Les rouages de l’évasion fiscale dans la lutte des classes

Rencontre avec Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues, autour de leur nouveau livre, «Tentative d’évasion (fiscale)», paru aux Editions Zones-La Découverte, et David Leloup, journaliste indépendant et réalisateur du film «L’homme qui voulait détruire le secret bancaire» (A Leak in Paradise).

Dans cette nouvelle émission «Regards», Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et David Leloup démontent les rouages de l’évasion fiscale et ses enjeux politiques. Depuis les plages paradisiaques des îles Caïman jusqu’au cœur de nos États où s’organise la fraude à grande échelle, ils mettent en lumière le cynisme et la cupidité des plus riches, mobilisés pour accumuler toujours plus d’argent… sur le dos des peuples.

Une émission proposée par la FGTB wallonne & produite par le CEPAG.

Réalisation: Yannick Bovy – Octobre 2016 – 29’30.

A voir également en ligne sur
www.fgtb-wallonne.be
www.cepag.be

Les ordres 2016 de l’UE à la France, orgie néolibérale habituelle

Avant, chaque année depuis leur instauration en 2011, je les traduisais, les analysais, les commentais …

Mais ça, c’était avant.  Avant que je me rende compte, tout à mon affliction, que tout le monde s’en battait les tuuuut, en fait.  Je veux parler des recommandations de réformes que la Commission Européenne (sous le masque translucide du Conseil Européen) se permet de donner à chacun des 28 membres de l’Union, en sa qualité de … ben de j’sais pas quoi en fait, dans le cadre de la fameuse procédure du « Semestre Européen » dont je vous ai si souvent parlé.  Ainsi, en 2011 année de la création du triste semestre, puis en 2012 et finalement en 2013.

Et puis ce weekend, je suis encore tombé sur des gens (je ne me suis pas fait mal, ne vous inquiétez pas), fort bien intentionnés au demeurant, qui ne semblaient pas vraiment se rendre compte que les actes politiques d’aujourd’hui (tiens, comme le projet de loi El Khomri), sont les conditions d’existence de demain, ou, translatées dans le temps, que les décisions politiques d’hier sont notre environnement d’aujourd’hui.  La dialectique matérialiste toussa-toussa …

Ainsi, le Semestre Européen d’hier (ou le TSCG puisque le Semestre est maintenant intégré au TSCG) autorisent la Commission Européenne a dicté ses recommandations de réformes aux nations de l’UE.  Et le TAFTA (ou TTIP) d’aujourd’hui permettra, s’il est signé, à la société Coca-Cola (par exemple) d’obtenir des dommages et intérêts faramineux de la part de l’État français (c’est à dire, nous) si ce dernier s’obstine à vouloir maintenir (par exemple) un rétrograde salaire minimum en France, l’empêchant ainsi de réaliser les bénéfices auxquels elle pourrait raisonnablement s’attendre si on pouvait payer ces gueux à 1 € de l’heure comme dans tout bon pays civilisé.

Bref, j’ai lu les recommandations 2016 de la Commission concernant la France.  On peut trouver le document, bien à sa place, au milieu du tableau contenant également les 27 autres listes de recommandations nationales.  Et force est de constater que les commissaires passent (avant c’était Barroso le Commissaire en Chef, aujourd’hui c’est Juncker) mais les recommandations persistent, toujours les mêmes, inébranlables, intransigeantes, obstinées, glaçantes, impitoyables (cruelles) et pitoyables (risibles) à la fois.  Devant un tel aveuglement dogmatique radicalisé, je n’ai pu résister à l’envie de vous les faire partager encore une fois.

Mais, comme évidemment rédigées en novlangue européolibérale, elles nécessitent une traduction minimum afin d’être mieux digérées des néophytes pas très au fait des belles choses de cette Union qui nous protège (mais de quoi ? faudra bien qu’un jour on se pose la question quand même).

Un petit document, d’à peine 8 pages.  Dense.  Un splendide concentré d’homélie ultralibérale, un inventaire à la Prévert d’exhortations prosélytes au dieu Compétitivité (amen).

