Pot-pourri de graphiques édifiants


Putain que tout cela est décourageant !

Serge a tellement raison quand il affirme qu’on n’a plus le temps:

« On n’a plus le temps de se plonger dans un livre « trop long », de flâner dans une rue ou dans un musée, de regarder un film de plus de quatre-vingt-dix minutes. Ni celui de lire un article abordant autre chose qu’un sujet familier. Ni de militer ni de faire quoi que ce soit sans être aussitôt interrompu, partout, par un appel qui requiert d’urgence son attention ailleurs. » Serge Halimi, Le Monde Diplo, Octobre 2012

Plus personne n’a le temps de rien.  Et encore moins de s’intéresser aux sujets déterminants pour notre avenir de citoyen et d’être humain, je veux bien sûr parler de sujets tels que le prochain éliminé de Koh-Lanta, ou le poids du nouvel iPAD, ou encore le dernier but de Zlatan avec la Suède (magnifique, au demeurant).

Culture du zapping oblige, toute idée, tout argumentaire, tout concept, toute réflexion se doivent aujourd’hui d’être exprimés en 1 phrase unique de moins de 15 mots si possible, sous peine de perdre irrévocablement l’intérêt, a priori déjà très frêle, et l’attention, toujours vacillante, de votre interlocuteur ou lecteur.  Bien sûr, s’il s’agit d’exprimer un goût prononcé pour les fraises, ou pour Brad Pitt dans la pub de Chanel n°5, passe encore (quoique), mais lorsque vous souhaitez expliquer, par exemple, pourquoi la poursuite effrénée de la compétitivité est une obsession aussi inepte que dangereuse, là, c’est pratiquement peine perdue.

Ceci est vrai à l’oral, bien sûr, dans nos discussions quotidiennes.  Et que dire du sort réservé à l’écrit !  Sans même parler de livres, qui prend encore le temps de nos jours de lire de rébarbatifs articles techniques sur l’économie ou la politique (la vraie, celle des idées, pas la vie politicienne de tel parti ou de tel politocrate diffusée par nos « grands » médias).  Finalement, très peu de gens, quand on regarde autour de nous.

J’aurais aimé vous présenter, et je l’espère, vous inciter à aller lire, deux nouveaux documents sortis dans le silence le plus absolu en cette fin-octobre début-novembre, deux documents majeurs pour la compréhension de ce que pourrait concrètement être une alternative réaliste à la pensée unique dominante.  Chacun de ces deux document est l’antithèse parfaite d’un autre document dont vous avez en revanche été copieusement abreuvé ces derniers jours.  Le yin et le yang, en double:

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Le FMI aurait finalement quelques notions d’économie


Même le FMI semble commencer à comprendre !

Il y a 3 jours, le jour même du vote des députés français en faveur de la ratification du TSCG, je dressais la liste éloquemment internationale des économistes indépendants et des institutions économiques officielles qui, de par notre vaste monde globalisé, jugent totalement inepte et même criminelle (certains à retardement, mais, vieux motard que jamais, comme on dit) cette obsession à s’enfermer dans le cercle vicieux de l’austérité institutionnalisée.

Mais jusque-là, vous aurez remarqué (ben, merde, qu’est-ce que vous foutez!), le FMI ne faisait pas partie de ma liste. Normal, au FMI, la règle d’or, l’austérité, le serrage de quiquis, y’quiffent trop. C’est leur politique fétiche. Leur remède standard. Leur réflexe pavlovien. Toujours les mêmes recettes du Consensus de Washington. Toujours demander aux pays de réduire leurs dépenses publiques et de privatiser un max. Quel que soit le symptôme, quelle que soit la conjoncture mondiale, la solution est toujours « moins d’état », pour ces gens-là. Sans revenir sur toutes les crises (financières, économiques, sociales, alimentaires) causées par ces vautours incompétents (Afrique, Asie du Sud Est, ex bloc communiste, etc), souvenons-nous au moins de Michel Camdessus affamant l’Argentine et de Dominique Strauss-Kahn humiliant les Grecs. Et la Lagarde ne fait pas exception à la règle, bien sûr. On n’est pas ex-ministre de l’économie de Sarkozy, l’apprenti Reagan (le Stetson en moins), sans de solides et multiples connexions neuronales néolibérales.

