Le clou de la compétitivité


Bien sûr, c’était couru d’avance, ma pauv’Lucette.

Dans notre merveilleux monde capitaliste bienveillant et protecteur, le moindre signe de faiblesse des uns déclenche immédiatement chez les autres, non pas empathie et soutien comme nos dirigeants donnent l’impression d’avoir espéré, mais au contraire, arrogance et agression comme l’Histoire l’a toujours démontré.  Il n’a en effet pas fallu longtemps à la finance AmériKKKaine pour « récompenser », comme il se doit, les dernières professions de foi néolibérale de Hollande et de son gouvernement, sur lesquelles je ne reviendrai pas (budget austéritaire, pacte de compétitivité, etc), et qui ont donné lieu, me suis-je laissé dire, à des bacchanales patronesques endiablées dans lesquelles, parait-il, dame Parisot ne tarissait pas d’éloges sur son serviteur zélé.

Ah, et par pitié, arrêtez de parler de « virage à droite », ou de « renoncement », ou de « trahison », ou que sais-je encore.  Même Politis (mon hebdo préféré ;)) semble s’étonner de ce que Hollande fasse une politique économique et sociale de droite.  Certes, concernant le point précis de la TVA anti-sociale de Nicolas Sarkozy de François Hollande, remise au goût du jour par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault après pourtant avoir été abrogée lors de la première session parlementaire, il s’agit bel et bien là d’un splendide exemplaire de pure trahison de promesse électorale (comme souvent les socialistes savent nous gratifier).  Mais sur le fond, sur les fondements de la politique économique qui allait être menée par Hollande, tout le monde savait très bien à quoi s’attendre !  Enfin, je l’espère !  Son programme présidentiel est à peine saupoudrée, de ci de là, de quelques mesurettes rosinées aux entournures, principalement d’ailleurs dans le domaine sociétal, mesurettes que, de toute façon, il reniera probablement au cours de son quinquennat.  Mais l’homme, lui, sa « pensée », son « caractère », sa « vision », (je mets des guillemets tellement ces concepts semblent ne pas pouvoir s’appliquer à cet homme) on les connait.  Hollande n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un homme de gauche.  Point.

Il n’y a donc eu aucun virage, à mes yeux, juste une franche accélération en pleine ligne droite néolibérale.  On accélère droit dans le mur et maintenant, on klaxonne en plus, on assume, on est un président responsable, parait-il.  Mais personne ne peut se déclarer surpris ou se considérer trahi.  Sauf peut-être les victimes (consentantes) informatives de … TF1, France 2, France 3, Canal +, Arte, Le Monde, Le Figaro, Libération, Le Nouvel Obs, Le Point, l’Express, l’Expansion, la PQR dans sa globalité, et j’en passe, bref, tous ceux qui s’évertuent, paresseusement ou malicieusement, à repeindre en Gauche ce qui est pourtant le B-A-BA d’une politique néolibérale basée sur l’offre.

Mais j’en reviens à notre affaire.  Après Standard and Poor’s en janvier dernier, c’est donc au tour de Moody’s de retirer à la France son sacro-saint (dans la religion néolibérale, s’entend) triple A.  L’agence d’évaluation financière (évaluation financière … :-D) a abaissé avant-hier, lundi 19 novembre, d’un cran la note de la dette de long terme de la France, de AAA à AA1.

Le vilain petit Moody’s Moodpecker donne trois raisons pour justifier sa  sentence ridicule, dont la première est … tatata … roulement de tambours … le suspens est insoutenable … voyons … quel est le mot à la mode … ah oui, j’y suis … attention … the number 1 reason pour laquelle Moody’s dégrade la France (dégrader la France, non, mais quand on y pense, pour qui ils se prennent ces incultes sauvages cupides, bref) est …

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Pot-pourri de graphiques édifiants


Putain que tout cela est décourageant !

Serge a tellement raison quand il affirme qu’on n’a plus le temps:

« On n’a plus le temps de se plonger dans un livre « trop long », de flâner dans une rue ou dans un musée, de regarder un film de plus de quatre-vingt-dix minutes. Ni celui de lire un article abordant autre chose qu’un sujet familier. Ni de militer ni de faire quoi que ce soit sans être aussitôt interrompu, partout, par un appel qui requiert d’urgence son attention ailleurs. » Serge Halimi, Le Monde Diplo, Octobre 2012

Plus personne n’a le temps de rien.  Et encore moins de s’intéresser aux sujets déterminants pour notre avenir de citoyen et d’être humain, je veux bien sûr parler de sujets tels que le prochain éliminé de Koh-Lanta, ou le poids du nouvel iPAD, ou encore le dernier but de Zlatan avec la Suède (magnifique, au demeurant).