Le sermon commence, comme il se doit, par les « considérants ».  Que je vous ai traduits :

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Ken Loach : « Comment voulez-vous ne pas être en colère ! »

Deux extraits de « I, Daniel Blake » le dernier film de Monsieur Ken Loach et nouvelle Palme d’Or Cannes 2016 :

Mais les sociaux-démocrates n’ont jamais été de gauche ! Pour moi ils ont toujours été de droite, d’une façon ou d’une autre. De droite extrême ou modérée. Mais jamais de gauche. Blair n’était pas un homme de gauche, Brown n’était pas un homme de gauche. La guerre impérialiste en Irak à laquelle nous avons participé, ce n’est pas la gauche, c’est la droite dure ! Pour les sociaux-démocrates, la première priorité est que le patron fasse des profits. Avant tout le reste. Pour moi la vraie gauche doit se distancier au maximum des sociaux-démocrates et mettre la défense des travailleurs en tête de ses priorités. »  Ken Loach, Cannes 2016

Monsieur Ken Loach, pour les sauvages qui ne le connaitraient pas, c’est un engagement humaniste constant, la fidélité et la lutte, le politique au cœur du quotidien, c’est plus de 20 films réalistes et touchant, un regard implacable et fin sur notre société capitaliste et ses ravages, un récit « vu d’en bas » de l’histoire du vingtième siècle de la Grande Bretagne (une histoire populaire de la Grande Bretagne aurait dit Howard Zinn), c’est la dénonciation intelligente de la vulnérabilité des plus démunis, c’est aussi le rouge de Manchester, ses banlieues industrielles, ses fish & chips et ses équipes de foot (enfin, surtout United) …  Un bel homme de gauche.  Voici, une (très) petite rétrospective (à peine 1 minute) de quelques uns de ses films, réalisée en 2012 lorsqu’il a reçu le 4e Prix Lumière au festival Lumière 2012 à Lyon :

« J’ai entendu parler de votre ministre de l’Economie, oui. Et je crois que ce qu’on voit dans le film est inévitable si on ne continue pas à se battre. Vous savez, c’est quelque chose qui est à l’œuvre à travers toute l’Europe, à différents stades. Depuis 40 ans, la Grande-Bretagne est le pays qui applique les préceptes du néo-libéralisme de la façon la plus agressive. Depuis Margaret Thatcher, nous sommes ceux qui avons lancé les premiers la privatisation de l’industrie et des services publics. Des politiques qui ont entraîné la destruction de l’Etat-providence et de ses bienfaits pour les citoyens. Aujourd’hui, c’est l’Union européenne qui pousse en faveur de ces décisions qui favorisent les profits des grandes corporations. On voit le résultat en Grèce… Et ne vous trompez pas : ça va vous arriver aussi en France ! »  Ken Loach, Cannes 2016

Son film « The Spirit of ’45 » explique tout ce que l’équivalent de notre CNR outre-Manche avait mis en place à la sortie de la guerre et que les « réformes » néo-libérales (comme la loi El Khomri)  détruisent peu à peu depuis les années Thatcher dans tous les pays occidentaux (à divers stades d’avancement, ou plutôt de régression) :

« [Blair hier et Hollande aujourd’hui] estiment qu’être de gauche, c’est se mettre au service des entreprises pour qu’ils fassent des profits. Et que si à la fin on peut laisser un euro aux pauvres, c’est suffisant. Ce qu’ils oublient, c’est que le profit réclame des travailleurs mal payés, des taxes les plus faibles possibles et des compagnies privées qui contrôlent tout. Les sociaux-démocrates veulent peut-être faire le bien. Mais face à la loi du marché, c’est perdu d’avance. »  Ken Loach, Cannes 2016

Monsieur Ken Loach reçoit donc sa (deuxième) palme d’or pour son film « I, Daniel Blake » à Cannes ce weekend :

