Les rouages de l’évasion fiscale dans la lutte des classes

Rencontre avec Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues, autour de leur nouveau livre, «Tentative d’évasion (fiscale)», paru aux Editions Zones-La Découverte, et David Leloup, journaliste indépendant et réalisateur du film «L’homme qui voulait détruire le secret bancaire» (A Leak in Paradise).

Dans cette nouvelle émission «Regards», Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et David Leloup démontent les rouages de l’évasion fiscale et ses enjeux politiques. Depuis les plages paradisiaques des îles Caïman jusqu’au cœur de nos États où s’organise la fraude à grande échelle, ils mettent en lumière le cynisme et la cupidité des plus riches, mobilisés pour accumuler toujours plus d’argent… sur le dos des peuples.

Une émission proposée par la FGTB wallonne & produite par le CEPAG.

Réalisation: Yannick Bovy – Octobre 2016 – 29’30.

A voir également en ligne sur
www.fgtb-wallonne.be
www.cepag.be

Lenglet, Mélenchon et Morales

Juste un petit mot sur la dernière émission (ouf, Pujadas va peut-être enfin s’adonner à temps plein à la pêche à la mouche ou au perfectionnement des graphiques sous Excel) de « Des Paroles et Des Actes » (DPDA) d’hier soir que j’ai regardée dans son intégralité.  M. Mélenchon en était l’invité (ceci explique peut-être cela😉 ) et, compte tenu de ce qui suit, s’en est très bien sorti, me semble-t-il.

Car l’émission a parfaitement collé à ce à quoi je m’attendais.  On aurait dit que j’en avais écrit le script au préalable.  Coups fourrés, coupures incessantes, harcèlements perpétuels, propagande éhontée sous couvert de questionnement « journalistique », débats sans queue ni tête (surtout celui avec Emmanuel Cosse qui, clairement, n’était pas venue pour débattre mais pour tenter de justifier – aux yeux de qui on se le demande bien ? – sa dernière pitoyable traitrise) avec des opposants en bois et bien sûr mépris de caste à peine dissimulé de la part de toute l’équipe des médiacrates endimanchée.  En fait, la partie la plus intéressante, a probablement été, à mes eux, le débat avec M. Gérald Darmanin, député maire de Tourcoing et membre de LR, un mec de droite donc, mais non sans culture😉 quoi qu’un tantinet cabot.

Je passe rapidement sur les mini-débats (qui n’en furent pas, comme on pouvait s’y attendre) avec ce que la rédaction de France2 a présenté comme deux Français « ordi­naires », Djibril Bodian, un arti­san boulan­ger de la capi­tale, et Céline Imart, une agri­cul­trice exploi­tante, et qui au final s’avèrent ne pas être du tout des « français ordinaires » puisque le premier est … boulan­ger de l’Ély­sée, et la seconde, diplô­mée de Sciences Po et de l’Es­sec, et s’était essayée à la finance inter­na­tio­nale avant de devenir … vice-prési­dente du syndi­cat agri­cole des Jeunes Agri­cul­teurs (pas vrai­ment le profil le plus repré­sen­ta­tif du monde agri­co­le).

Mais j’en viens rapidement au sujet de mon billet.  L’altercation (qui débute à 49’43) entre M. Mélenchon et M. Lenglet, le soi-disant (et prétendu) monsieur économie à la mode sévissant depuis le service public jusqu’aux tréfonds des plateaux BFMiens, et sa complice de torture oligarchique,  l’aboyante Saint-Cricq, celle qui veut « repérer » et « traiter » les non-charlies, vous vous souvenez ?  En voici une transcription après que M. Lenglet a traité avec un aplomb effarant Evo Morales, président de la Bolivie, de corrompu  :

M. Mélenchon : Pesez vos mots M. Lenglet !  Vous êtes sans doute plus corrompu que ne le sera jamais M. Morales !  Pesez vos mots, hein !

