Le Parlement des invisibles, « C’est très chouette » (sic)


On commençait à s’inquiéter (si, si, vous aussi, j’espère).

L’impatience grandissait. Sept mois sans aucune parution sur la pompe à phynance.  Enfin, c’est fait, Frédéric Lordon est de retour.  Avec un billet décapant sur l’initiative de Pierre Rosanvallon, bien entendu immédiatement saluée (l’initiative, pas le billet, d’où le e, faut suivre les gars) de manière unanime par tous les médias « courant-principal » (effort de Toubonisation, louable, reconnaissez-le, vis-à-vis de l’angliciste mainstream), l’initiative, disais-je, de fonder un « Parlement des invisibles ».

Même si l’exercice est particulièrement ardu lorsqu’il s’agit d’articles, toujours très denses, de M. Lordon, il me semble néanmoins indispensable d’essayer de résumer ce dernier opus de mon économiste atterré préféré, tant son alambic télépathique est parvenu, encore une fois, à distiller de manière parfaitement limpide l’essence même de ce qui macère confusément dans ma propre petite tête.  Avant de commencer, plantons rapidement le décors.  Il ne s’agit bien sûr pas ici du « parlement des invisibles » évoqué par La Pen lors de la campagne présidentielle de 2012. Non, le parlement de M. Rosanvallon consiste à raconter la vie, et éventuellement les souffrances, des simples Français « invisibles » (loin de moi l’envie de défendre la blonde brune mais faut bien reconnaitre que, exception faite que cette nouvelle initiative est aujourd’hui lancée par un prédicateur émérite du Dogme, il s’agit exactement de la même chose). Le projet se décline donc en un site participatif et une collection de livres.  Dont celui de Pierre Rosanvallon himself (au diable Toubon), évidemment.  Précisons rapidement également (mais ceci a son importance pour la bonne compréhension du billet de M. Lordon) que Pierre Rosanvallon, historien et professeur au Collège de France, est le fondateur de la Fondation Saint-Simon, creuset, jusqu’à très récemment, de la pensée unique et fervent défenseur du capitalisme néolibéral comme horizon indépassable pour l’humanité.

Si vous avez le temps, allez lire l’article.  Sinon, vous pouvez tenter l’ersatz de résumé qui suit.  Bonne chance !  Allons-y.  L’article de M. Lordon débute ainsi:

Comment pourrait-on trouver à objecter à un projet si profondément humaniste et bien-intentionné que le « Parlement des invisibles » de Pierre Rosanvallon, sinon sous l’effet de cette négativité pathologique, peut-être même compliquée d’une méchanceté fondamentale 😀 , qui trouve à redire par principe et indépendamment des circonstances. Rendre visibles les invisibles, leur offrir un « parlement », voilà bien une démonstration d’empathie sociale et d’irénisme politique qui garantit à son auteur une unanimité reconnaissante, en plus des bénéfices de « celui qui fait », forcément à son avantage dans la comparaison avec « ceux-là qui disent ».

Tout semble donc s’opposer à ce qu’on redise. Et pourtant il le faut. Il le faut même sur le mode le mieux fait pour scandaliser les amis de la bonne volonté et de l’initiative (…)

Je me suis permis de paraphraser quelque peu certains titres de l’article sans pour autant, je l’espère, dénaturer son plan général.

Rosanvallon, Saint-Simon, et les autres, retour arrière

(…)

Dégager le sens véritable du « Parlement des invisibles », au-delà de ses lénifiants discours, demande (…) de ressaisir la trajectoire singulière du rosanvallonisme (…). Qualifier adéquatement cette trajectoire demanderait alors d’en passer par une métaphore mathématique, celle de la géométrie riemannienne (la géométrie sur la sphère) dans laquelle les lignes droites (définies formellement comme le plus court chemin entre deux points) sont en fait de grandes courbes 😀 (…)

On sait que la Fondation Saint Simon, en son projet explicite de « rapprocher la droite modérée et la gauche intelligente » a été l’une des figurations les plus précoces, les plus nuisibles et les plus caricaturales de l’oligarchie du néolibéralisme en cours de mondialisation, entreprise de synarchie symbolique réunissant pêle-mêle grands capitalistes, hauts fonctionnaires, demi-intellectuels et patrons de presse de fausse gauche passés à droite (July, Joffrin and Co), tous bien d’accord pour en finir avec les « archaïsmes » de la lutte des classes, ça va sans dire, mais aussi, plus prosaïquement, avec les coûteuses « rigidités » de l’État social fordien, de la société fordienne même, qu’il est grand temps de convertir à la nouvelle ère, l’ère du capitalisme vrai, moderne, de la concurrence et de la liberté. (…)

le combat idéologique [n’est] jamais terminé. Il s’agit (…) de le poursuivre mais par d’autres moyens, moins caricaturalement synarchiques que ceux de la Fondation, un peu plus intellectuellement relevés si possible (c’est possible !) : ce sera la République des Idées (…)

La gauche pleurnicheuse …

En vérité, la République des Idées se pose comme l’institution intellectuelle de ce qu’on pourrait nommer la gauche pleurnicheuse, cette gauche pareille à ceux dont Bossuet rappelle que Dieu se moque parce qu’« ils déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».