Alors imaginez mon étonnement lorsque j’ai lu ces mots dans la bouche de Daniela Christine:

«Il est parfois mieux, étant donné les circonstances et le fait que de nombreux pays ont mis en place les mêmes instruments de politique économique pour réduire leur déficit, de se donner un peu plus de temps»

Estimant aujourd’hui qu’il faut changer d’approche, elle rajoute même:

«Nous ne pensons pas qu’il soit raisonnable de s’arc-bouter à des objectifs nominaux.»

Ce qu’elle tente d’expliquer avec beaucoup de difficulté, liée à la honte qu’elle doit légitimement éprouver par rapport à ses positions précédentes (je parle de ses positions sur la crise économique mondiale, bien sûr), c’est que les mesures mises en place en Europe (et figées dans le marbre de l’objectif nominal à 0.5% du TSCG) risquent de nous enfermer « dans une spirale diabolique, l’austérité déprimant les comptes publics, etc ». Oh putain ! Mélenchon, sort de ce corps immédiatement !

Pour mieux visualiser ce qu’elle n’ose exprimer clairement, à savoir que les remèdes miracles du FMI n’ont jamais fonctionné, nulle part dans le monde, et ont toujours au contraire apporté récession et chômage de masse, « je vous ai préparé un petit graphique », comme dirait l’inénarrable Lenglet, le transfuge de BFMTV qui a rejoint l’équipe France 2 lors du mercato d’été, en récompense, probablement, de sa dégoulinante interview du président de la République, Sarkozy le 1er (et le dernier espérons-le), réalisée il y a quelques mois.

J’ai choisi 5 pays européens qui appliquent aveuglément depuis 2010 la médecine de cheval du FMI. Trois d’entre sont sous le coup d’un de leurs « plans d’aide » dévastateurs et n’ont donc pas d’autre choix que de suivre leurs ordres sans pouvoir broncher une oreille. Il s’agit de la Grèce bien sûr, de l’Irlande et du Portugal. Et deux pays, l’Italie et l’Espagne, qui ont voulu anticipé les injonctions des 3 petits cochons de la troika (FMI, BCE, Commission européenne), les lèche-cul de la classe Europe si vous voulez, pensant ainsi s’attirer les bonnes grâces de l’enjouée professeur Merkel et du sémillant proviseur Barroso. (source Eurostat bien entendu)

Où l’on voit nettement la crise qui éclate en 2007-2008, le PIB qui commence à remonter en 2010, et là, paf … le chien, ou plutôt, paf … le FMI, application des « mesures salvatrices » et rechute immédiate. Pour 2012, les chiffres ne sont bien évidemment pas encore connus (il reste 3 mois, gros ballots) mais les prévisions sont catastrophiques puisque tous ces pays seront sans doute en récession (au dessous de 0%). Et pour 2013, au secours …

La courbe du chômage pour compléter cette image idyllique:

Attention, tout de même. Notre bonne Daniela Christine n’abandonne pas totalement les philtres, pommades, pilules, granules, élixirs, ampoules et autres suppositoires, aussi douloureux qu’inefficaces, qui remplissent la trousse thérapeutique du bon docteur FMI. Deux jours auparavant, elle recommandait en effet, pour la France, de mener des politiques conduisant à une meilleure compétitivité (tiens, comme c’est nouveau ça!) et elle y allait de cette petite préconisation aussi sibylline qu’incompréhensible::

« Parmi les grandes économies de la zone euro, des politiques qui conduiraient à une demande intérieure plus élevée en Allemagne et à une compétitivité plus forte en France, en Italie et en Espagne seraient bénéfiques »