M. Lenglet : Je vous demande de retirer cela immédiatement !

M. Mélenchon : Alors vous, vous retirez ce que vous venez de dire sur Evo [Morales] !

M. Lenglet : Je ne retire rien du tout.

M. Mélenchon : Vous avez une preuve ?  Vous êtes capable de dire … vous traitez M. Morales, président de la Bolivie, de corrompu ?  Vous, M. Lenglet ! (hilare)

M. Lenglet : La petite amie de M. Morales, qui est la mère de son fils, a bénéficié de 500 millions de dollars de commandes publiques ! (scandant sa phrase au rythme de son petit poing battant l’air pour mieux marquer son indignation, je suppose) …

Le ton de Lenglet était ferme, posé, ne laissant transparaitre aucune hésitation.  Franchement, à vous faire douter …

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Accord de Paris : en image (ou pas)

Hier, je vous donnais mon sentiment sur le fameux Accord de Paris issu de la COP21.

Pour résumer, le compte n’y est pas.  Il est même très loin d’y être.  Les (futurs?) signataires de l’accord se donnent en effet comme ambition de limiter globalement le réchauffement planétaire à 2°C (oublions la galéjade des 1,5°C) grâce à des réductions drastiques de consommation d’énergie carbonée … que chacun s’engage à faire individuellement (le tout dans le cadre intangible de la compétition économique mondiale – libre et non faussée comme il se doit – imposée par l’OMC) … et ils reconnaissent en parallèle que (page 4) leurs engagements actuels (les INDC) ne sont pas compatibles avec ce scénario.

Je voulais complémenter ce billet avec quelque chose de plus concret, de plus tangible, de plus visuel, pour que chacun puisse mieux se représenter de quoi on parle.  Voici donc 2 petites infographies très simples qui, je l’espère, vous aideront.

Tout d’abord, d’où partons-nous ?

Où l’on voit que, pétrole, gaz et charbon représentent environ 86% de la consommation d’énergie mondiale, et que cette fraction n’a pratiquement pas évolué depuis 1997.

Et où veut-on aller (pour atteindre l’objectif annoncé de rester en dessous des +2°C) ?

Pour répondre à cette question, voici une infographie qu’on ne pourra pas taxer de sectarisme primaire puisqu’elle provient … d’un climatosceptique US, le Dr. Roger Pielke Jr. de University of Colorado (je ne fournis pas de lien vers son comte Facebook volontairement, si vous y tenez, faites une recherche Ixquick😉 ) :

Où il est annoncé que, pour tenir l’objectif de l’Accord de Paris, les sources d’énergie non carbonées devront passer de 14% à … plus de 90% au milieu de la deuxième moitié du 21ème siècle.  (Et tout ça en réduisant aussi le nucléaire qui, même s’il ne produit pas de gaz à effet de serre, reste un immense problème écologique pour les générations à venir).

Voilà, voilà … instructif, nan ?

Accord de Paris : qu’en penser ?

Nuit d’angoisse … suspens insoutenable … rebondissements de dernière heure … on se serait cru à une tournante de l’Eurogroupe s’acharnant sur la Grèce.

Mais, c’est bon.  La COP21 a accouché d’un bel accord en parfaite santé qui pèse 39 pages et mesures 29 articles.  Les parents sont très heureux :

Vive la planète, vive l’humanité et vive la vie.  On dirait du BHL tellement c’est beau.  Ou peut-être du Michel Drucker.

Ainsi, pendant que les français votaient régionalement pour les Pen, la Pen maximum, la tante, et la Pen de substitution, la nièce, je lisais l’historique Accord de Paris (c’est l’épithète homérique incontournable de ce que j’ai pu voir).  Le voici.

Et puisque vous insistez, si, si, je le vois bien, je vais vous donner mon avis.

Pour les organisateurs de la COP, cet accord marque un tournant vers un nouveau monde.  Rien que ça.  Il confirme (Art. 2) l’objectif de maintenir le seuil d’augmentation de la température au dessous de 2°C.  Les scientifiques considèrent que des grands risques existent en effet au-dessus de cette température.  L’accord se fixe même pour la première fois de tendre vers 1,5°C d’augmentation, afin de permettre la sauvegarde des États insulaires, les plus menacés par la montée des eaux.  Certains, parait-il, auraient même tenté de parler de renverser la courbe en voulant inscrire comme objectif un … refroidissement des températures (ces hurluberlus ont été discrètement éconduits de l’assemblée).