Alors oui, pour ce qui est de pleurnicher, la gauche pleurnicheuse ne regarde pas à la dépense lacrymale 😀 : inégalités, précarité, déclassement, exclusions, ghettoïsation, chômage même ! rien de ce qui fait souffrir la société française ne lui est étranger. (…)

C’est alors une performance dans son genre que de se pencher si longuement sur les dégâts de la mondialisation sans jamais mettre en cause frontalement la mondialisation. (…)

On se penche donc avec une rigueur d’entomologiste sur les inégalités (Camille Peugny), sur les déséquilibres de la fiscalité (Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez), sur la pauvreté (Esther Duflo), ou même sur « les ravages du nouveau productivisme » (Philippe Askénazy), ce dernier réussissant sur pareil sujet cet exploit de ne pas prononcer une seule fois les mots « actionnaire » ou « rentabilité financière » ! (…)

Sous ce rapport, le maximum de l’hypocrisie est sans doute atteint par Jean Peyrelevade qui semble enfin désigner la chose, d’ailleurs sous un nom bien fait pour revêtir tous les attributs de la critique radicale – le « capitalisme total » ! – mais pour conclure que rien ne doit en être changé et que « les mouvements hostiles à la mondialisation » ne sont que « criailleries (…) et refus de la réalité ». (…)

Tout bien considéré, le sommet ça n’est pas Le capitalisme total de Jean Peyrelevade, mais bien La nouvelle critique sociale, ouvrage collectif composé par une phalange d’auteurs (Philippe Askénazy, Louis Chauvel, Martin Hirsch, Eric Maurin, Thierry Pech, Thomas Piketty et, primus inter pares, Pierre Rosanvallon himself) notoirement connus pour n’avoir jamais eu jusqu’ici la moindre velléité critique 😀 (…)

… et leur inoffensive « nouvelle critique sociale »

la « nouvelle critique sociale » nous fait son aimable proposition : « ceux qui placent [la mondialisation] au banc des accusés risquent de manquer le cœur de la question, qui réside dans un travail sur soi beaucoup plus que dans la critique générale d’un contexte international par ailleurs largement partagé ». Le « contexte international », appellation sûrement plus présentable que « la mondialisation », est « largement partagé », il ne nous reste donc que « le travail sur soi »…  (…) on aura rarement vu « critique sociale » remettre si peu en cause, trouver si peu à contester des rapports sociaux contemporains et, il semble bien en effet que, sous les assauts féroces de cette critique-là, l’ordre social ne tremble pas beaucoup sur ses bases. Mais n’était-ce pas le but, pour le coup tout à fait politique, de la manœuvre : préempter le label « critique sociale » pour s’en faire un monopole reconnu. (…)

la République des Idées s’enorgueillit de rompre avec « un certain type d’intellectuel », rupture en fait peu coûteuse quand il s’agit de déclasser (enfin) le quarteron de pitres entartables connus sous le nom de « nouveaux philosophes », intellectuels de pacotille idéalement calibrés pour plaire aux éditorialistes qui leurs ont toujours su gré de penser juste un peu au-delà d’eux pour leur offrir une impression d’intelligence, mais surtout pas trop pour ne pas leur donner le sentiment de leur indigence 😀 😀 – il n’est que de voir Jean-Marie Colombani qui, trente ans après, continue de « regarder BHL comme un intellectuel d’exception »… (…)

on n’en finit pas de traquer le « dysfonctionnement », mais comme de bons ingénieurs-systèmes qui n’ont, par construction, aucune envie de s’en prendre au système. Ça n’est pas qu’ils le trouvent parfait, mais dans l’ensemble ils n’ont pas grand-chose de fondamental à y redire, et travaillent plutôt à le faire « mieux marcher ». (…)

Il est très évident que l’escroquerie intellectuelle et politique est consommée quand pareil contentement se donne pour de la « critique sociale ». (…)

En l’occurrence la société commence à en avoir plein le dos des couillonnades qu’on lui a vendues comme modernité depuis vingt ans, Saint-Simon et République inclus, et dont les désastres lui sautent au visage en technicolor. De la mondialisation néolibérale, et de l’Europe qui en est la réalisation régionale – à l’exact inverse de la risible rhétorique du « bouclier » – le bilan historique est maintenant bien établi, et il est accablant. (…)