Culture du zapping oblige, toute idée, tout argumentaire, tout concept, toute réflexion se doivent aujourd’hui d’être exprimés en 1 phrase unique de moins de 15 mots si possible, sous peine de perdre irrévocablement l’intérêt, a priori déjà très frêle, et l’attention, toujours vacillante, de votre interlocuteur ou lecteur.  Bien sûr, s’il s’agit d’exprimer un goût prononcé pour les fraises, ou pour Brad Pitt dans la pub de Chanel n°5, passe encore (quoique), mais lorsque vous souhaitez expliquer, par exemple, pourquoi la poursuite effrénée de la compétitivité est une obsession aussi inepte que dangereuse, là, c’est pratiquement peine perdue.

Ceci est vrai à l’oral, bien sûr, dans nos discussions quotidiennes.  Et que dire du sort réservé à l’écrit !  Sans même parler de livres, qui prend encore le temps de nos jours de lire de rébarbatifs articles techniques sur l’économie ou la politique (la vraie, celle des idées, pas la vie politicienne de tel parti ou de tel politocrate diffusée par nos « grands » médias).  Finalement, très peu de gens, quand on regarde autour de nous.

J’aurais aimé vous présenter, et je l’espère, vous inciter à aller lire, deux nouveaux documents sortis dans le silence le plus absolu en cette fin-octobre début-novembre, deux documents majeurs pour la compréhension de ce que pourrait concrètement être une alternative réaliste à la pensée unique dominante.  Chacun de ces deux document est l’antithèse parfaite d’un autre document dont vous avez en revanche été copieusement abreuvé ces derniers jours.  Le yin et le yang, en double:

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Orgueil et préjugés … et apostolat


Je vous jure, c’est pas moi qui ai (re-)commencé ! C’est eux, promis. Toujours les mêmes. Le Doze, le Barbier … et tous les autres.

Il faut vous dire que, les jours de boulot, les matins sont pour moi des moments utiles pour m’informer sur notre monde. J’ai la chance de pouvoir également ponctuer mes journées de quelques autres parenthèses informatives pendant lesquelles je dévore quantité d’articles, soit en ligne sur le Net, soit dans la presse écrite à laquelle je suis abonné (Monde Diplo et Politis), mais le matin demeure important. Cela se passe inévitablement en deux temps (et beaucoup plus que trois mouvements). Il y a la phase où j’ingurgite mon petit déjeuner, temps propice à un zapping effréné sur les différentes chaines d’infos continues.

Et il y a la phase … comment le dire tout en restant dans la bienséance que la charte de mon blog impose … de transit inverse … pendant laquelle je lis principalement des essais, d’économie, ou de philosophie, ou de politique, voire, quand l’occasion se présente, d’économique politique ou de philosophie politique (il me reste encore à découvrir des ouvrages de philosophie économique ou d’économie philosophique, hum, ça doit être chaud, ça). Je trouve que le matin est une période propice pour ce genre de lecture quelquefois aride (si j’osais, je dirais austère) qui requiert une attention et une vivacité neuronale aiguisées que le fil de la journée émousse nécessairement. Combien de penseurs essentiels à ce que je suis (tels Rousseau ou Marx) ont ainsi défilé dans ce petit coin de mon existence ! (Pour info, si cela vous intéresse, espèce de petits curieux, sachez que je me réserve les romans comme gourmandises sucrées pour le soir.)

Et chaque matin, quel contraste ! Quelle opposition entre ce que je lis et ce que j’entends ! C’est tout simplement ahurissant.

La période actuelle est exemplaire de ce prodigieux décalage. Deux mots dominent actuellement l’actualité (si j’omets bien sûr les mots « intégriste », « islamique », « mosquée » et « pain au chocolat »). Ce sont, vous me l’accorderez bien volontiers sans que j’ai besoin de compiler de fastidieuses statistiques: austérité et compétitivité.

