Défaite gramscienne sur le COVID-19, j’enrage

Là, c’est trop. Il faut que je reprenne (un peu) le clavier.

J’enrage de constater que le capital a, encore une fois, réussi à gagner la bataille des idées, cette fois-ci sur le terrain du COVID. Il a réussi à faire passer toute velléité d’analyse matérialiste sur le sujet pour du complotisme. Bravo ! du très beau boulot. Une grande défaite pour Marx, Gramsci et la pensée de gauche.

​Les labos pharmaceutiques ont totalement imposé leur système de représentation et leur vocabulaire dans les pratiques quotidiennes et les croyances collectives associées au COVID. Leur « hégémonie culturelle » est une nouvelle fois assurée.

Jusque dans ce qui nous tient lieu de gauche ! Quelle tristesse de voir en effet que ceux qui sont censés représenter ce qu’il reste de la gauche, la LFI, le PC, et tous les sites et responsables politiques revendiqués de gauche radicale, voire révolutionnaires, ne semblent ni choqués, ni même intéressés par ce qui sera pourtant reconnu un jour, à n’en pas douter, comme le plus grand scandale lié à cette crise, à savoir le fait que les nombreux traitements efficaces, simples et bon marché qui existent contre cette maladie ont complètement été décrédibilisés dans la tête de « tout le monde » (par qui, pourquoi, comment, voilà des questions intéressantes), au point où « personne » n’en parle même plus.

Pour toute pensée radicale, nous voilà réduits à reprendre confusément le vocabulaire de l’adversaire (2ème vague, 3ème vague, 4ème vague, « distanciation sociale », confinement, dé-confinement, re-confinement, « cas positifs », vaccins, etc), pour en bidouiller quelque argumentaire critique pitoyable ou quelque contre-programme alambiqué, tout en prenant bien soin de ne surtout jamais aborder le point qui a pourtant totalement façonné la vie (ou plutôt, la mort) des pays occidentaux depuis le début de cette maladie, à savoir l’interdiction politique de prescrire des médicaments gratuits qui soignent. Et pourtant, des avis divergents existent. Et ce n’est pas comme si nous avions la chance d’avoir en France, dans le service public qui plus est, même s’il a son caractère, l’un des plus grands infectiologues au monde qui communiquent régulièrement sur le sujet ! Non, tout ça n’existe pas.

​Alors, quoi ?  Parce qu’il s’agit de maladie, de souffrance et de mort, il faudrait s’interdire d’y voir les intérêts de classe qui sont en jeu ?  Il faudrait, par peur d’être taxé de complotisme ou de confusionnisme (expérience personnelle), se laisser convaincre que le capital, subitement devenu bienveillant, aurait son pauvre petit cœur tout saignant à l’idée de gens qui meurent ? Il faudrait croire sur parole les labos pharmaceutiques lorsqu’ils prétendent que leur but est réellement de sauver des anciens qui s’éteignent en EHPAD ou des personnes fragiles qui s’étouffent en réa ?  Comme si le système qui s’est développé, qui s’est nourri, qui a prospéré de l’esclavage, du travail des enfants, de l’exploitation de la classe ouvrière, de la vente de poisons, de la guerre, du fascisme et de la destruction de la planète pourrait, d’un coup d’un seul, avoir des pudeurs de pucelle (comme dirait l’autre) à l’idée d’escamoter des traitements qui ne leur rapportent rien pour plutôt promouvoir des stratégies et des produits mortifères qui les enrichissent ?

Ce serait faire preuve de naïveté tout à fait criminelle, mais c’est surtout une trahison profonde de notre ADN politique. Tout ça pour ne pas déplaire à des riens de la pensée comme Rudy Reichstadt ou Christophe Barbier ?

Répétons-le, en bon complotiste marxien. Le capital a intérêt, un intérêt matérialiste évident et direct, sonnant et trébuchant, à enterrer les traitements gratuits et efficaces qui existent.

Or voilà … il se trouve que personne n’en parle plus. Ils ont gagné, nous avons perdu. Les gens meurent. Fin de l’histoire.

