Une tribune d’un autre monde


Non, mais sérieusement vous avez lu la tribune exclusive publiée avant-hier, le 10 février,  par le Monde et le Washington Post, tribune cosignée par les présidents français et étasunien, MM. Hollande et Obama ?

D’un autre monde ! Totalement déconnectée ! Au milieu de la mauvaise vieille bouillie indigeste aux sempiternels poncifs analgésiques flottent de vrais gros morceaux d’endoctrinement impossibles à déglutir. Un texte dans lequel le grotesque le dispute à l’effarant, le sournois à l’inadmissible et le lénifiant à l’inepte.

Extraits choisis (et commentés 😉 ).

« Les responsables français et américains échangent quotidiennement des informations pour lutter contre le terrorisme dans le monde. »

Et lorsque les échanges fonctionnent moins bien, il reste toujours PRISM, voulait ajouter M. Obama, l’œil narquois et le rictus condescendant (mais l’amendement a été rejeté par notre relecteur national). La France s’enorgueillit, selon les propos de notre Président, de participer à la lutte terroriste du régime étasunien contre le terrorisme ? Fière du Patriot Act, des tortures Guantanamesques et autres drones assassins ? Jaurès, reviens !

« Dans toute l’Afrique et sur les autres continents, nos experts en développement aident des agriculteurs à augmenter leurs rendements et à sortir de la pauvreté. Dans des enceintes telles que le G8 et le G20, les États-Unis et la France s’attachent à promouvoir une croissance forte, durable et équilibrée, l’emploi et la stabilité, et nous relevons des défis mondiaux auxquels aucun pays ne peut, à lui seul, faire face. »

Ce passage serait carrément hilarant s’il n’était pas, malheureusement, aussi insultant pour la capacité de mémoire des Africains. Les « experts en développement » du libéralisme, français et étasuniens, dont les plus « illustres » (genre Camdessus, Strauss-Kahn, Lagarde, Lamy pour quelques représentants français) se partagent depuis toujours la direction de l’OMC, du FMI et de la Banque Mondiale, s’attachent, comme chacun sait, à développer à marche forcée la conversion de toute la planète aux règles du néolibéralisme, en fait à son unique règle, « plus aucune règle économique », avec leur arme de destruction massive favorite, les Plans d’Ajustements Structurels accompagnés de leurs inséparables conditionnalités, dont on connait les résultats sur l’explosion de la pauvreté d’abord en Afrique, puis dans les autres pays infectés par ce virus léthal (tout récemment, la Grèce et le Portugal).

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Deux chiffres à mettre en parallèle


Le projet de loi de finances 2014 (PLF2014) du gouvernement est sorti la semaine dernière.

Je vous laisse le parcourir si vous y tenez.  Vous connaissez son contenu.  Et comme vous le savez, il s’agit d’un budget … d’austérité … pour changer.  Normal puisque nous sommes en pleine phase de récession, il faut donc rajouter de la récession à la récession pour s’en sortir, le b-a-ba de l’économie pour les nuls, voyons.  Il n’y a pas d’alternative, ajouterait fiévreusement la fort heureusement décédée Thatcher.

Mais je vois que certains au fond de la salle se demandent ce que signifie concrètement un budget d’austérité.  C’est simple, 15 milliards d’euros de coupes budgétaires supplémentaires qui s’ajoutent à la saignée de 20 milliards d’euros déjà engagée depuis le changement-c-est-maintenant de François Hollande.  Au total, en 2 budgets, ce sont donc 35 milliards d’euros de moins dans l’action publique et 40 milliards de ponctions fiscales supplémentaires, soit 75 milliards de moins dans l’économie réelle.  Pratiquement tous les postes sont concernés par les coupes budgétaires.  Sautez directement, à partir de la page 163, aux tableaux récapitulatifs listant les chiffres clés des « missions », pour vous en convaincre.  Cela vous épargnera en outre tout le bla-bla aussi inutile que pompeux qui encombre l’ensemble du document.

