La politique sens dessus dessous


Tu m’étonnes que les gens se désintéressent de plus en plus de la politique !  Ou votent de plus en plus à droite (ce qui est la même chose) !

Dernier exemple en date, le vote sur le « projet de loi garantissant l’avenir et la justice du système de retraites« , vote qui s’est tenu à l’Assemblée Nationale mardi dernier, le 26 novembre 2013.  J’ai mis entre guillemets car comme pour la plupart des nouvelles lois que nous pondent nos « représentants » (voyez, encore une fois) de nos jours, leur contenu (aux lois, pas aux représentants) est bien souvent aux antipodes politiques de ce que leur titre promet.  Rappelez-vous par exemple la « TVA sociale » (profondément anti-sociale) de Sarkozy ou la loi de « Sécurisation de l’emploi » (qui permet aux patrons de virer plus facilement leurs employés) de Hollande.  Ces gars-là doivent avoir des cellules entières (grouillantes de polytechniciens dirigées par des Jacques Séguéla en maillot de bain et Rolex) dédiées 24/24 à la recherche des meilleurs oxymores aptes à masquer les turpitudes de leurs maitres.

Ben là c’est pareil.  Vous pouvez traduire sans coup férir « Projet de loi garantissant la justice du système de retraites » par un plus approprié « Projet de loi instaurant une plus grande injustice dans le système de retraite ».  Car, vous l’aurez compris, il ne s’agit nullement de la loi qui raccourcit la durée de cotisations à 5 années tout en augmentant la retraite à 21 millions d’euros (cette loi-là, ironiquement passée également cette semaine ne concerne que quelques grands parasites), mais bien sûr, de la loi qui augmente encore la durée de cotisation (déjà pourtant fortement augmentée par tous les gouvernements de droite précédents) à 43 années à partir de 2035.  En clair, cela signifie que nos enfants, pour ceux qui ont l’insouciance d’en avoir, qui entreront en moyenne dans le précariat actif à l’âge de 23 ans pourront partir en retraite à taux plein à l’age de … 66 ans.  En même temps, la bonne nouvelle est qu’après 43 années de (tentatives de) cotisations, ils seront tellement lessivés, leur santé aura tellement diminué (puisque c’est ce qui se passe dans tous les pays qui ont rallongé la durée de cotisation), qu’ils n’auront probablement même plus la force de venir demander des comptes à leur ascendance qui aura laissé faire cette ineptie.

Bref, la loi scélérate était présentée en vote solennel (dernière lecture) cette semaine et, sans surprise, elle a été adoptée.

Mon sujet n’est pas là puisque ce résultat était attendu.  Non, ce qui me sidère, c’est le moment politique que nous vivons.  Regardez bien et, si quelqu’un y comprend quelque chose, qu’il parle maintenant ou qu’il se taise à jamais.

Faire reculer l’âge de la retraite a toujours constitué, constitue encore et constituera probablement à jamais une quête imprescriptible de la droite, du capital et des transnationales (à but très lucratifs).  À l’inverse, d’abord obtenir un système de retraite, puis permettre aux travailleurs de partir de plus en plus jeune et en meilleure santé a toujours représenté un marqueur historique de la gauche.  Nul ne saurait donc nier sérieusement que la loi qui vient de passer est clairement marquée au sceau de la droite au front bas.  En conséquence de quoi, lorsque l’on voit le camembert ci-dessus, il semble parfaitement légitime de s’attendre à ce que la partie bleue (les 291 pour l’adoption) corresponde aux députés dits de droite, et la partie rouge (les 243 contre la loi) aux députés dits de gauche.  (La partie grise correspond quant à elle bien aux éternels sans-couilles qui préfèrent ne pas prendre position sur des sujets aussi futiles.)

Et ben, raté !  C’est tout le contraire !

J’ai donc essayé d’analyser, de décrypter, comme sur i-Télé (mais sans l’aide de Christophe Barbier, ni de Eric Zemmour, ni de Nicolas Domenach, promis).

Bon, que des gens de droite, fussent-ils députés socialistes, votent un texte de droite, rien d’étonnant somme toute.  Au passage, notons encore une fois, que tous les députés appartenant à la soi-disant « aile gauche » du PS (comme ce pauvre Henri Emmanuelli) ont voté comme un seul homme le texte de leur prétendue autre aile.  Seuls 11 ultra-gauchistes à tendance trotsko-anarcho-bolchévik se sont courageusement abstenus.  J’ai pris la peine de vérifier (on se demande pourquoi), par acquis de conscience, la stabilité inébranlable de la félonie du député de ma propre circonscription, Michel Françaix.  Faites-en donc de même, ça mange pas d’pain, et ça peut toujours servir.  Voici encore la liste des votes.

Et puis, il y a le fondamentalement inexplicable.  Pourquoi la totalité des députés de l’UMP (197) et de l’UDI (25) présents en séance a voté contre ce texte, pourtant bien à droite, un texte comme ils en rêvent dans toutes leurs nuits humides ?  Vous m’entendez les amis ?  La totalité !  Tous les députés de droite ont voté contre un rallongement de la durée de cotisation !  Pas même une petite abstention à se mettre sous la dent !  Sursaut d’humanité ?  Prise de conscience salutaire à l’approche de leur rencontre avec leur Créateur ?  J’ai voulu comprendre.

Je me suis donc mis en quête de leurs motivations de vote.  J’ai cherché sur tous les sites officiels des députés de droite qui occupent le devant de la scène.  Et ben, rien.  Jean-François Copé, rien.  François Fillon, rien non plus.  Xavier Bertrand, non plus.  Valérie Pécresse, nada.  Personne qui ne motive son vote.  Personne qui n’éprouve le besoin d’expliquer leurs raisons vis à vis de leurs mandants.  Personne ne parle même du fait qu’un vote s’est tenu sur le sujet, d’ailleurs.  Pas un mot.  Rien, vous-dis-je.  J’ai alors tenté les seconds couteaux.  Benoit Apparu, moins que rien.  Laurent Wauquiez, un magnifique billet sur le Capito Trail, « la légendaire course porte-étendard de l’association Chapteuil Sports Nature », superbe photo du beau gosse (et ses admirables mollets) en pleine action (de course à pied donc) à l’appui, mais rien sur les retraites.  NKM, probablement trop absorbée par sa campagne pour la grande Ville, le vide, la page blanche (vraiment, allez voir).

J’ai renoncé.

Je dois être mal habitué.  Moi qui croyais naïvement que tous les députés tenaient, à l’instar de ce député européen, un blog pour expliquer à ceux qu’ils sont censés représenter les décisions qu’ils prennent en leur nom.  Quel bêta je fais des fois.

N’empêche que je reste sur ma faim et ne comprends toujours pas pourquoi les députés de droite ont voté contre un texte de droite.

Bon, allez, faut que je me bouge.  Quoi ?  Vous avez oublié ?  On a rendez-vous tout à l’heure, Place d’Italie.  Allez, bougez-vous, vous pouvez encore y être !:

A tout de suite !

5 réflexions sur “La politique sens dessus dessous

  1. Je ne reçois plus ce billet… Comment faut-il faire pour s’inscrire – ou se réinscrire ?
    Cocher là en bas suffit ?

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