Et je fulmine.

Tout travail doit être au service de la personne et non le contraire

Devinez de qui sont ces (très justes) paroles sur le thème du travail.

(Indice : comme vous vous en doutez, il ne s’agit pas de quelqu’un qui apparait souvent sur ce blog, je dirais même que ce n’est vraiment pas le genre de la maison, car sinon, s’il s’agissait par exemple de JLM, de Pepe Mujica, de Christophe Dejours* ou de Jean-Jacques, il n’y aurait pas vraiment d’intérêt à cette devinette).

(…)

Le travail ne peut être considéré comme une marchandise ni comme un simple instrument dans la chaîne de production de biens et de services, mais, étant la base du développement, il a la priorité par rapport à tout autre facteur de production, y compris le capital.

(…) il ne faut pas exagérer la « mystique » du travail. La personne « n’est pas seulement travail » ; il y a d’autres nécessités humaines que nous devons cultiver et considérer, comme la famille, les amis et le repos. Il est donc important de se rappeler que tout travail doit être au service de la personne et non la personne au service de ce dernier, et cela implique que nous devons remettre en question les structures qui font du tort aux personnes, aux familles, aux sociétés et à notre mère la terre, ou qui les exploitent.

Quand le modèle de développement économique se base uniquement sur l’aspect matériel de la personne, ou quand il n’est au profit que de quelques-uns, ou quand il détruit l’environnement, provoque un cri, des pauvres comme de la terre, exigeant de nous une autre direction.

(…)

Nous ne voulons pas un système de développement économique qui augmente le nombre de personnes au chômage, sans toit et sans terre. Les fruits de la terre et du travail sont pour tous et doivent être partagés équitablement entre tous**. Ce thème acquiert une importance particulière en référence à la propriété de la terre, dans les zones rurales comme dans les villes, et aux normes juridiques qui garantissent l’accès à celle-ci. Et à cet égard, le critère de justice par excellence est la destination universelle des biens, dont le « droit universel à leur usage » est « le premier principe de tout l’ordre éthico-social ».

Il est pertinent de rappeler cela aujourd’hui, tandis que nous nous apprêtons à célébrer le 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, et aussi quand les droits économiques, sociaux et culturels doivent avoir une plus grande considération. Mais la promotion et la défense de tels droits ne peut se réaliser aux dépens de la terre et des générations futures. L’interdépendance entre le travail et l’environnement nous oblige à recentrer les genres d’occupation que nous voulons promouvoir à l’avenir et ceux qui doivent être remplacés ou resitués, comme peuvent l’être, par exemple, les activités de l’industrie de combustibles fossiles polluants. Un déplacement de l’industrie énergique actuelle vers une énergie renouvelable est incontournable pour protéger notre mère la terre.

Mais il est injuste que ce déplacement soit payé avec le travail et la maison des plus démunis. Autrement dit, le coût d’extraction de l’énergie de la terre, bien commun universel, ne peut retomber sur les travailleurs et leurs familles. Les syndicats et les mouvements qui connaissent la connexion entre travail, maison et terre ont à cet égard un grand apport à donner, et ils doivent le donner.

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C’est du paradis des riches … que viennent les points d’exclamation !


Ouf.

Ça y est. La période post élections municipales s’achève enfin. Quel calvaire ! Quel suspens ! Quel crescendo ! (Ouais, suite à mon dernier roman coup de cœur, j’ai décidé de rendre un nouvel hommage, toujours aussi vain mais sincère, à Upton Sinclair en utilisant dans ce billet le plus possible de points d’exclamations, contre l’avis empesé de la doxa stylistique littéraire qui préconise de n’en utiliser au contraire que très parcimonieusement)