« Le drame le plus terrible, c’est la faim. Avec Paul, nous sommes allés à Nuneaton, ma ville de naissance, dans les Midlands. Nous avons rencontré un jeune homme qui faisait des petits boulots, ici et là. Il habitait dans une petite chambre, financée par une association de charité. Il avait pour seul mobilier un matelas sur le sol et un vieux réfrigérateur… On a ouvert la porte et il n’y avait rien dedans. On lui a demandé pendant combien de temps il lui arrivait de ne pas manger et il a dit : « quatre jours, la semaine dernière ». Il avait 19 ans, il aurait pu être mon petit-fils, et il n’avait pas mangé pendant quatre jours ! » Ken Loach, Cannes 2016

Standing ovation pour Monsieur Ken Loach.  Tout le gratin Cannois debout, la larme à l’œil, le papillon de guingois et la robe fendue, qui applaudit notre vaillant révolutionnaire socialiste octogénaire et qui pourtant, n’en doutons pas, dès les prochaines élections s’empressera de retourner bien vite au bercail droitier en votant pour un Hollande ou un Sarkozy, un Valls ou un Juppé, un Macron ou un Lemaire, un Montebourg ou une Kosciusco-Morizet, bref l’un quelconque des innombrables thuriféraires du système que dénonce précisément Monsieur Ken Loach depuis des décennies.  « Parce qu’il est bien gentil, le Ken, mais faut pas déconner, l’est quand même un p’tit peu trop rouge à not’goût. »

« Disons que je suis en colère au nom des autres. Regardez, nous sommes assis ici à Cannes, face aux yachts de milliardaires. Quelle ironie bizarre… Mais comment voulez-vous ne pas être en colère devant les choses que je vous décris ? J’espère transmettre ce sentiment à travers mon film. »  Ken Loach, Cannes 2016

Merci Monsieur Ken Loach.

(Interview source des citations de Ken Loach)

Les noms français de cette « Europe qui nous protège »

Hier, le Parlement européen a accordé sept années d’empoisonnement légal supplémentaire à Monsanto et ses désherbants au glyphosate.   Aujourd’hui, il a organisé le fichage de tous les passagers des avions avec son PNR.

Et aujourd’hui également, il a rendu encore plus difficile (si c’était possible) le rôle des lanceurs d’alerte en adoptant la directive « secret des affaires » qui protège les entreprises… contre les lanceurs d’alerte, les journalistes d’investigation, les syndicalistes ou les salariés.

Comme l’explique la délégation Française du groupe GUE-NGL au Parlement européen dans son Communiqué :

« Les défenseurs de ce texte arguent qu’il permettrait aux petites entreprises de défendre leurs processus de production et leurs inventions face aux grandes multinationales. Dire cela, c’est être en dehors des réalités du système financier mondialisé. Ce texte ne bénéficiera justement qu’aux grands groupes désirant utiliser les secrets d’affaires pour contourner les législations et garde-fous sanitaires et sociaux mis en place par les États membres. Les artisans, les PME n’ont en réalité rien à y gagner.

De lourds précédents existent. Aux États-Unis, les produits chimiques toxiques utilisés pour l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste ne peuvent être rendus publics car ils sont justement classés « secrets d’affaires ». Antoine Deltour, qui a révélé le scandale Luxleaks, est désormais inquiété par la justice du Luxembourg, car ce qu’il a révélé était « légal ». Et lorsque sortent les « Panama Papers », Mossack Fonseca, le cabinet d’avocat panaméen responsable de cette fraude sans précédent à l’impôt, se permet de menacer  de poursuites les journalistes qui relayent l’information, justement au nom du secret d’affaire.

(…) ce texte refuse de clairement protéger les lanceurs d’alerte si utiles à nos sociétés, fait peser une menace sur le droit à l’information, à l’action des syndicalistes et la mobilité des travailleurs. »

Le même argumentaire à la façon, beaucoup plus drôle, il faut bien l’avouer, de Nicole Ferroni :

Qui a voté cette saloperie ?

Quand on regarde les détails,

on se rend compte que toute la droite européenne (ce super-méga-groupe composé des groupes parlementaires dits « populaires », « libéraux », « démocrates », « socialistes » et « nationalistes ») étaient favorables à l’adoption de cette directive.

