Cartes postales de Grèce

Me voici de retour de Grèce.  De la Grèce continentale, profonde.  Péloponnèse, Épire, Attique, Pélion.  Une Grèce moins touristique bien sûr qu’Athènes, la Crète, Mikonos ou les autres îles.

Quelles cartes postales rapporter ?  Les familles de réfugiés en quête d’une vie à peu près normale ? Nous ne sommes pas allé sur les îles et nous n’en avons pas vu (pourtant, en Épire, les frontières Albanaise ou Macédonienne, frontières vers le reste de l’Europe, n’étaient qu’à quelques dizaines de kilomètres).  La misère et son lot de malheureux en haillons sans le toit ?  Franchement (et heureusement), nous n’en avons croisé que très peu, mais encore une fois, nous ne sommes pas allés dans des grandes villes comme Athènes ou Thessalonique.  Les pierres qui racontent, inusables, leur mythologie ?  La mer qui arbore, imperturbable, l’intégralité de la palette des bleus (et une constante température à peine inférieure à celle du corps humain) ?  Nul besoin de ce blog, il suffit d’ouvrir un guide touristique.

Non, je voudrais vous proposer trois images un peu différentes.

D’abord, celle d’une économie sinistrée.  À vue de nez, je dirais qu’au minimum, un commerce sur 2 est fermé, à louer, à vendre, à céder, à reprendre, en un mot : ENOIKIAZETAI.  C’est le mot le plus répandu en Grèce en ce moment.  Parfois, 3, 4, voire 5 commerces successifs désertés ont placardé ce panneau sur leur devanture.  Même dans les villes un petit peu plus touristiques, le phénomène est frappant.  Voilà concrètement les splendides effets sur les petites entreprises des potions administrées depuis 5 ans par les bons docteurs (qui aiment l’entreprise au moins autant que Valls et Macron) Strauss-Kahn, Lagarde, Barroso, Juncker, Merkel, Schäuble, Moscovici, Sarkozy, Hollande, Sapin, Trichet, Draghi, et autre Dijsselbloem, et célébrées aveuglément par Libéravda ou Le Mondavda (entre autres).

Pour illustrer cette hécatombe, voici par exemple, en plan séquence, la rue principale d’une petite ville d’Arcadie, Tripoli.  Pour avoir traversé énormément de bourgades similaires, je peux témoigner que ce phénomène est général.

 

Et puis, les chats.  Aurélie, Malo, ce pays est pour vous (en revanche, Zeff, faut éviter, de toute manière il y fait beaucoup trop chaud pour toi, crois-moi).  De partout, des chats.  Sans maitres, pour beaucoup, probablement.  Mais sans être complètement sauvages pour autant.  Des chats sous les voitures.  Des chats sur la route.  Des chats entre les tables sur les terrasses de taverne.  Des chats sur les toits.  Des chats partout.  Des chats de toutes les couleurs.  Ils ne miaulent que très peu, ne se plaignent pas, ne demandent rien.  Beaux, fiers, affûtés (je n’en ai pas vu d’affreusement chétifs, les gens s’en occupent communément dirait-on), indépendants et sociables à la fois.  Eux aussi, ils résistent dignement.

Enfin, comment ne pas dire un tout petit mot sur la solidarité intergénérationnelle omniprésente de ce pays.  C’est le soir venu, sur les places de village, que c’est le plus frappant.  Vieux, adultes, jeunes, ados, enfants, et même bébés, tout le monde se réunit autour du platane (ou des platanes pour les plus gros villages) multicentenaire.  Les plus jeunes jouent au ballon ou font du vélo ; les ados vont, repartent, se collent, se déchirent, chuchotent, s’esclaffent, bref, s’adonnent aux émois d’ados ; les adultes s’attablent pour un tsipouro, un capuccino frappé ou quelques slouvakis de porc ou d’agneau ; des bébés sachant à peine marcher se baladent de manière hasardeuse entre les tables leur biberon à la main ; les anciens et les anciennes (vêtues de noir) se congratulent discrètement du travail accompli.  Tout le monde est avec tout le monde.  Peu de smartphones.  Pas de tablette.  Du réseau social sans Facebook.  De la communication sans Séguéla.

Ouais, tiens, petite anecdote, dans le village des photos ci-dessus, le chien qui accueillait tout un chacun sur la place s’appelait réellement Fidel.  Son maitre, le gérant de l’un des bars de la place, m’a confirmé, le poing en l’air, que c’était bien en l’honneur de Fidel Castro.  Il va voter Unité Populaire le 20.  Nous avons donc sympathisé 😉

Alors, que va-t-il se passer le 20 septembre ?  J’ai eu l’impression (malheureusement, je ne parle pas grec et n’ai donc pas pu vraiment tenir de discussions poussées) que les Grecs ont pris un sale coup derrière la tête avec le retournement de Tsipras.  Ils semblent complètement désabusés et ne s’intéressent même plus aux discours ou interviews que tenait leur premier ministre et qui sont bien entendu diffusés sur grand écran sur … la place centrale … dans la plupart des villages.

Tiens d’ailleurs, voilà encore une (dernière) carte postale bien grecque.  Les écoutes citoyennes, si chères à M. Mélenchon, semblent être un réflexe parfaitement ancré en Grèce.  Pour chaque intervention politique sur une de leurs chaines de désinformation, et quel que soit le village que nous traversions alors, toujours la même scène : un écran télé, prêté probablement par quelque gérant de bar disposant d’une terrasse sur la place, placé en extérieur sur une table en face de quelques dizaines de chaises alignées sous les platanes.  Et hop, le tour est joué.  Faut dire que le climat est un fidèle allié des organisations d’activité en extérieur.

Pour en revenir aux élections du 20, et pour conclure, je ne saurais dire comment ce désaveu populaire apparent pour la politique se traduira concrètement.  Abstention, extrême aube ?

Une chose est sûre, Tsipras nous a fait énormément de mal, et la pente sera dure à remonter pour la gauche.

 

 

Une réflexion sur “Cartes postales de Grèce

  1. Tsipras, après Hollande et d’autres, valide auprès de tous l’idée que « droite ou gauche, c’est pareil », donne l’idée qu’il n’y a rien à faire contre l’infortune de ce qui relèverait de la météorologie. L’extrême-droite en fait ses choux gras…

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