Les grandes familles


Les chefs de clans mafieux New Yorkais ont La Commission.

Les patrons du grand capital français ont le MEDEF.

Avant, le MEDEF s’appelait le CNPF.  Et le CNPF a été dirigé dans les années ’80 (de 1981 à 1986) par Yvon Gattaz.  Mais ça, c’était avant.  Aujourd’hui, le MEDEF s’appelle … le MEDEF, et il est maintenant dirigé par … Pierre Gattaz, le digne fiston.  Car, sans que cela fasse trop de bruit, ni même aucun bruit du tout d’ailleurs, le rejeton, Pierre Gattaz a été officiellement élu, mercredi 3 juillet dernier, président du MEDEF avec … 95 % des voix.

Et là, vous vous dites, trop contents, que, de toute manière, il ne peut pas être franchement pire, pour le monde du travail, que sa prédécesseur (j’ai pas l’impression que le mot existe au féminin), j’ai nommé l’infecte Laurence Parisot.  Oulala, quelle erreur!  Détrompez-vous!  Je crois, d’après ce que je lis, que nous pouvons légitimement nous attendre … au pire.

Pour vous aider à situer le nouveau maitre des maitres, sachez par exemple qu’à peine intronisé, il demande … attention, le suspens est insoutenable … tantantan … une économie de 100 milliards d’euro de baisses de charges (50 milliards) et d’impôts (50 autres milliards) sur cinq ans.  Putain, ça au moins, c’est original!  Ah oui, bien sûr, à la place, il préconise … tantantan … un transfert vers des mécanismes de type TVA et CSG.  Ben oui, on connait la recette Sarkozyste et Hollandiste.  Y’a qu’à faire payer les consommateurs français puisque de toute manière notre modèle c’est l’Alleuuumagneux, et que nos putains de produits, on compte les exporter (vers des pays qui ont encore des consommateurs avec un peu d’argent frais dans les poches, attention la liste se réduit comme une peau de chagrin).

Alors qui est ce Pierre Gattaz?

Un capitaliste d’héritage.  Issu d’une grande famille … de capitalisme d’héritage.  L’héritier sans Charles Denner.  Ils n’ont rien créé.  Ils ont reçu au berceau.  Comme ses prédécesseurs Laurence Parisot et Ernest-Antoine Seillière, d’ailleurs.  Car souvenez-vous toujours, jusqu’à votre lit de mort, le MEDEF est d’abord le porte-parole des grandes familles.  Rien à voir avec les chefs d’entreprises de manière générale (si une telle chose a un quelconque sens).

Un capitaliste industriel.  Gattaz, c’est le groupe familial Radiall, groupe sous-traitant de l’aéronautique.  C’est l’industrie dans toute sa puissance.  L’industrie française et ses lobbies faiseurs de lois: le Groupe des fédérations industrielles (GFI) dont Gattaz est d’ailleurs le président, le Cercle de l’industrie qui accueille tant de socialistes (genre Strauss-Kahn ou Moscovici), la puissante Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) et sa caisse noire de plusieurs centaines de millions d’euros (ça en est où cette histoire au fait?), la Table ronde des Industriels européens (ERT), le Transatlantic Partnership Network (TPN), la Fabrique de l’industrie ou encore l’Institut de l’entreprise (IE).  C’est une petite différence par rapport à la Parisot qui, bien que faisant partie des mêmes groupes de modelage de cerveaux, était plutôt issue quant à elle de la branche « services » du grand patronat.

Un capitaliste ultra-libéral (mais en existe-il encore d’autres?).  Avec ses recettes aussi mondialement plébiscitées que mondialement inefficaces sur la baisse des « charges » pour « favoriser la compétitivité ».  Et c’est bien le GFI de Gattaz, avec le Cercle de l’industrie de Strauss-Kahn et Moscovici, qui a inspiré Louis Gallois, commissaire général à l’investissement nommé par François Hollande, pour la rédaction de son rapport, celui qui a servi de modèle au fameux « Pacte gouvernemental pour la croissance et la compétitivité », incluant le CICE,  affectueusement surnommé « choc de compétitivité » par Hollande, avec son cortège de mesures antisociales, l’une des toutes premières (novembre 2012) grandes mesures de droite du gouvernement Ayrault.  Bien sûr, comme tous ceux de sa tribu, la tribu des sauvages néolibéraux qui croissent et se multiplient sans qu’aucune mesure de planning familial ne soit envisagée, il pense (et il le dit! c’est à ça qu’on le reconnait) que:

«C’est l’entreprise qui peut créer de l’emploi.»

