Petits rappels en ce jour de vote

La volonté générale est toujours droite & tend toujours à lʼutilité publique: mais il ne sʼensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pois toujours: jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe; & cʼest alors seulement quʼil paraît vouloir ce qui est mal. Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous & la volonté générale: celle-ci ne regarde quʼà lʼintérêt commun, lʼautre regarde à lʼintérêt privé, & nʼest quʼune somme de volontés particulières.

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Par quelque côté quʼon remonte au principe, on arrive toujours à la même conclusion; savoir, que le pacte social établit entre les citoyens une telle égalité quʼils sʼengagent tous sous les mêmes conditions, & doivent jouir tous des mêmes droits. Ainsi par la nature du pacte, tout acte de souveraineté, cʼest-à-dire tout acte authentique de la volonté générale oblige ou favorise également tous les citoyens, en sorte que le Souverain connaît seulement le Corps de la nation & ne distingue aucun de ceux qui la composent. Quʼest-ce donc proprement quʼun acte de souveraineté? Ce nʼest pas une convention du supérieur avec lʼinférieur, mais une convention du Corps avec chacun de ses membres: convention légitime, parce quʼelle a pour base le contrat social; équitable, parce quʼelle est commune à tous; utile, parce quʼelle ne peut avoir dʼautre objet que le bien général; & solide, parce quʼelle a pour garant la force publique & le pouvoir suprême.

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De lui-même le peuple veut toujours le bien, mais de lui-même il ne le voit pas toujours. La volonté générale est toujours droite, mais le jugement qui la guide nʼest pas toujours éclairé. Il faut lui faire voir les objets tels quʼils sont, quelquefois tels quʼils doivent lui paraître, lui montrer le bon chemin quʼelle cherche, la garantir des séductions des volontés particulières, rapprocher à ses yeux les lieux & les temps, balancer lʼattrait des avantages présens & sensibles, par le danger des maux éloignés & cachés. Les particuliers voient le bien quʼils rejettent; le public veut le bien quʼil ne voit pas.

(…)

selon le pacte fondamental, il nʼy a que la volonté générale qui oblige les particuliers, & quʼon ne peut jamais sʼassurer quʼune volonté particulière est conforme à la volonté générale, quʼaprès lʼavoir soumise aux suffrages libres du peuple.

Jean-Jacques Rousseau
Du contrat social
1762

Il est temps

J’ai beaucoup hésité à prendre le clavier.  La campagne a été longue, soutenue, tendue et franchement, je ne vous en voudrais pas si, vous laissant aller à une saine envie de déconnexion, vous décidiez de ne pas lire ce billet.  Moi-même, en cet instant où je m’élance à taper ses premiers mots, je sais que je vais avoir au moins autant de mal à l’écrire que vous à le lire.  D’ailleurs, peu importe que vous le lisez ou pas car de toute manière, vous savez déjà ce qu’il y a dedans et vous n’y apprendrez donc probablement rien de nouveau.  Alors pourquoi se faire chier, me demanderez-vous grivoisement ?

Il ne s’agit pas, bien sûr, de vainement tenter de retourner à la dernière minute ceux qui ont déjà fermement arrêté leur intention de vote.  Il est temps d’admettre qu’on ne peut plus grand chose pour tous ceux qui ont décidé de voter pour un des « candidats réalistes », Macron, Fillon, Le Pen ou je ne sais quel autre Hamon, et si, à Dieu ne plaise, leur volonté devait finalement l’emporter le 7 mai, soyez assurés que je n’aurai alors de cesse que cette volonté glacée s’applique le plus rapidement et le plus complètement à leurs enfants et petits-enfants (qui sauront apprécier, j’en suis sûr, la vie qu’on leur aura ainsi façonnée).

 

Non, si j’écris ce billet, c’est tout benoitement Poursuivre la lecture « Il est temps »

Baromètre des intentions de vote : le raz-de-marée annoncé

Personne ne sait vraiment comment fonctionne ce baromètre, peut-être même pas ses concepteurs.  Mais comme beaucoup de monde le citait souvent, avant, quand Mme Lepen et M Macron flottait sur leur petit nuage, autant vous montrer sa toute dernière édition, toute chaude, d’aujourd’hui 16 avril, dans laquelle M Mélenchon passe devant Macron et se retrouve second à moins d’un point de Mme Lepen :

Selon les éditeurs du baromètre, cet outil « tente de déterminer les intentions de vote en temps réel à partir des citations exprimées au sujet de chaque candidat sur Internet (réseaux sociaux, etc.). Les citations à connotation positive ont un poids plus important que les citations à caractère neutre.  Servez-vous du baromètre davantage pour suivre de grandes tendances que pour obtenir des scores au dizième près. »

Quant aux tendances, je crois qu’il n’y a pas photo.  La déferlante FI emporte tout.

Tout ça commence à sentir très bon, je trouve, la même légère fragrance qu’au printemps 2005 et le referendum sur le TCE.

Présidentielle 2017 : temps d’antenne CSA

Bien, après ces folles semaines de février, regardons de plus près, si vous le voulez bien, les temps d’antenne des candidats transmis au CSA par les principales chaînes de télévision et de radio.

Je sais que je vais me faire agresser par tous les suppôts d’Asselineau, de Dupont-Aignan ou bien encore de Charlotte Marchandise, mais je n’ai malheureusement (ou heureusement finalement) que 2 bras (et ils sont pas longs), 10 doigts (et ils servent pas tous pour taper au clavier) et 2 jours de repos par semaine (et je n’ai pas le job de Mme Fillon).  J’ai donc dû réduire mon étude aux 5 « principaux » candidats (Mélenchon, Hamon, Fillon, Macron et Le Pen), à 3 chaines de télé généralistes (TF1, France2 et France 3), 4 chaines d’info en continu (BFM, Itélé, LCI et FranceInfo) et plusieurs stations de radio.  En outre, je ne me suis intéressé qu’aux pourcentages totaux de temps d’antenne des candidats, c’est à dire le pourcentage de temps d’antenne que chaque chaine a accordé à chacun des candidats (la somme de tous ces pourcentages pour chaque chaine doit donc faire 100%, bon, là, en fait, ça fera un peu moins de 100% vu que je n’ai pris que 5 candidats, c’est clair ?).

Dernière précision, le temps d’antenne comprend le temps de parole d’un candidat, les interventions de soutien à sa candidature et l’ensemble des séquences qui lui sont consacrées, si celles-ci ne lui sont pas explicitement défavorables.

Tous les chiffres sont extraits des relevés du site du CSA pour la période du 1er au 26 février 2017.

La distorsion Fillon

Alors, clairement, le mois de février a été le mois des turpitudes Fillon and Co.  En gros, pendant un tiers de leur temps d’antenne, TOUTES les chaines audiovisuelles nous ont cassé les bonbons avec les embrouilles Fillon.  Il est donc « naturellement » très largement en tête sur TOUS les médias étudiés :

Une mention spéciale à la chaine d’info en continu FRANCEINFO qui a consacré presque la moitié (43%) de son temps d’antenne sur les présidentielles à Fillon et sa famille mafieuse.

Vivement qu’il aille au trou celui-là et qu’il disparaisse dans les poubelles de l’histoire pour qu’on puisse reprendre le fil normal d’une campagne électorale. Poursuivre la lecture « Présidentielle 2017 : temps d’antenne CSA »