Quel suspens, disais-je donc ! Chaque jour, sa nouvelle interrogation de fond. Le Président a-t-il entendu les Français ? Remaniement ou pas ? Entre les 2 tours ou après le deuxième tour ? Valls, Bartolone, Aubry, Royal ? Valls ou Valls ? Qui est vraiment Valls ? Qui sera éjecté du nouveau gouvernement ? Qui sera conservé ? Les écologistes resteront-ils ? Qui changera de portefeuille ? Comment vont se passer les passations de pouvoir ? Les 85 députés «  » » »socialistes »' »‘ » « rebelles » (j’ai également décidé de rendre hommage à Sébastien Fontenelle en adoptant sa résolution stylistique pour nommer le Parti Solférinien, à la seule différence que je ne mettrai moi, pour montrer mon humble filiation, que 4 paires de guillemets, là où lui en pose 5, j’espère qu’il ne m’en voudra pas trop) réussiront-ils à préserver l’intégrité du troupeau ? Que dira Valls dans son discours de politique générale ? Persévèrera-t-on dans la politique de droite ou changera-t-on de cap avec une nouvelle politique de droite ? Les députés verts voteront-ils la confiance au gouvernement ? Et les 85 « rebelles », qui vraiment, cette fois c’est sûr, en ont mais par dessus la tête de cette politique de droite, eux, voteront-ils la confiance ? Et même, l’ Assemblée Nationale devra-t-elle être dissoute ?

Avouons que la pièce a été parfaitement interprétée. Et magistralement mise en scène – il faut leur rendre ça – par nos médiacrates-scénaristes émérites. Interviews et débats avec les plus hauts dignitaires de toute la classe politique de droite, du PS au FN (et le Front de Gauche vous dites ? Hein, c’est quoi ce truc ? La gauche ? Allez, circulez y’a rien à voir), directs matinaux en duplex depuis de sombres rues parisiennes devant d’improbables portes cochères menant, tenez-vous bien, au local de permanence où Manuel Valls s’est, tenez-vous toujours bien, arraché son premier poil du cul quand il était jeune militant «  » » »socialiste » » » », doctes décryptages superficiellement profonds perpétuellement régurgités par les habituels experts auto-proclamés se nourrissant mutuellement dans une consanguinité de pensée favorisant (à toute chose malheur est bon) la dégénérescence de leur race (d’experts auto-proclamés), rien ne nous aura été épargné pour suivre, minute après minute, le néant mâtiné de rien qui se déroulait inexorablement devant nos yeux impavides.

Bien sûr, seul quelque ermite troglodyte hirsute revenant à la ville après plusieurs décennies de médiation contemplative au plus profond de la forêt domaniale de Montmorency pouvait encore se laisser prendre par cette Commedia dell’arte même si impeccablement jouée. Adoncques, aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre libéral. Valls a fait son discours de politique générale … de droite, les soi-disant « rebelles » «  » » »socialistes » » » » et écologistes ont voté comme un seul homme la confiance à la politique … de droite de Valls (1 seul vote contre – celui de Mme Isabelle Attard, bravo Madame – parmi les 279 députés «  » » »socialistes » » » » et 17 députés écolos) et le rouleau compresseur capitaliste peut donc maintenant reprendre son train-train dévastateur.

Le train-train de Poursuivre la lecture de « C’est du paradis des riches … que viennent les points d’exclamation ! »

Ze cost of ze capital for ze nuls (part two)


La semaine dernière, je vous entretenais, petits veinards que vous êtes, du coût du capital en listant le montant des dividendes qu’ont versé en 2012 les 47 plus grosses entreprises françaises cotées au CAC 40.  C’est dans ce billet que vous apprîtes donc que, par exemple et entre autres indécences modernes,

  • Chacun des 97 126 employés du groupe pétrolier TOTAL avait rapporté en 2012 plus de 54.000 € de dividendes à leurs actionnaires et maitres
  • ou que chacun des employés de SANOFI avait produit un (sur-)travail de plus de 31.000 € reversé à leurs actionnaires et maitres
  • ou plus de 21.000 € pour ceux de ORANGE et plus de 13.000 € pour ceux de Bernard Arnaud

Même s’il est vrai que dans la course rétrograde au capitalisme débridé mondialisé l’Europe et la France sont loin de faire pâle figue, à tout saigneur, tout honneur, vous m’accorderez qu’il ne pouvait être question d’aborder un tel sujet, le coût du capital vous rendez-vous compte!, sans piper mot de notre maitre historique à tous en ce domaine, considéré encore aujourd’hui par beaucoup d’apôtres du Dogme (qu’ils soient de l’Ordre des Médiacrates comme Nicolas Doze ou Christophe Barbier, ou bien encore de l’Ordre des Politocrates comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande) comme l’Exemple, l’Idéal, le Rêve, le Saint Graal au bout de la quête, j’ai nommé le régime étasunien des USA.