Je vous passe les détails des votes pour les groupes EPP et ALDE qui ont bien sûr tous voté POUR, à 2 exceptions près qui … n’ont pas voté (ils étaient aux toilettes au moment du vote, c’est ballot).

Pour en arriver rapidement à ça :

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Cartes postales de Grèce

Me voici de retour de Grèce.  De la Grèce continentale, profonde.  Péloponnèse, Épire, Attique, Pélion.  Une Grèce moins touristique bien sûr qu’Athènes, la Crète, Mikonos ou les autres îles.

Quelles cartes postales rapporter ?  Les familles de réfugiés en quête d’une vie à peu près normale ? Nous ne sommes pas allé sur les îles et nous n’en avons pas vu (pourtant, en Épire, les frontières Albanaise ou Macédonienne, frontières vers le reste de l’Europe, n’étaient qu’à quelques dizaines de kilomètres).  La misère et son lot de malheureux en haillons sans le toit ?  Franchement (et heureusement), nous n’en avons croisé que très peu, mais encore une fois, nous ne sommes pas allés dans des grandes villes comme Athènes ou Thessalonique.  Les pierres qui racontent, inusables, leur mythologie ?  La mer qui arbore, imperturbable, l’intégralité de la palette des bleus (et une constante température à peine inférieure à celle du corps humain) ?  Nul besoin de ce blog, il suffit d’ouvrir un guide touristique.

Non, je voudrais vous proposer trois images un peu différentes. Lire la suite

Viol sordide à Bruxelles

Le weekend dernier, sous l’œil excité des grands médias européens,, un ignoble viol collectif s’est déroulé au tréfonds d’une abjecte cave bruxelloise.  La victime de cette traumatisante tournante, la Grèce, a dû endurer pendant plusieurs heures interminables les assauts incessants de ses agresseurs voraces, les « institutions européennes ».  Cette bande de petites frappes criminelles bien connue des services de police démocratique, fait régner depuis plusieurs années la terreur austéritaire chez tous les peuples d’Europe sous la houlette de leur cruel meneur, le gouvernement Allemand.

Un « accord » non désiré a été engendré.

D’aucuns s’en sont félicités.  Certains se sont même vantés d’avoir participé à cette nouvelle infamie européenne.

Mais tous les esprits bien faits😉 ont bien évidemment condamné cet « accord » abject.  L’argumentaire est si trivial que même un enfant de 12 ans peut le comprendre.  Je ne m’y étendrai donc pas plus que ça.  Pour synthétiser néanmoins en une seule deux petites phrases, disons juste qu’il va amplifier la récession et accélérer le pillage du pays sans rien résoudre sur le fond du problème.  La misère va s’étendre encore plus largement, plus profondément et plus durablement dans le peuple grec, et la dette de la Grèce va continuer de s’accroitre.

Parmi toutes les réactions indignées qui se sont fait entendre parmi les esprits clairvoyants, je voudrais en retenir deux.

La première est intéressante à double titre.  D’abord parce qu’elle émane directement de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances de la Grèce qui a repoussé les assauts libidineux des institutions pendant plusieurs mois.  Ensuite (et surtout) parce qu’il s’agit de ses propres annotations sur l’accord lui-même.  Une sorte de traduction en langage clair de la « novlangue européenne » que beaucoup de « journalistes » semblent avoir tant de mal à comprendre.  Seul petit bémol pour les non-anglophones, le texte initial de l’accord est en anglais ainsi que les annotations insérées par Yanis Varoufakis.

La seconde réaction que j’ai retenue est celle d’Eric Toussaint qui préside la Commission pour la Vérité sur la Dette publique instituée par la présidente du Parlement grec.  On rappelle que cette commission a établi dans son rapport préliminaire rendu public les 17 et 18 juin 2015 que la dette réclamée par les actuels créanciers doit être considérée comme illégitime, illégale et odieuse.  Elle a également démontré que son remboursement est insoutenable.  L’article d’Eric Toussaint est particulièrement intéressant car, outre la critique argumentée (pour ceux qui auraient encore des doutes) de cet accord odieux , il montre un chemin, une alternative possible au plan imposé à Alexis Tsipras par les créanciers-violeurs à Bruxelles.

