De la prise d’otages, par Frédéric Lordon

Pour les moralistes des lustres (ceux qui se mettent en mode moraliste républicain une fois tous les lustres – tous les 5 ans – et se remettent à leur besogne de casse sociale le reste du temps), voici quelques extraits du dernier billet de Frédéric Lordon dont j’ai essayé de conserver la logique de l’argumentaire, pour expliquer mon abstention du 7 mai. #SansMoiLe7Mai

Car c’est encore lui qui l’explique le mieux.  Enfin, de manière la plus … flamboyante.  Comme d’habitude.

Sergio, j’espère que tu liras aussi, suite à notre discussion sur Facebook.

De la prise d’otages

par Frédéric Lordon

(…)

Dans le concert pour cymbales et sanibroyeurs qui tympanise le pays entier, il n’est, à quelques exceptions près, pas un instrumentiste qui n’ait une part de responsabilité, politique ou idéologique, dans la situation présente – contre laquelle il jure ses grands dieux être prêt à faire barrage de son corps (si seulement…).

(…)

On n’en finirait pas de dresser la liste des éditorialistes, des experts, des économistes à gages, des intellectuels de service, des roitelets de matinales qui, pénétrés du sentiment de leur liberté, récitent à l’année le catéchisme de l’époque – « Mais enfin vous n’envisagez tout de même pas du protectionnisme ? Mais les entrepreneurs partiront ! Mais ce sont les entreprises qui créent l’emploi ! Mais sortir de l’Europe c’est la guerre ! Mais les charges détruisent la compétitivité ! » – pour découvrir un matin, stupides et interdits, les effets réels des politiques dont ils sont les desservants. Et surtout qu’une partie croissante de la population est prête à n’importe quelle solution, fut-ce la pire, pour donner une expression à sa rage.

(…)

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Voter ou ne pas voter : on ne nait pas citoyen, on le devient

Un petit film spécialement dédié à Sydney.  Je pense que ça devrait te plaire 😉

République, vote, abstention,  élections,  démocratie,  démocratie représentative,  démocratie directe,  citoyenneté,  crise démocratique, tirage au sort, constitution, oligarchie, pouvoir, beaucoup de sujets abordés.  Où il est finalement démontré que la démocratie ne se résume pas à l’élection.

Article 2 de La Constitution Française de 1958 :

(…) Le principe de la République est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Dimanche, je me rendrai dans l’isoloir en trainant des pieds


Ou pas.

Merde, vous voyez, juste le fait de l’écrire et me voici qui replonge dans l’hésitation.

Allez, je vais tenter d’aller jusqu’au bout de ce que j’ai à dire.  Sans trembler.  Sans reculer.  Sans renoncer.  Le fait de le coucher sur le papier, ou sur l’écran de mon ordi, me permettra de mieux structurer mon raisonnement et de là, de valider ma décision.   C’est également une manière de m’auto-contraindre.  Une fois écrit, comment pourrais-je en effet me renier?  Je suis conscient que les élucubrations personnelles qui suivent peuvent ne pas intéresser grand monde.  Je ne m’offusquerai donc pas si certains préfèrent retourner au passionnant grand-débat-d-entre-les-deux-tours, comme il est maintenant convenu de nommer le rituel qui se tient en ce moment même sur l’autel cathodique, devant des millions de télé-fidèles.  Pourquoi le premier candidat a-t-il choisi une cravate de couleur bleue marine et pourquoi l’autre en a-t-il plutôt choisie une de couleur … bleue marine, est-ce que les fauteuils dans lesquels trônent et pérorent nos 2 impétrants étaient à la bonne hauteur, est-ce que la température était plutôt proche de 19° ou plutôt de 20°, quelle petite phrase assassine et savamment préparée marquera l’histoire de ce cru 2012, … Voilà les questions de fond sur lesquelles plancheront ensuite les politologues et communicants avertis (mais y a-t-il une différence?) qui pullulent dans notre presse, écrite et audiovisuelle, afin de nous éclairer le chemin vers la lumière de la décision.  Ils appellent ça un « décryptage ».

Bref, pour ma part, je tenais donc à « décrypter », pour ceux que ça intéresse,  la position je j’allais bien pouvoir adopter pour ce second tour de l’élection présidentielle:  abstention, l’abstention offensive s’entend ;-), comme je me l’étais promis et comme tous mes sens me poussent à le faire ou … l’autre, le mou, le bouchon de liège, la feuille morte, le capitaine de pédalo.

Voici.

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La République version 5.1 voulue par F. Hollande


Bien entendu, François Hollande n’a pas participé à la marche pour la 6ème république du 18 mars dernier qui a vu plus de 120 000 citoyens insurrectionnels défiler de Nation à la Bastille.  Mais faut reconnaître à sa décharge que l’initiative venait d’une organisation de gauche, le Front de Gauche.  Beaucoup trop populaire ce truc, ça ne pouvait clairement pas intéresser les aristocrates du PS.  Sur le fond, rien d’étonnant non plus.  On sait que F. Hollande de souhaite pas refonder notre république.  La 5ème république monarchique actuelle lui sied à ravir.  Il se voit déjà tellement monarque à la place du khalife!  Après toutes ces années de patience dans l’ombre de François Mitterrand, de Lionel Jospin, de Ségolène Royal, de Dominique Strauss-Kahn ou encore de Martine Aubry, il entrevoit enfin aujourd’hui la lumière que projettent sur lui les spots des instituts de propagande, médias et sondagiers confondus.

Doit-on pour autant en conclure que si, par une malheureuse occultation nationale du syndrome “Qui sème la social-démocratie récolte la droite réactionnaire” , F. Hollande était élu à la présidence de la République en mai prochain, la Constitution Française resterait inchangée ?  Eh ben non.  Justement pas.  Car lorsque l’on recolle tous les petits bouts de discours, d’interviews et de mesures programmatiques pondus par le capitaine de pédalo, on voit nettement se dessiner une nouvelle version de notre République.  La République 5.1, une sorte de république fédérale, communautarisée, qui permettrait que la loi ne soit plus la même pour tous.

Mettons de côté le fait que la plupart des dispositions dont je parle ici sont en contradiction directe avec l’article 1er de notre Constitution (rien que ça!) qui débute ainsi:

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens (…) »

Et regardons donc ça de plus près.

Avertissement: les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs exclusifs des « grands médias » traditionnels français pourraient à la lecture de ce billet souffrir de quelques troubles plus ou moins bénins, tels que des démangeaisons au niveau du thalamus cérébral, si aucune désaccoutumance graduelle n’est entreprise préalablement ;-).  En effet, ce message ne contient aucun morceau de terrorisme, ni de plan vigipirate, ni d’Al-Quaïda, ni de Mohamed Merah, ni de son père, ni de son frère, ni de sa mère, ni de ses sœurs, ni du marteau oh oh, ni de vagues déferlantes incontrôlées d’immigrants le couteau entre les dents, ni même de « musulmans d’apparence« .   Ce message est « La France a peur » free.

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