Bon, ça, c’est l’objectif.  La méthode ?  C’est la même que celle mise en place par le gouvernement français pour le CICE.  Chaque Partie, ou chaque pays si vous préférez, (Art. 4) « établit, communique et actualise les contributions déterminées au niveau national successives qu’elle prévoit de réaliser (des INDC, pour Intended nationally determined contributions, que ça s’appelle).  Les Parties prennent des mesures internes pour l’atténuation en vue de réaliser les objectifs desdites contributions. »  De la même manière, le MEDEF avait, on s’en souvient, annoncé un objectif de création d’un million d’emplois contre son chèque annuel de 20 milliards d’euros.  On connait le résultat.

Voilà.  Tout est là.  C’est le cœur du machin.  Les INDC !  Des contributions, décrivant des objectifs de réduction des gaz à effet de serre et des plans d’actions associés, déterminées individuellement par chacun des états.  Chaque Partie communiquera sa contribution déterminée au niveau national (INDC) tous les cinq ans à partir de 2020.  Elles seront centralisées et consolidées mondialement par l’ONU sur son site dédié du CCNUCC.  Et (Art. 14), la Conférence des Parties (la COP) fera périodiquement le bilan de la mise en œuvre du présent Accord afin d’évaluer les progrès collectifs accomplis dans la réalisation de l’objet du présent Accord et de ses buts à long terme.  Le premier bilan mondial est prévu en … 2023.

C’est ça l’accord historique.

Quant au financement, comme d’hab (Art. 9) : « les pays développés fourniront les ressources financières pour venir en aide aux pays en développement ».  Probablement sous la forme de prêts bien juteux assortis de Plans d’Ajustement Structurels ou de mémorandums dont seuls le FMI, la Banque Mondiale ou l’Union Européenne ont le secret.  Ce point n’est pas abordé dans l’Accord.

Bon, là où on est rassuré quand même, c’est quand on lit que (Art. 4) « les pays développés continueront de montrer la voie ».  Ouf, me voilà tranquillisé, moi qui craignais que ces grands fous aient l’idée saugrenue de prendre quelque distance par rapport au capitalisme.  Imaginez un peu en effet une écologie à la Gorz.  Brrr.

Le summum est atteint quand on apprend (Art. 7) que, pour que ça fonctionne, « les Parties devraient intensifier leur coopération ».  Intensifier notre coopération mondiale !  Tout ça en respectant la sacro-sainte compétition libre et non faussée, s’entend.  Hum, j’attends de voir.

Pour finir sur une note d’humour, sachez que cet accord sera … ouvert à la signature (ah bon, je croyais benoitement que c’était ce qui venait de se passer à Paris, comme quoi, j’avais pas tout compris) au Siège de l’Organisation des Nations Unies à New York du 22 avril 2016 au 21 avril 2017 (Art. 20) et qu’il entrera « en vigueur le trentième jour qui suit la date du dépôt de leurs instruments de ratification, d’acceptation, d’approbation ou d’adhésion par 55 Parties à la Convention qui représentent au total au moins un pourcentage estimé à 55 % du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre » (Art. 21).  Z’avez compris ?  Je traduis au cas où.  L’Accord sera ouvert à la signature des pays pendant 1 an à partir du 22 avril à New York, et pour qu’il entre en vigueur il faudra qu’une double condition soit satisfaite : 55 pays représentant au moins 55% des émissions devront avoir ratifié l’accord.  C’est pas vraiment plié, tout ça, me semble-t-il.

