Mais qu’ils se taisent ! Ou qu’ils s’instruisent ! Ou mieux, les deux !


J’ai tenu jusqu’au 26 janvier, mais là, c’est p’us possible, c’est l’overdose, faut faire retomber la pression, faut que ça déborde.  Et où donc est-ce que je déborde quand je dois … déborder ?  Ben ici même, sur mon blog bien sûr.

Désolé, mais je vais donc, moi aussi, vous infliger quelques commentaires probablement indigestes sur les deux sujets qui occupent (presque) entièrement le temps de cerveau disponible de nos illustres faiseurs d’opinions ces temps-ci.

Évacuons tout de suite le premier puisqu’il s’agit uniquement de lancer un n-ième coup de gueule contre l’utilisation ad nauseam de cette expression vulgaire de « première dame » qui illustre parfaitement l’américanisation rampante de notre culture, sous la tutelle de nos prétendues élites (identifiées comme celles et ceux qui parlent dans la petite boite à images du salon).  Depuis quelque jours, l’expression a totalement envahi l’espace médiatico-politique et a du même coup … totalement fait exploser mes bonnes résolutions pour cette nouvelle année 2014 que je me souhaitais pourtant plus sereine.   Aujourd’hui, c’est l’apothéose.  Une phrase sur deux débitée par nos médiacrates nous parle de première dame !  Qu’est-ce que ça peut m’énerver ça (à prononcer à la mode Jean-Pierre Bacri), vous n’avez pas idée !

Il n’y a jamais eu de première dame en France !  Point, barre.  Rappelons donc que cet américanisme insultant pour tout français républicain qui se respecte était totalement inusité au début de la Vème république (et j’vous parle même pas des 4 républiques précédentes) pour largement se banaliser à partir du régime de Sarkozy 1er jusqu’à atteindre aujourd’hui, sous Hollande 1er, un paroxysme proprement insupportable.  Je ne vous ferai pas l’insulte de vous expliquer pourquoi cette émanation puritaine du régime théocratique étatsunien n’a aucun sens dans notre République et vous laisse à imaginer ce que cette expression pourrait donner si notre président était célibataire (le premier rien?), une femme hétérosexuelle (le premier monsieur?), une femme homosexuelle (la deuxième dame?) ou bien encore un homme homosexuel (le deuxième monsieur?).  Tiens, encore un argument qui milite en faveur d’une refondation républicaine, pour changer notre république présidentielle monarchique en république parlementaire.

Venons-en au deuxième sujet.  Plus sérieux.  Il s’agit bien sûr de la conférence de presse du président de la République le 14 janvier et plus précisément de son pacte de responsabilité.  Et là aussi, ça déborde.

Bien entendu, je ne l’ai pas écouté, ce fourbe.  C’est plus fort que moi, j’peux pas.  L’écouter, ne serait-ce qu’une dizaine de secondes, réveille inévitablement en moi une nouvelle crise d’urticaire fulgurant (dans des endroits que la bienséance m’interdit de localiser).  C’était d’ailleurs la même chose avec son prédécesseur.  Hum, maintenant que j’y pense, c’est également la même chose avec tout un tas de ministres, parlementaires et autres personnages politiques dont seule la sournoiserie égale l’arrogance.  Hum, faudrait que je pense à consulter pour cette histoire d’urticaire fulgurant …

Bref, je ne l’ai pas écouté mais, comme d’habitude, je l’ai quand même lu, grâce à la transcription de son discours mise à disposition par l’Élysée.  À l’inverse de tous les commentateurs politiques qui tentent de nous faire croire à un « virage historique », un « coup de barre à droite », un « tournant libéral », je ne trouve strictement rien de surprenant dans les propos du chef de l’état.  Comme le dit Thomas Coutrot dans Politis, « on peut se demander sur quelle planète habitaient ces commentateurs depuis mai 2012 », puisqu’il s’agit là de la stricte continuité de la politique économique de droite de Hollande.  Une parfaite ligne droite.  Les Hunaudières néolibérales.  Il le proclame lui-même d’ailleurs:

« Il ne s’agit pas de changer de chemin, il s’agit d’aller plus vite, d’aller plus loin, d’accélérer, d’approfondir. »

Rappelons pour les esprits volages (et les esprits chagrins, les socialistes quoi) quelques unes des étapes précédentes de cette rectitude, de cette constance, de cette obstination, de ce dogmatisme à foncer toujours plus vite dans le mur:

  • ratification du Traité budgétaire européen (le fameux TSCG, cher à Sarkozy et Merkel),
  • accord national interprofessionnel (ANI) permettant de licencier plus facilement,
  • non-réforme des banques permettant à la finance de continuer de s’éclater,
  • crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) donnant gratuitement 20 milliards aux grandes entreprises sans aucune contre-partie,
  • hausse de l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes et populaires,
  • hausse de la TVA,
  • nouvelle réforme des retraites allongeant de facto l’âge de départ à la retraite à taux plein à 66 ans en moyenne,
  • baisse sans précédent des dépenses publiques,
  • etc

Un curriculum vitae à faire pâlir de jalousie les fils spirituels (et illégitimes) qu’ont certainement enfantés Reagan et Thatcher.