Mais mon but n’est pas d’entrer dans le décryptage (c’est à la mode, me dit-on de source sûre) de cette politique de droite débile (pardon pour le pléonasme), ni de remettre en cause les hypothèses macro-économiques débiles (pardon pour la répétition) qui a servi de fondement (fondation ?  vraiment ?  j’vais réfléchir) à l’établissement de ce projet de budget.

Non, je voudrais juste mettre l’accent sur un chiffre dont personne n’a parlé (me semble-t-il, je ne peux pas tout lire non plus, faut pas déconner ;-)).  Regardez page 45:

Charge de la dette (pour 2014): 46.7 milliards €

Comme il est maintenant de coutume, il s’agit encore du premier poste budgétaire de la France.  En d’autres termes, pour que chacun comprenne bien, on va donner, sous la forme d’intérêts illégitimes, plus d’argent à des banquiers, pourtant déjà bien trop gras et qui auraient dû en outre disparaitre en 2008 suite à la crise qu’ils ont causée, que l’on ne va en utiliser pour payer les salaires de nos enseignants, nos médecins et infirmières de l’assistance publique, nos policiers, nos juges, nos militaires ou encore nos contrôleurs fiscaux.

Ce chiffre, 46.7 Milliards d’€, est à comparer à celui Poursuivre la lecture de « Deux chiffres à mettre en parallèle »

Nicolas Le Pen, absolument, représentatif de la France, non!


Vous savez déjà probablement que le très fameux, le très respecté (par le monde du buzinaisse), le très conservateur (euphémisme répandu pour signifier abjecte réactionnaire) quotidien américain, appartenant au magnat australien Rupert Murdoch, le Wall Street Journal a publié hier un éditorial intitulé « Nicolas Le Pen » mettant en cause les récentes prises de position de Nicolas Sarkozy sur l’immigration.  Vous pouvez lire cet article en langue yankee directement sur le site du journal: l’édito « Nicolas Le Pen ».

Sur ce point-là, rien à redire.  Bien vu.  Effectivement, Sarkozy et Le Pen ont les mêmes « affreuses pensées » (uggly thoughts) et cherchent à éveiller les mêmes « affreux sentiments » (uggly sentiments).

Ce que je voudrais rajouter rapidement, ce sont 2 points.  Qu’aucun journaleux français bien entendu ne soulève.

D’abord, mon indignation sur ce que le reste de l’article insinue de manière scandaleuse.  Que la France serait un pays cynique porté à ce genre de pensées.  Dès le sous-tire de l’article l’auteur nous assène ses délires anti-français.  Je le cite: « Even by local standards, the French President’s recent burst of xenophobia is pretty cynical. »  J’étais rouge de colère (donc encore plus rouge que d’habitude ;-)) dès que j’ai lu cette infamie.  Je traduis: « Même selon les standards locaux, la récente explosion de xénophobie du président français est assez cynique. »  Et un peu plus loin encore, l’auteur en remet une couche « Even in France, it rarely gets more cynical than this. » que je traduis par « Même en France, il est difficile d’être plus cynique ».  Comme si le peuple français était en majorité constitué de petits Sarkozy (oula, ça, ça doit être difficile ;-)) ou de petits Le Pen. Redescendez sur terre les américains.  La haine de l’autre, la xénophobie, le repli sur soi, la peur de l’étranger ou du différent n’est pas ce qui caractérise notre population.  Et le 22 avril, nous vous l’allons montrer.

En revanche, et c’est mon second point, ce serait plutôt l’apanage des américains, nan ?  Tiens, sans remonter trop loin dans votre histoire, messieurs, dames du Wall Street Journal, regardez juste un peu vos candidats à la présidence de votre pays.  C’est à mourir de rire.  Justement, hier, le même jour que vous, j’ai posté par une coïncidence ironique, un billet dans lequel je compare votre plus modéré candidat républicain, M. Mitt Romney à notre très outrageusement xénophobe Mme Le Pen.  C’est vous dire à quel niveau de cynisme en sont les autres.  Mais puisque, comme vos confères français, vous ne semblez pas lire beaucoup, et puisque votre américanisme aveugle ne semble n’avoir d’égal que votre anti-francisme primaire, je vous renvoie aux propositions, dignes d’une Le Pen en pleine bourre ou d’un Sarkozy en régime normal, que votre Mitt le Modéré étale dans son programme en ligne concernant l’immigration.  Vous y trouverez le même mur de la honte que celui des Nicolas Le Pen et Marine Sarkozy.  Seule la géographie change.  Le mur des xénophobes français est sur la méditerranée, le vôtre est sur le Rio Grande.  Match nul.