Il est possible de rester dans la zone euro (puisque c’est ce que semble tant vouloir Tsipras et les grecs en général) tout en prenant de manière souveraine une série de mesures d’autodéfense et de relance de l’économie, nous dit M. Toussaint.  La pierre angulaire de son plan alternatif est la suspension unilatérale par la Grèce de ses remboursements aux créanciers, en s’appuyant juridiquement sur le caractère illégal, illégitime, odieux et insoutenable de la dette grecque.

Puis, à côté de la suspension des paiements liés à la dette, Eric Toussaint émet quelques propositions de nature, selon lui, à aider la Grèce à se relever.  En voici un résumé (mais il est toujours préférable d’aller lire le texte original, bien sûr).

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La France complice de crime contre l’humanité

Encore une session historiquement infamante cette après-midi à l’Assemblée nationale.  L’accord Européen relatif à la Grèce a en effet été adopté par une écrasante majorité de nos chers députés Munichois :

Daladier Hollande est probablement heureux ce soir.

Et les députés « socialistes », comment dit-on déjà?, ah oui,  » frondeurs « , qu’ont-ils donc fait nos « frondeurs » ?  Ont-ils enfin « frondé » ?  Et les écologistes ?  Ont-ils écologisé (en osant s’opposer pour une fois dans leur grise vie à la finance internationale) ?  Nan … j’déconnais … à part 1 ou 2 déglinguos, des oufs de la rougitude qui se sont vaillamment abstenus (putain, ça fait peur des malades pareils quand même !), ils ont tous bien entendu voté comme un seul homme le texte avalisant le coup d’État qui vient de se produire en Grèce et avilissant son peuple.  Tout ça pour éviter la guerre (économique) avec l’Allemagne.   Au prix du déshonneur.  On a le déshonneur, ça, c’est fait, et … vous connaissez la suite.

La liste complète des salopards qui nous ont rendu complices de ce crime international est ici.

Je conclue avec quelques extraits du discours de Zoé Konstantopoulou, la présidente du parlement grec, prononcé le 11 juillet dernier.

(…)

Nous toutes et tous sommes et serons jugés au regard de notre attitude et de nos décisions, de nos oui et de nos non, de nos actes et de nos omissions, de notre cohérence, de nos résistances, de notre abnégation et de notre désintéressement.

Depuis cinq mois, le Gouvernement [de Tsipras] livre un combat inégal dans des conditions d’asphyxie et de chantage contre une Europe qui a trahi les objectifs inscrits dans ses statuts, à savoir le bien-être des peuples et des sociétés, une Europe qui utilise la monnaie commune, l’euro, non pas comme moyen d’atteindre le bien-être social, mais comme levier et instrument d’assujettissement et d’humiliation des peuples et des gouvernements rebelles, une Europe qui est en train de se transformer en une prison cauchemardesque pour ses peuples alors qu’elle a été construite pour être leur maison hospitalière commune.

Le peuple grec a confié à ce Gouvernement la grande cause de sa libération des chaînes du mémorandum, de l’étau de la mise sous tutelle et de la mise sous surveillance qui a été imposée à la société sous le prétexte de la dette, une dette illégale, illégitime, odieuse et insoutenable, dont la nature, comme l’ont démontré les conclusions préliminaires de la Commission pour la Vérité de la Dette Publique, était déjà connue par les créanciers depuis 2010.

Une dette qui n’a pas surgi comme un phénomène météorologique, mais qui a été créée par les gouvernements précédents avec des contrats entachés de corruption, avec des commissions, des pots-de-vin, des clauses léonines et des taux d’intérêt astronomiques dont ont tiré bénéfice des banques et des compagnies étrangères.