Des chercheurs qu’au vu de leurs décennies antérieures on n’aurait jamais imaginé seulement dire « capitalisme » sont tout d’un coup très en colère, protestent que ça ne peut plus durer, on en connaît même qui se déclarent « atterrés » (à qui pense ici M. Lordon, lui même un atterré ? hum, peut-être lui ? ndlr)

Les vrais sujets que « la nouvelle critique sociale » permet d’éviter

(…) le syndrome de la nouvelle critique sociale qui n’en est pas une continue d'(…) entretenir l’illusion, de demeurer fidèle à son intention d’origine qui tient finalement en un mot : l’évitement. L’évitement, cet autre nom du « ne pas aller trop loin », le principe de la droite-courbe du rosanvallonisme. (…)

Car sous ses dehors d’une gentillesse inattaquable, la somme des évitements du Parlement des invisibles ne laisse pas d’étonner. Le premier, le plus énorme peut-être, c’est celui de la question des médias. Pierre Rosanvallon s’interroge gravement sur les mécanismes producteurs de l’invisibilité. Et, très curieusement, à aucun moment ne rencontre les médias. Or qui, dans la société, détient en tout premier lieu le pouvoir de rendre visible ou de renvoyer à l’invisibilité si ce n’est le système médiatique ? (…) Se peut-il (…) que la stratégie d’alliance quasi-organique de la République des Idées avec les principaux médias, l’assurance des promotions façon « tapis de bombes » de tous ses opuscules 😀 , les lancements à grand spectacle, les abonnements aux forums de Libération ou du Nouvel Obs, l’opération « Nouvelle critique sociale » concoctée avec Le Monde (apparier ces deux termes, c’est déjà comme une farce), soient pour quelque chose dans cet étrange silence où l’on prétend rééclairer de l’invisible mais au prix de l’inaudible ? (…)

L’invisibilité n’a-t-elle pas également pour origine les carences de la représentation politique ? Voilà (…) ce qu’on trouve au rayon « Les origines de la mal-représentation » : (…) la langue de bois, qui ne dit pas le vrai. Christophe Barbier au Collège de France… (…)

Dieu sait qu’il y aurait une ou deux petites choses à dire en matière de « mal-représentation ». Par exemple sur l’abandon du salariat par ceux-là mêmes qui étaient supposés en exprimer les voix : la gauche, ou plutôt la « gauche », cette « gauche » devenue si outrageusement de droite. (…)

N’y aurait-il pas là un petit quelque chose à penser, un petit quelque chose qui évidemment demanderait d’interroger une dérive de longue période, celle du Parti socialiste, quand celui-ci constitue la clientèle manifeste de la République des Idées (…). Or voilà, mettre en cause en général dans la conjoncture présente supposerait de mettre en cause en particulier, et même rudement, celui qu’on a choisi d’accompagner – dont on a choisi en fait d’être l’attendri précepteur ;-D . (…)

la République des Idées accompagne ceux qui accompagnent le monde.(…)

Cette collection de portraits, un « Parlement » ? Allons !

C’est tout de même une curieuse appellation pour une initiative qui rassemble un site et une collection éditoriale mais où l’on chercherait en vain la moindre trace d’une forme de délibération collective. (…)

la pure et simple juxtaposition de choses montrées ne produit en elle-même aucun sens. (…) Si un supplément de politique peut naître quelque part c’est à la condition expresse d’une production de sens, laquelle excède les simples collections et engage nécessairement un effort de liaison : rapporter des communautés d’expérience à des communautés de position, ou de situation, des souffrances à des mécanismes, et très généralement des effets à des causes, parfois lointaines et « abstraites », mais pas moins efficientes pour autant, (…) voilà en quoi consiste la fabrication de politique. (…)

je me sens assez libre d’en appeler à Orwell pour figurer ce que pourrait être un effort de « liaison » authentiquement politique, à savoir un travail de la conséquence  : Orwell ne parcourt la cité ouvrière de Wigan, ne descend dans ses mines qu’avec à l’idée de tenir ensemble l’atrocité des conditions de travail et la satisfaction tranquille avec laquelle « ceux de la surface » jouissent des produits de la mine, dont ils ignorent tout des conditions de production. C’est cette ignorance qu’Orwell veut défaire et ceci suppose un travail de connexion, pas seulement de monstration. En plus de montrer la vie des mineurs, Orwell rappelle donc sans cesse que nous nous chauffons au prix de cette vie. C’est-à-dire que les facilités de la consommation ont pour contrepartie les rapports d’exploitation du capitalisme, vérité élémentaire mais que tout le discours du capitalisme, spécialement celui du capitalisme néolibéral, s’efforce systématiquement de mettre en tessons – et depuis trois décennies, en effet, le point de vue salarial, le point de vue de la production n’existe plus dans les médias, entièrement évincé par celui du consommateur (que les magasins ouvrent le dimanche ! que le service minimum fasse circuler les trains !) (…)