J’aimerais comprendre comment elle pense pouvoir augmenter la demande intérieure en Allemagne sans faire baisser leur sacro-sainte compétitivité ? Pour booster la demande intérieure, à moins de forcer les ultra-riches à rapatrier leur magot planqué dans les paradis fiscaux et de leur imposer d’acheter un millier de Porsche supplémentaires chacun, je ne vois pas vraiment d’autre moyen que d’augmenter les revenus de ceux qui dépensent ce qu’ils gagnent, c’est à dire les bas et moyens salaires, les pensions de retraite, etc. Mais ça, merde, ça augmente « le coût du travail » comme disent ceux qui ne travaillent pas, et ça réduit donc la compétitivité. De la même façon, augmenter la compétitivité en France, en Italie et en Espagne, ça veut dire baisser encore les salaires et les cotisations sociales. Peut-être même aller jusqu’à s’aligner sur la Chine, ou le Niger, pourquoi pas ! Je proposais même de remettre au goût du jour l’esclavage pour enfin obtenir un « coût du travail » nul. Pas mal, hein Madame Parisot, ça vous plairait ça, n’est-ce pas ? Mais si plus personne de peut plus rien acheter, ben alors … ça va faire baisser la demande intérieure. Hum … Pas facile, hein, Mame Lagarde ! Lisez donc le programme du Front de Gauche, vous verrez comment résoudre ce paradoxe. Allez, un indice, on est bonne poire. Le modèle de la compétitivité est une absurdité puisqu’il est basé intégralement sur l’exportation. Et pour qu’un pays puisse exporter, il faut qu’il y en ait d’autres … qui importent. Il est donc tout bonnement impossible que tout le monde soit « compétitifs » en même temps ! Ceux qui sont « compétitifs » le sont au détriment de leurs travailleurs ! Allez-vous enfin le comprendre ça, bordel de merde ! Pardon, je m’emporte.

Votre attention (vacillante, je suppose, à ce point-ci de ce billet soporifique) aura sans doute noter l’emploi des qualificatifs « douloureux » et « inefficaces » à propos des médecines du FMI. Douloureux, c’est indéniable. Mais inefficaces ? Je ne doute pas que vous placiez en moi une confiance sans borne ;-), mais permettez-moi tout de même d’étayer ces propos. Je rappelle que le but invoqué pour infliger autant de souffrances aux peuples est de réduire la dette publique. Bien, regardons donc:

Ah ben merde ! Ça continue de monter ! Ça marche pas !

Je suis mauvaise langue. Je sais pertinemment que le FMI a quelques notions d’économie. Ils ne sont pas complètements débiles, eux (par rapport aux médias qui ressassent inlassablement la grande fable du néolibéralisme et des bienfaits de la contraction de l’État tous azimuts). S’ils continuent dans leur dogme, c’est qu’il y a une bonne raison. Cela sert bien à quelque chose, ou à quelques uns, devrais-je plutôt dire. Regardez:

Bien évidemment, les intérêts ! Les intérêts que payent les états sur les dettes qu’ils contractent auprès des banques privées (au lieu d’emprunter directement auprès de la BCE comme on le préconise depuis des lustres). Ils ne cessent d’augmenter, ces intérêts. Attention, on parle pas de petites sommes, là. Pour l’Espagne, par exemple, pour un PIB en 2011 d’environ 1000 milliards d’euros, cela représente environ 25 milliards d’euros (de quoi largement combler le déficit de la Sécurité Sociale en France, par exemple). Et on ne parle que du remboursement des intérêts, là. Pas du service complet de la dette ! Le crime profite donc bien à quelqu’un, aux créanciers privés.

Le FMI est le complice de cette bande de malfaiteurs internationale, bande qui accueillera bientôt, grâce à la ratification du TSCG, un nouveau membre, tout aussi sauvage que ses bestiaux collègues, en la personne morale du MES, ce FMI made in Europe.

Et nos hommes politiques qui mettent en place le Traité de Lisbonne, le Six Pack européen, le semestre Européen ou encore le TSCG sont leurs créateurs, des Dr Frankenstein de l’économie qui devront un jour rendre compte.

Debtocracy vous a scotché, Catastroïka vous passionnera


Vous vous souvenez peut-être (j’espère!)  de DEBTOCRACY, le documentaire sur l΄histoire de la dette grecque et des dettes illégitimes et odieuses plus généralement, un documentaire vu par plusieurs millions de spectateurs et qui est toujours accessible sur la chaine « dette publique » de « à ma télé ce soir » (pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, honte à eux ;-)).  Eh bien, les mêmes réalisateurs, Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi, reviennent avec une nouvelle production, CATASTROÏKA qui cherche les conséquences de la liquidation totale de la Grèce.  En voici une bande annonce que je me suis permis de sous-titrée en français:

Le documentaire, qui est une véritable source alternative d΄information documentée, précise et chiffrée, revient sur les effets des privatisations, en détaillant plusieurs cas d’écoles historiques dans différents pays développés du monde et analyse comment ces processus sont reproduits également en Grèce actuellement.  Le pays est, en effet, comme vous le savez (j’espère!), sous le joug d’un mémorandum (délicieuse litote typique de la très parfumée langue dirigeante européenne) imposé par la Troika (BCE/UE/FMI) afin, prétendument, d’alléger le poids de leur dette publique.  Ce mémorandum de cheval inclue bien évidemment un programme de privatisations drastique.  Les parts détenues par l΄État dans les compagnies des eaux (Eydap-Eyath), pétrolière (Helpe), des Jeux (Opap), du groupe gazier (Depa) ont déjà commencé à être cédées à des groupes privés.