Et, pompon sur le gâteau aux cerises, après l’entrée en vigueur de l’accord, les pays participants pourront s’en retirer, sur simple notification, avec un préavis d’un an (Art. 28).  Imaginons.  Imaginons que les USA signent réellement ce texte en avril (n’oublions pas qu’ils n’ont jamais ratifié le protocole de Kyoto) et que l’autre débile profond de Trump remporte les élections l’année prochaine.  Que pensez-vous qu’il va faire une fois élu, sachant que plus de 50% de la population étasunienne , et 100% de son électorat (dont les ineptes coal runners), ne croit toujours pas au réchauffement climatique d’origine humaine mais croient par contre dur comme fer, que Dieu a créé le monde en 7 jours à partir de poussière céleste et de salive divine, que leur pays est une nation élue de Dieu servant de phare à l’humanité, que l’Irak détenait des armes de destruction massive et était impliqué dans les attentats du 9/11, que la sécurité sociale est une œuvre de Satan, que Obama est un socialiste marxisant et Hollande un bolchévique révolutionnaire, que Burgandy est la capitale de l’Espagne, ou du Danemark, ou de Suisse, enfin bref, d’un quelconque pays d’Asie mineure et que Dark Vador est le père de Poutine (je ne suis pas un adepte de la série mais il me semble que ça ferait du coup de Poutine le frère de Luke-la-force-soit-avec-lui-amen, non ?).   Je dirais qu’on est pas rendu.

Je voudrais terminer par le point n°17 noyé en page 4 du document :

17. [La COP] note avec préoccupation que les niveaux des émissions globales de gaz à effet de serre en 2025 et 2030 estimés sur la base des contributions prévues déterminées au niveau national [INDC] ne sont pas compatibles avec des scénarios au moindre coût prévoyant une hausse de la température de 2 °C, (…) et note également que des efforts de réduction des émissions beaucoup plus importants que ceux associés aux INDC seront nécessaires pour contenir l’élévation de la température de la planète en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels.

En résumé, les INDC actuels déposés pour cette conférence de Paris (ici) ne sont pas compatibles avec le scénario des 2°C et nécessiteront donc des efforts considérables pour leur prochaine présentation.  Va donc falloir attendre la COP22, ou la 23, ou la 48 …  Et pendant ce temps, ça chauffe.

Alors, un succès cette COP21 ?

Ou un leurre.  Encore une fois, j’ai ma petite idée, mais il est vrai que je ne suis qu’un sale con pessimiste et que donc ça compte pas.

Ah oui, dernière petite chose, quelqu’un pourrait-il me traduire le paragraphe d’anthologie ci-dessous sur lequel j’ai passé déjà bien trop de temps.  Article 2, alinéa 2, page 24 :

Le présent Accord sera appliqué conformément à l’équité et au principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives, eu égard aux contextes nationaux différents.

Rapport sur le crash du vol MH17 : comme disait mon ami Jean-Jacques …

« Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe, et c’est alors seulement qu’il paraît vouloir ce qui est mal. »
Du contrat social, Chapitre III « si la volonté générale peut errer »,
Jean-Jacques Rousseau, 1762

Je reste encore quelquefois abasourdi (innocent que je suis) par le niveau qu’a atteint de nos jours la propagande médiatique, en toute impudeur, en toute irresponsabilité, en toute impunité.  Encore un exemple tout récent.

Cette semaine, les enquêteurs du Bureau néerlandais pour la sécurité (OVV) ont rendu leur rapport tant attendu sur le crash du vol MH17 au dessus de l’est de l’Urkaine.

Le jour même, la déferlante nous submergeait.

Dans la presse de référence française :

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Cartes postales de Grèce

Me voici de retour de Grèce.  De la Grèce continentale, profonde.  Péloponnèse, Épire, Attique, Pélion.  Une Grèce moins touristique bien sûr qu’Athènes, la Crète, Mikonos ou les autres îles.

Quelles cartes postales rapporter ?  Les familles de réfugiés en quête d’une vie à peu près normale ? Nous ne sommes pas allé sur les îles et nous n’en avons pas vu (pourtant, en Épire, les frontières Albanaise ou Macédonienne, frontières vers le reste de l’Europe, n’étaient qu’à quelques dizaines de kilomètres).  La misère et son lot de malheureux en haillons sans le toit ?  Franchement (et heureusement), nous n’en avons croisé que très peu, mais encore une fois, nous ne sommes pas allés dans des grandes villes comme Athènes ou Thessalonique.  Les pierres qui racontent, inusables, leur mythologie ?  La mer qui arbore, imperturbable, l’intégralité de la palette des bleus (et une constante température à peine inférieure à celle du corps humain) ?  Nul besoin de ce blog, il suffit d’ouvrir un guide touristique.

Non, je voudrais vous proposer trois images un peu différentes. Lire la suite