher depuis quelques temps, comme ici, ou bien encore , à savoir que « le socialisme de gouvernement, après avoir abandonné la classe ouvrière pour se vouer aux dites « classes moyennes », puis « moyennes-supérieures », mais, formellement, toujours « dans le salariat », a maintenant fait, un cran plus loin, le choix de l’alliance… avec le capital ».  Ça s’appelle le « socialisme de l’offre ».  Et comme l’indique Lordon, « dans le langage châtré de la science économique, « offre » veut dire le côté du capital [par rapport à l’autre côté de la lutte des classes, le côté du travail, NDLR]. »   Ce juteux oxymore a donc l’avantage de très explicitement reconnaitre le nouveau « côté » du socialisme de gouvernement.

L’article passe donc en revue tous les abandons symboliques et les retournements stratégiques du parti dit socialiste, en particulier depuis l’automne 2012, pour étayer l’impressionnante continuité des politiques économiques entre ce gouvernement et les gouvernements précédents.  Continuité qui commence bien sûr « par la reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes — objectif insane des 3 % en pleine récession et pacte budgétaire européen (TSCG) négocié-Sarkozy ratifié-Hollande —, mais complétée par le déploiement intégral du modèle compétitivité-flexibilité, simplement rêvé par le prédécesseur, enfin réalisé par le successeur » :

Si 1983 ouvre une longue période où, par simple reddition idéologique, les politiques socialistes se trouvent dévaler la pente néolibérale, 2012 marque une rupture d’un tout autre format : celle de l’entrée dans la collaboration délibérée avec le capital.

Et de prédire:

De même que Churchill promettait aux munichois, qui espéraient avoir évité la guerre au prix du déshonneur, d’avoir et le déshonneur et la guerre, le socialisme de collaboration — vrai nom du « socialisme de l’offre » — aura l’échec en plus de la honte.  Car tout est faux de A à Z dans ce petit calcul de paniqué (ou de vendu), aussi bien les détails techniques que les considérations stratégiques.

Ici, commence la véritable démonstration.  Il est inutile de tout reprendre dans mon billet et il est de loin préférable de s’abreuver directement à la source (allez donc lire l’article, non de diou!), mais je ne peux résister à l’envie de vous citer quelques extraits choisis:

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