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13 mai 2012: un jour marqué d’infamie


EDIT (15 mai à 17h30): Il semblerait que ma prudence à employer un conditionnel là où le Nouvel Obs. et l’AFP employaient, eux, le présent de l’indicatif, ait été récompensée puisque, finalement, on vient d’apprendre cette après-midi, que l’accord outrageant dont je faisais l’écho dans mon billet ci-dessous n’existe pas (ou plus? ;-)).  Le bureau présidentiel grec a en effet fait un communiqué, au sortir des réunions du jour, dans lequel il déclare qu’une dernière réunion aura lieu demain (16/05) à 13h dans le but de former un gouvernement qui s’occupera des affaires courantes et qui devra s’occuper de l’organisation des prochaines (re-)élections.  Le choix du peuple est donc respecté et c’est le plus important.  Je ne change néanmoins pas un seul mot de mon billet d’il y a 2 jours, afin de pouvoir se souvenir, dans quelques temps, que nous sommes passés à 2 doigts d’un nouveau coup d’état en Grèce.  Heureusement que SYRISA veillait au grain.  Bravo à eux pour leur honnêteté et leur résistance!

Mon billet original:


Je vais utiliser le conditionnel tellement cette nouvelle me parait tout simplement incroyable.  Et pourtant, le Nouvel Obs., en partenariat avec l’AFP, l’a annoncé avec un présent de l’indicatif assez effrayant, dois-je dire, aujourd’hui à 14h30:

« Un accord a été conclu entre trois partis – conservateurs, socialistes et un petit parti de gauche – pour un gouvernement intérimaire de deux ans chargé de mettre en œuvre le programme d’austérité « criminel » en Grèce »

Je rappelle que le nouveau parlement grec, issu des urnes dimanche denier, le 6 mai 2012, ressemblait à ça:

Outre le fait que le parti Syriza, le Parti de Gauche grec, a été propulsé par ce scrutin comme deuxième parti du pays (52 sièges avec 16,78% des voix), il faut bien se rendre compte que cette élection a marqué le refus clair et net, le rejet sans hésitation, ni atermoiement, des plans d’austérité imposé par la troïka européenne, et en particulier du denier mémorandum, par le peuple grec.  En effet, le Pasok (socialiste) et la Nouvelle Démocratie (droite), les deux partis gouvernementaux sortant ayant accepté de signer le « programme d’assainissement de l’économie grecque », les 2 seuls partis favorables à l’application des remèdes mortifères de l’Europe et du FMI, sont sortis laminés des élections, avec respectivement, 13,18% des voix (correspondant à 41 sièges) et 18,85% des voix (correspondant à 108 sièges, grâce au bonus de 50 sièges accordés par la Constitution grecque au parti en tête).

Tous les autres partis, représentant donc 67.97% des électeurs, s’étaient donc déclaré contre l’application de ces mesures.  Le peuple grec a voté en connaissance de cause, en toute intelligence et en conscience!  Et il s’est clairement exprimé contre ces mesures!

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Le paradoxe du gruyère et le courage de la serpillère


C’est encore une chronique de l’évêque du néolibéralisme de BFM TV, j’ai nommé M. Nicolas Doze, qui a déclenché chez moi cette nouvelle crise de « merde-mais-quel-tissus-de-conneries-faut-que-je-démonte-ce-truc-sur-mon-blog » (sorte d’urticaire fulgurant, localisé au niveau du cortex et qui ne peut se soigner qu’en grattant les touches de mon clavier).  Faut dire que je cherche les emmerdes à écouter de temps en temps cette chaine de damnés.  C’est chaque fois pareil.  C’est vrai quoi, je le sais pourtant que BFM est au libéralisme ce que KTO est au catholicisme.  Mais non, y’a rien à faire, le matin, mon café en main, faut que je zappe sur les chaines d’info.  C’est plus fort que moi.  J’suis peut-être un brin maso.