Ah si … peut-être … une chose semble quelque peu nouvelle.  C’est le fait qu’il dise clairement, distinctement, de manière parfaitement articulée, des choses qu’il tentait de cacher, ou de maquiller, ou de déformer auparavant.  Mais, chassez le naturel, il revient au galop, puisque le fourbe tentait immédiatement (et avec un succès certain auprès de la classe médiatique, dirait-on) de travestir son chapelet d’annonces plus libérales les unes que les autres sous les oripeaux moins honnis d’un social-démocrate.

Ta, ta, ta.  Cela ne prend pas, François !  T’es de droite et l’as toujours été.  Assume donc jusqu’au bout !  Ne dit-on pas qu’admettre un problème est le premier pas vers la guérison.  On devrait inventer les Libéraux Anonymes sur le modèle des Alcooliques Anonymes: « bonjour tout le monde … je m’appelle François … je n’ai pas parlé de compétitivité depuis … 6 mois aujourd’hui … je me sens bien », « clap, clap, bravo, ouais François, tu vas y arriver ! »

En attendant de te soigner, mon petit François, sache que quand tu annones le triptyque néolibéral (politique de l’offre, réduction des dépenses publiques, réduction des « charges » des entreprises), tu n’est pas un social-démocrate, tu es tout simplement … de droite.  Je te cite :

« Il a un principe simple, c’est d’alléger les charges des entreprises (…), la poursuite de l’allègement du coût du travail. (…) »

« Il nous faut produire plus.  C’est donc sur l’offre qu’il faut agir.  Sur l’offre !  L’offre crée même la demande. (…) »

« réduire la dépense publique parce que c’est le passage obligé pour réduire les déficits publics (…) »

Et savez-vous ce qui est le plus insupportable dans tout ça ?  Hollande qui tente de se faire passer pour un social-démocrate ?  Les journaleux qui tentent de nous faire croire à un virage à droite ?  Que nenni !  Car il y a encore plus perfides qu’eux.  Je veux parler de tous ces sournois de la prétendue aile gauche du consortium PS-Verts qui poussent des cris d’orfraie à la moindre déclaration ou mesure du gouvernement et qui ne se lassent pourtant jamais de les soutenir, élections après élections.  Tous ces Benoît Hamon, Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann, Cécile Duflot, José Bové, Henri Emmanuelli et autres Gérard Filoche qui prétendent vouloir changer le parti de l’intérieur.

Non, mais écoutez-les:

« Ce n’est pas parce qu’on est au PS qu’on doit rester le petit doigt sur la couture du pantalon », déclare Emmanuel Maurel, chef de file du courant Maintenant la gauche (MLG), le petit doigt sur la couture du pantalon

« Ce pacte n’est ni social ni démocrate, s’insurge Barbara Romagnan.  Il va à l’encontre du contrat passé avec les Français pendant la campagne présidentielle et sera imposé par le 49.3.  C’est un scandale démocratique ! »

« Sur le fond, j’ai un désaccord de diagnostic avec cette idée que le problème numéro un serait le coût du travail, alors que le vrai problème est la rémunération du capital », ajoute Pouria Amirshahi, qui accuse le gouvernement de se mettre « entre les mains du cupide Medef ».

« La baisse des dépenses publiques ne peut avoir qu’un effet récessif, poursuit Emmanuel Maurel. Quant au coût du travail, cela fait des décennies qu’on le baisse et ça ne crée pas plus d’emplois. »

« J’ai fait 120 meetings, envoyé de l’info à nos 12 000 contacts, publié dans des revues, sur mon blog, écrit des livres, plaide Gérard Filoche, l’une des figures de MLG. On fait notre boulot : dire haut et fort qu’on va dans le mur ! »

C’est beau, non, un socialiste de gauche ?  J’en aurais presque une p’tite larme à l’œil.  Et puis après, on entend ça:

« Pour lutter contre la domination dans le socialisme de la ligne sociale-libérale, précise Guillaume Balas, le combat idéologique doit se mener à l’intérieur d’un nouvel arc de forces de la gauche qui ne veut pas de la défaite de François Hollande »

Vous avez entendu ?  Déjà, le gars nous parle d’une ligne sociale-libérale dans le socialisme sans s’étrangler.  C’est Marx qui doit être content.  Un peu comme si on nous parlait d’une ligne judéo-maçonnique dans le nazisme.  Et puis, « la gauche qui ne veut pas de la défaite de François Hollande ».  En gros, je ne suis pas d’accord avec ce qu’il dit, mais je veux quand même qu’il gagne !  Va comprendre Charles !

Ben tiens, pour finir, voici mes vœux pour cette nouvelle année 2014.  Tout d’abord, bien sûr, que Hollande et tous les affiliés du PS se prennent une grosse claque aux prochaines élections municipales et européennes de ce printemps.  Mais surtout, que tous ces imposteurs de la « prétendue aile gôche du PS » partent de ce parti de droite pour rejoindre la gauche … qu’ils se cassent … ou qu’ils la ferme, putain !

Et une bonne année à tous ceux qui sont arrivés jusqu’ici.

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5 réflexions sur “Mais qu’ils se taisent ! Ou qu’ils s’instruisent ! Ou mieux, les deux !

  1. Le « tournant libéral » du délégué du MEDEF à la Présidence de la République a eu au moins une vertu : amorcer un début de reproche de la part de certains de ses soutiens, jusque-là d’un suivisme inconditionnel.

    Bien sûr il ne faut guère espérer, à peine écrit-on que « la social-démocratie n’est qu’une ennemie de plus à abattre » que ces braves âmes vous traitent de brebis égaré faisant le jeu des zextrêmes (cf : sarkofrance.wordpress.com/2014/01/16/respecter-lelectorat-de-hollande/ ).

    Sinon je vois beaucoup de gens qui souhaitent la défaite du PS dans les urnes, mais peu qui réfléchissent à la façon de renforcer « l’opposition de gauche »…ça m’inquiète pour la suite.

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  2. @Paul Volfoni
    « C’est nul mais que peut-on faire d’autre ? »
    Je ne sais pas, je ne sais plus, chacun fait en son âme et conscience, je suppose.

    @Bernard Van Asbrouck
    « L’échec patent des gauches ces quarante dernières années ne signe t il pas que leurs valeurs n’ont pas cours, que nous sommes des primitifs ne désirant que notre propre jouissance »
    C’est ce que je me dis la plupart du temps. Et puis, des fois, je vois quelques belles initiatives, je regarde avec ferveur (et crainte) ce qui se passe en (certains pays d’) Amérique du Sud, et je reprends espoir et courage.

    @André
    Merci

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  3. Effectivement nous sommes pigeons. Mais comment expliquer et surtout comprendre ce qui fait que toutes les gauches meurent aux rives de ce réel que les droites/économies/banques imposent jusqu’à ne laisser aux gauche que l’issue de faire de la droite? L’échec patent des gauches ces quarante dernières années ne signe t il pas que leurs valeurs n’ont pas cours, que nous sommes des primitifs ne désirant que notre propre jouissance ce qui donne une force de dingue à la droite. la gauche n’est là qu’un rêve d’humanité pour des hommes qui en sont dépourvu. Il suffit de rouler sur les autoroutes pour s’en rendre compte. Comment inverser le mouvement sans se percuter aux murs des désirs de l’individu dont la peur empêche toute réelle gauche. Je fais le pari que si hollande faisait autre chose que ce qu’il fait l’échec serait encore plus cuisant! Ce qui ne lui donne pas raison pour autant. Sommes nous condamné à cette médiocrité parce que s’en est une et une belle? Sommes nous condamné à ce presque rien car nous ne sommes pas capable de plus? Ou plus capable, les vents d’Egypte et d’Ukraine semblent dire que tout n’est pas perdu….
    Bernard

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  4. Je n’ai rien à ajouter si ce n’est que les gens votent pour une étiquette et pas pour le contenu. Beaucoup de gens croient encore que le PS est de gauche ou sinon ils vous disent que ce serait pire si c’était Sarkozy. J’ai décidé de voter pour leur précarité. Comme il y a rarement des alternatives, si à tel endroit ce sont des socialistes je voterai à droite et si à tel endroit ce sont des gens de droite je voterai à gauche. C’est nul mais que peut-on faire d’autre ? L’abstention fait qu’on continue avec les mêmes….Alors ?

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