Or il se trouve qu’en ce moment, Poursuivre la lecture de « Orgueil et préjugés … et apostolat »

Plus trop d’espoir, juste des principes


Allez, une bonne grosse dernière rasade de rouge qui saoule, avant de vous laisser tranquillement cuver l’éthanol de cet ultime billet estival jusqu’à mon retour prochain. Un billet que je commencerai par un carton … rouge, comme il se doit.  Mon sang … rouge, comme de très normal, n’a en effet fait qu’un tour lorsque j’ai lu qu’il existait des grands patrons français, CAC 40 et secteur bancaire confondus, qui avaient gagné en 2011 … moins d’1 million d’euros !  Inadmissible !  Ils sont même 2, pour être précis: Michel Lucas, Président du Crédit Mutuel qui n’a gagné en 2011 que 800 000 € et Philippe Wahl, Président du Directoire de la Banque Postale, qui lui, ne s’est fait que 833 000 €.  J’en reste sans voix. Heureusement, ce ne sont que des exceptions, des mauvais exemples, des canards boiteux, des brebis galeuses, des moutons noirs. En effet, soyons rassurés, à part ces 2 miséreux, les autres se portent parfaitement bien.  Merci aux Échos pour ces 2 diaporamas: la rémunération des patrons du CAC 40 d’une part et celle des dirigeants de banques d’autre part.  On y apprend par exemple que, pour les patrons du CAC 40, cette rémunération 2011 atteint donc 96,8 millions d’euros, pour une moyenne de 2,42 millions par dirigeant.  Je note avec satisfaction que:

  • le patron d’Arcelor Mittal, l’éponyme M. Mittal, a été récompensé de ces multiples plans sociaux (dont peut-être encore un nouveau prochainement) et de ses violations de lois nationales, avec une coquète somme de 2,9 millions €, soit une augmentation de +82% par rapport à ses revenus de l’année précédente (2010)
  • le patron d’Axa, M. De Castries, a été remercié par anticipation de l’organisation et de la présidence du Bilderberg 2012 avec également 2.9 millions €
  • le patron de GDF Suez, M. Mestrallet, a amplement mérité ses 3 Millions € pour les multiples hausses du prix du gaz qu’il a su courageusement imposées aux peigne-culs qui prétendent avoir besoin de se chauffer en hiver (non, mais franchement, ils nous prennent pour des billes !)

Je félicite en outre vivement Poursuivre la lecture de « Plus trop d’espoir, juste des principes »

Compétitivité ad nauseam


La conférence sociale vient de s’achever.  La chaleureuse brise trompeuse s’est dissipée.  Les nuages en camaïeu de gris, quant à eux, persistent et s’amoncellent même de plus belle.  8 000 nouveaux gros cumulus sont encore arrivés ce matin, porteurs de dévastation et probablement d’électricité (que j’espère dynamique plutôt que statique).  J’ai beaucoup de mal à me convaincre de publier ce billet commencé hier.  L’humour, hum, j’sais plus trop.  Allez, essayons tout de même.

N’écoutant que mon (très) grand cœur qui n’a d’égal, en tout humilité ;-), que ma (très) impressionnante clarté d’analyse, je souhaitais proposer à Madame Parisot, une idée que, j’en suis sûr si par bonheur elle fréquente régulièrement ce blog, elle ne tardera pas à faire sienne, tellement elle est trop de la balle du top de la classe qui tue (l’idée, pas Mme Parisot, bien sûr, sots que vous êtes).  Le gouvernement a retardé d’une journée la publication de sa « feuille de route sociale », le document qui est censé synthétiser les grandes lignes de néant qui ont été abordées (je n’ose dire « décidées ») lors de cette conférence du vide.  Il est donc encore temps d’y intégrer la proposition qui suit.

Alors voilà.  Tout le monde (je ne parle, bien entendu, que du monde qui passe dans la boite à images parlantes du salon) n’a que les mots « compétitivité » et « coût du travail » (oui, je sais, ça, c’est 3 mots, on s’en fout, restons concentrés) à la bouche.  Les socialistes ne sont d’ailleurs pas les derniers à s’épanouir sur ce registre.  Rassemblés dans la même phrase, cela donne le sophisme éculé mais toujours très vigoureux que tout le monde a déjà certainement entendu mille fois: le coût du travail en France est trop élevé par rapport aux autres pays, donc cela nuit à notre compétitivité, donc les entreprises sont forcées de licencier en France et de se délocaliser là où le coût du travail (2 fois dans la même phrase, ça marque mieux les esprits) est moins important.  Je serais, à ce propos, fort étonné que quelque grand penseur de la pensée unique « ne profite pas » de l’annonce de PSA de ce matin pour relancer avec ferveur cette même ritournelle.

Je me suis mis à douter.  Poursuivre la lecture de « Compétitivité ad nauseam »