Malheureusement (ou heureusement pour vous ;-)), je n’arrive pas à retrouver la vidéo de cette prestation précise dans le bréviaire des sermons quotidiens de ce monsieur.  C’était pourtant bien hier matin, jeudi 5 avril, vers 8h25.  J’ai pas rêvé quand même, merde!  Bon, de toute manière, ce n’est pas grave, faites-moi confiance.  Ou prenez n’importe laquelle de ses chroniques et vous entendrez la même chose.  Le même discours.  La même pensée unique.  D’ailleurs, prenez n’importe quelle chronique de n’importe quel « spécialiste économique » de n’importe quel média « main stream » et vous entendrez la même messe.  L’intérêt de celle d’hier cependant est qu’elle synthétisait en à peine 30 secondes tout le « raisonnement » fielleux sur les dettes souveraines et la prétendue solution unique pour s’en sortir, la rigueur, « raisonnement » que l’on entend partout, tout le temps, vous en conviendrez.  Le tout asséné sur le ton docte, professoral et sûr de soi qui sied aux évangélistes du Dogme.

Pour tenter de nous hisser à la hauteur himalayenne de la science de ce dévot aux chevilles enflées, tentons d’étudier ce discours convenu à l’aide d’un outil mathématique de base, la logique, et plus précisément, la logique des prédicats.

Enfumage et rigueur inéluctable

Je résume son propos.  Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, quelles que soient donc les promesses des candidats, le prochain président n’aura pas d’autre choix que de s’attaquer au déficit public en instaurant la rigueur (vous voyez, je vous avais bien dit que c’est toujours la même soupe au TINA qui nous est servie).  Pour ceux qui vivraient sur une autre planète et qui ne connaitraient pas encore l’articulation du « raisonnement » qui amène à cette conclusion, en voici les 2 principaux syllogismes:

Syllogisme n°1

(Prémisse 1)  des dépenses publiques élevées « inquiètent » les marchés, puisque, au plus un état dépense, au plus un créancier aura peur que cet état n’ait plus assez d’argent pour lui rembourser l’argent qu’il lui doit (le fameux défaut)
(Prémisse 2)  or un prêteur inquiet intègre ce risque en augmentant le taux auquel il prête, ce qui augmente le montant des remboursements de la dette de l’état (par émission d’obligations), ce qui augmente ses dépenses et … la boucle de l’endettement vicieux est bouclée
(Conclusion) donc des dépenses publiques élevées alimentent l’endettement cumulatif de l’état, en cercle vicieux, jusqu’à tomber finalement dans le 2ème syllogisme suivant

Syllogisme n°2

(Prémisse 1)  lorsque les marchés considèrent que les dépenses publiques d’un état ont atteint un niveau de risque trop élevé, ils refusent de continuer à lui prêter de l’argent (puisqu’ils craignent le défaut sur leur créance, c’est à dire qu’ils craignent de ne pas revoir la couleur de leur argent)
(Prémisse 2)  or si un état n’a plus d’argent pour fonctionner, il fait faillite et il ne lui est plus possible d’assurer tout ce qu’un état paye, salaires des fonctionnaires, pensions de retraites, etc …
(Conclusion) donc lorsque les marchés considèrent que les dépenses publiques d’un état sont trop élevées, c’est la misère et le cataclysme assurés pour le peuple de ce pays

Conclusion générale

Voilà donc pourquoi, selon ce monsieur et tous ses pairs télévisuels, le prochain président n’aura d’autre choix que d’augmenter le serrage de quiqui du peuple français en instaurant des plans de rigueur, plans qui auraient tout avantage à s’inspirer fortement de ceux qui martyrisent les peuples grecs, espagnols, portugais ou irlandais.  CQFD.  Circulez, y’a plus rien à discuter.

Oui, mais.  Mais, heureusement pour nous, nous voici en présence d’une habileté rhétorique connue sous le nom de sophisme.  En d’autres termes, ce « raisonnement », décortiqué du point de vue du raisonnement mathématique pur, est … faux.  Ce « raisonnement » n’en est pas un.  Et pour plusieurs raisons, qui plus est.

Décorticagementationage n°1 et emprunt forcé

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