Résistance!

La belle, la rebelle, la républicaine, la laïque !


Juste pour vous faire partager un mail personnel que j’ai reçu d’un ami, qui, bien que profondément de gauche, a (ou avait 😉 il y a encore quelques semaines) plutôt un jugement négatif sur Jean-Luc Mélenchon.  Il m’a envoyé ce mail après avoir écouté le candidat du Front de Gauche invité au « Grand Rendez-Vous » sur Europe 1 / I>Télé / Le Parisien ce dimanche 4 mars 2012:


Le mail in extenso:

Mélenchon à dit :

« La République, je m’excuse, ce n’est pas la viande halal ou casher. C’est un modèle d’organisation de la société. La laïcité, c’est la séparation des églises et de l’État. Les abattoirs ne sont pas ni dans l’Église ni dans l’État », a-t-il vivement déclaré. Pour lui, la question de la viande halal est « un abus de langage », un « non débat », « une invention pure et simple destinée à opposer les gens ». « On ne doit pas mêler la belle et grande idée de la République à ces sornettes qui ne poussent qu’à s’affronter les uns contre les autres », a-t-il plaidé. « Ça suffit d’opposer les Français les uns aux autres à cause de leur religion! Ça suffit ! Foutez-nous la paix ! Nous en avons par dessus la tête de vos histoires, nous avons envie de vivre tranquillement« , s’est-il emporté.

Et là, je dis « Enfin !  » et « Bravo ! « . J’attendais cette réaction de n’importe qui depuis longtemps. C’est Mélenchon, j’oublierai pas !!!
J’en peux plus d’entendre toutes ces conneries sur la religion, alors que le plus beau trésor de la république, c’est la laïcité.

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Il n’y a guère de retour en arrière possible

Je voudrais, si vous me le permettez, commencer, une fois n’est pas coutume, par de larges extraits du texte d’un autre. Il synthétise tellement à la perfection ce que je voudrais dire qu’il n’est nul besoin d’en changer un mot :

[On] « a franchi une limite au delà de laquelle il n’y a guère de retour en arrière possible. (…)

Qu’une seule fois il ait été dit, par une autorité du système lui-même, que les Etats-Unis ne sont plus un placement sécurisé et c’est tout un univers qui prend fin. (…)

Car tout l’édifice financier mondial repose en dernière instance sur un pur article de foi à propos de la valeur refuge d’une monnaie, le dollar, dont tout le monde sait pourtant qu’elle ne vaut peut-être pas le prix de l’encre et du papier avec lesquels elle est fabriquée. Au même moment, et ce n’est pas un hasard, l’Euro trébuche une fois de plus, montrant qui avait raison entre ceux qui criaient à la guérison du fait de leur remède de cheval et ceux qui soulignait l’impasse aggravée. Ainsi, en plein mois d’août, aux Etats-Unis et en Europe, c’est-à-dire au cœur du cœur du système capitaliste mondialisé, un monde s’étouffe tout seul sous l’effet de ses propres normes, mensonges et règles absurdes. Ah oui ! Comme nous avons en vain décrit, analysé, décortiqué et prédit, des années durant, les effets à venir de la ronde aveuglée des capitaux fictifs et des capitaux flottants ! Comme nous avons alerté, tant de fois, contre la cancérisation générale de l’économie par cet épisode de financiarisation si spécial de l’histoire du capitalisme ! Ce travail de l’altermondialisme n’enlève rien à l’effet de stupeur que provoque la confirmation de nos thèses par les évènements de ces derniers jours. (…) Poursuivre la lecture de « Il n’y a guère de retour en arrière possible »