Le Parlement des invisibles a-t-il l’intention de rapporter quelques vies d’ouvriers aux pressions permanentes de la concurrence « non-distordue » avec des économies qui jouissent de toutes les distorsions sociales et environnementales ? A-t-il celle de simplement montrer la brutalisation croissante des rapports économiques, rapports de sous-traitance, rapports hiérarchiques dans l’entreprise, ou bien d’en désigner les causes, notamment la servitude de productivité sans fin qui accompagne la tyrannie actionnariale, explicitement nommée, en lieu et place de cet ectoplasme sans contour auquel Philippe Askénazy donne, encore en 2006, le nom filandreux de « productivisme moderne » ? Si ce Parlement en est un et qu’il se met à délibérer pour de bon, se demandera-t-il comment on brise cette cage de fer ? Si la chose est difficile, en rapportera-il la difficulté à quelques contraintes européennes ? (…)

La conclusion de Frédéric Lordon

Pour l’heure, nous suivons dans son laboratoire un chercheur – qu’on n’aurait pas cru émarger aux premiers rangs de l’invisibilité… –, un travailleur de la logistique, des livreurs en camionnette. C’est sans conteste une excellente chose, et un réel progrès de la conscience sociale, de faire connaître à ceux qui en ignorent tout ce que peuvent être les vies en entrepôt ou en embouteillages. Mais il n’est pas certain que leur sortie de l’invisibilité soit davantage que temporaire dans le néant de causalité où ces vies sont laissées. Posées là sans être reliées à rien de la machinerie économique capitaliste, sans que soit jamais tenté de tenir les deux bouts, le bout des macrostructures lointaines et celui des existences concrètes que pourtant elles déterminent, ces vies ne sont-elles pas vouées à se juxtaposer les unes aux autres « comme des peintures muettes sur un tableau » ?

On peut bien multiplier les initiatives à grand renfort de lancement médiatique, la République des Idées, la Nouvelle critique sociale, le Parlement des invisibles, leur succession même finit par devenir suspecte, pire encore ne fait que rendre plus… visibles les contours de l’évitement princeps, le périmètre interdit, celui qu’on ne rétrécit que contraint et forcé, quand des événements historiques majuscules, la crise financière, la crise européenne, ne laissent pas d’autre choix que d’y venir sauf à prendre le risque du ridicule au-delà de toute mesure, le ridicule d’être les derniers à accepter de parler de ce dont tout le monde réclame qu’on parle.

La conclusion de « la gauche pleurnicheuse »

Et au milieu des dizaines de dithyrambes suintants de bonnes intentions inoffensives et de vœux pieux bisounoursesques qui tapissent totalement l’espace des commentaires du site de ce Parlement fantôme, on peut lire ce témoignage politique, aussi profond que touchant:

« [Le Parlement des invisibles], C’est très chouette »

Le but semble atteint.

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4 réflexions sur “Le Parlement des invisibles, « C’est très chouette » (sic)

  1. C’est vrai qu’il peut y avoir 2 façons de lire ma phrase. Je pensais qu’après les temps difficiles arrivent des temps impossibles que je pourrais appeler aussi temps de tous les possibles… Le chaos et l’horreur. Je m’accroche à votre blog parce qu’il est bien « charpenté » et que ce « nous on peut » m’ouvre un autre possible.

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  2. @paupierre
    « Pourtant les temps sont difficiles avant d’être impossibles »
    J’aime beaucoup la double lecture possible: les temps sont difficiles plutôt qu’impossibles ou les temps sont difficiles puis deviennent impossibles. Merci à vous.

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  3. … « le périmètre interdit, celui qu’on ne rétrécit que contraint et forcé, quand des événements historiques majuscules, la crise financière, la crise européenne, ne laissent pas d’autre choix que d’y venir sauf à prendre le risque du ridicule au-delà de toute mesure, le ridicule d’être les derniers à accepter de parler de ce dont tout le monde réclame qu’on parle. »
    Jusqu’à quand cette invisibilité, cet évitement ? Qui va oser ? Combien seront-ils, serons-nous ?
    MERCI à vous, vos billets m’apportent toujours l’impression que nous pourrions,
    si nous voulions. Pourtant les temps sont difficiles avant d’être impossibles.

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