Afin de (tenter de) me faire pardonner ce crime de lèse-majesté, voici donc un classement US des 10 patrons US les plus avides, un Top 10 comme ils disent, publié sur un site dissident US (inequality.org) dans un article US intitulé « America’s Greediest: The 2013 Top Ten » (oh putain, 4 fois le mot US dans la même phrase, si j’ai pas la NSA au cul après ça, c’est que Snowden y’raconte que des bullshits).  Évidemment, c’est en yankee in ze text.  Attention donc, aux âmes sensibles.

N’étant pas étasunien, ni téléspectateur des émissions de téléréalité dans lesquelles il est hilarant d’éliminer un par un en cliquant prestement sur quelque touche de son iPHone 72Sgti des jeunes se dandinant, sautant, criant et massacrant Brel le regard embrumé tourné vers une brochette de jurés pénétrés de leur quête d’un sens apte à combler leur vie insipide, je n’éprouve aucun penchant particulier pour le suspens des décomptes à rebours.  Je suis donc allé directement au numéro 1, le number one, sans autre drum roll (roulement de tambour, non, mais sans dec’, vous croyez vraiment que je vais tout vous traduire comme ça!).  Et quelle ne fut pas ma surprise de ne pas y trouver … Lloyd Blankfein, le CEO (Chief Executive Officer, celle-là je vous l’avais déjà donnée, il me semble) de Goldman Sachs dont je vous ai si souvent parlé.

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Le coût du capital pour les nuls


C’est en apprenant en début de semaine l’annonce d’EADS de supprimer 5.800 postes d’ici à 2016, dont 2.600 en Allemagne et 1.700 en France, que j’ai voulu vérifier comment le géant européen de l’aéronautique se situait dans le classement des parasites (que je vous livre ci-dessous, ne vous en faites donc pas ma bonne dame).  Juste parce que j’ai mauvais fond, tout le monde le sait.

Et … bingo !  Encore un !

Ce tableau, paru le 5 décembre 2013 sur bastamag.net dans l’article d’ Ivan du Roy « Quand les actionnaires accaparent 60% des bénéfices des entreprises », liste les montants de dividendes que se sont accordés en 2012 les actionnaires des 47 entreprises (parmi les plus grosses sociétés cotées en France) étudiées par Basta ! et l’Observatoire des multinationales.

D’après ce classement, EADS a réalisé 1.228 millions d’euros (soit 1,2 milliards d’€) de résultat net et a distribué 379 millions en dividendes (soit 31% du résultat net).  La dernière colonne est intéressante (enfin, elles le sont toutes, mais la dernière présente un intérêt nouveau dans l’analyse de la prédation du capital) puisqu’elle nous indique à combien revient, par salarié du groupe, ce montant de dividendes.  En l’occurrence … 2.699 €.  Est-ce que ce chiffre est bien clair pour tout le monde ?  Hum … voyons.  Autrement dit, chaque travailleur d’EADS fait gagner 2.700 € (soit presque 2,5 SMIC net) de dividendes aux actionnaires indolents qui n’en foutent pas une, on rappelle.

Autre petit calcul rapide (et donc stupide, j’en suis bien conscient mais … je m’en fous 😉 ).  379 millions d’euros de dividendes, cela représente 65.345 € pour chacun des 5.800 postes qui vont disparaitre.  Soit 45 mois de SMIC brut.  De quoi voir venir avant de dégraisser le mammouth, non ?

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