Une dette que la Troïka, en accord avec les précédents gouvernements, a transformée frauduleusement de dette privée en dette publique, sauvant ainsi les banques françaises et allemandes mais aussi les banques privées grecques, condamnant le peuple grec à vivre dans des conditions de crise humanitaire, et en mobilisant et rétribuant pour ce faire les organes de la corruption médiatique chargés de terroriser et tromper les citoyens.

Cette dette, que ni le peuple ni le gouvernement actuel n’ont ni créée et gonflée, est utilisée depuis cinq ans comme instrument d’asservissement du peuple par des forces qui agissent à l’intérieur de l’Europe dans le cadre d’un totalitarisme économique.

Au mépris de la morale et du droit, l’Allemagne n’a pas acquitté jusqu’à aujourd’hui ses dettes à la petite Grèce résistante dont l’histoire reconnaît l’attitude héroïque. Des dettes qui dépassent la dette publique grecque et représentent un montant de 340 milliards d’euros selon les calculs modérés de la Commission de la Cour des Comptes qui a été créée par le gouvernement précédent, quand la prétendue dette publique grecque a été chiffrée à 325 milliards d’euros. L’Allemagne a bénéficié du plus grand effacement de dette après la Seconde Guerre Mondiale afin qu’elle se remette sur pied, avec le concours généreux de la Grèce. Or, c’est cette même Allemagne qui a accordé sa protection à des responsables d’entreprises coupables d’actes de corruption avec les précédents gouvernements et leurs partis politiques, comme Siemens, et elle les a protégés en les soustrayant à la justice grecque.

Pourtant, l’Allemagne se comporte comme si l’Histoire et le peuple grec avaient des dettes envers elle, comme si elle voulait prendre sa revanche historique pour ses atrocités, en appliquant et en imposant une politique qui constitue un crime non seulement envers le peuple grec, mais aussi un crime contre l’humanité, au sens pénal du terme car il s’agit ici d’une agression systématique et de grande envergure contre une population avec l’objectif bien prémédité de produire sa destruction partielle ou totale.

Et malheureusement, alors qu’ils devraient se montrer à la hauteur de leurs responsabilités et du moment historique, des gouvernements et des institutions se rendent complices de cette agression.

(…)

Soumettre le peuple et le gouvernement à des conditions d’asphyxie et à la menace d’une violente faillite, par la création artificielle et préméditée des conditions d’une catastrophe humanitaire, constitue une violation directe de toutes les conventions internationales qui protègent les droits de l’Homme, de la Charte de l’ONU, des Conventions européennes, mais aussi des Statuts mêmes de la Cour pénale internationale.

(…)

Les créanciers font du chantage sur le gouvernement. Ils agissent frauduleusement alors qu’ils savaient depuis 2010 que la dette n’était pas soutenable. Ils agissent consciemment, puisqu’ils reconnaissent dans leurs déclarations la nécessité de l’octroi d’une aide humanitaire à la Grèce. Une aide humanitaire pour quelle raison ? Pour une catastrophe naturelle imprévue et inattendue ? Un séisme imprévu, une inondation, un incendie ?

Non. Une aide humanitaire qui est la conséquence de leur choix conscient et calculé de priver le peuple de ses moyens de subsistance, en fermant le robinet des liquidités, en représailles à la décision démocratique du Gouvernement et du Parlement d’organiser un référendum et donner la parole au peuple pour qu’il décide lui-même de son avenir.

(…)

Le peuple grec est le deuxième à subir une telle agression à l’intérieur de la zone euro. Il a été précédé par Chypre en mars 2013.

La tentative d’imposer des mesures que le peuple a rejetées par référendum, en utilisant le chantage de la fermeture des banques et la menace de la faillite, constitue une violation brutale de la Constitution et qui prive le Parlement des pouvoirs que lui attribue cette même Constitution.

Chacun et chacune a le droit et a le devoir de résister. Aucune résistance dans l’histoire n’a été facile. Cependant, nous avons demandé le vote et la confiance du peuple pour affronter les difficultés et c’est face à ces difficultés que nous devons maintenant réussir.  Et sans avoir peur.