Un étudiant en première année d’économie pourrait lui signaler que ce n’est pas l’entreprise qui crée l’emploi mais … le besoin (de quelqu’un, pour quelque chose, quelque part) … qui se traduira ensuite par des commandes aux entreprises qui, alors, pourront créer de l’emploi.  Sans besoin, aucune entreprise ne vendra jamais rien, et ce, même si on réduit leurs charges à néant!

Comme son père, il est d’ailleurs tout aussi jouasse quand il pense, une larme de bonheur à l’œil droit et un rictus ironique à la commissure des lèvres, aux processus de déréglementation concurrentielle chargés de marchandiser la planète qui ont accompagné la construction européenne (et le reste du monde).

Un capitaliste anti-social.  Une conséquence bien naturelle après tout ce qu’on vient de dire.  Là encore, comme son père Yvon Gattaz qui s’était illustré avec des propos tels que: « Les syndicats ont été nécessaires au XIXe siècle, utiles puis abusifs au XXe.  Inutiles et nuisibles au XXIe, ils doivent disparaître. », le fiston, Pierrot le fou, ne cache pas son rejet des négociations interprofessionnelles et de toutes nouvelles lois protectrices des droits sociaux.  Ses salariés de Radiall en savent quelque chose puisque Pierre Gattaz y applique cette vision toute capitaliste de la démocratie sociale.  Il y a ainsi longtemps empêché le développement des syndicats.

Ses propositions?  Tenez-vous bien, en voici quelques-unes:

Ce qui fait vraiment peur, c’est que, comme on l’a déjà dit, il est très proche du pouvoir Hollandiste.  Ou l’inverse.  C’est peut-être Hollande et ses ministres « socialistes » qui sont très proches de ces grands détenteurs du capital, pourfendeurs de travailleurs.  Peu importe.  Ils font tous partie du même monde:

l’oligarchie capitaliste !

Pour finir, et pour rassurer ceux qui se préoccuperaient bien légitimement du sort réservé à Mame Parisot (je connais votre grand cœur, amis lecteurs), je tiens à vous rassurer.  D’abord, sachez que, fidèle à sa probité légendaire qui n’a d’égale que sa moralité sans faille, elle s’est elle-même immédiatement recasée au Conseil économique, social et environnemental.  Mais elle voit plus loin, l’ambitieuse.  Elle lance quelques appels du pied à ses amis, toujours les mêmes, ceux qui nous gouvernent.  Elle se verrait bien à la direction d’une grande entreprise de l’énergie (hum, c’est pas comme si y’en avait 200 en même temps).  Ou alors, forte de son bilan anti-social au MEDEF duquel elle n’a vraiment pas à rougir, elle entend maintenant nuire gravement à l’environnement.  Elle a en effet formulé un autre vœu: la création d’une entreprise « qui permettra notamment d’exploiter le gaz de schiste dans notre pays », même s’il y a déjà de « grands opérateurs français » qui sont désireux de s’y coller.  C’est que la destruction de la planète, tout le monde veut y participer, faut comprendre, c’est trop d’la balle.

Dans tous les cas, aucun souci à se faire pour la dame (hum, je n’ai aucune source la-dessus), car, comme son successeur Pierre Gattaz, elle fait partie de cette oligarchie omniprésente, évoluant dès la naissance dans ce labyrinthe de revolving doors, cet univers feutré où l’on passe d’un mandat politique à une fonction prestigieuse dans l’administration publique puis à un poste de haut dirigeant ou d’administrateur dans une grande entreprise, qu’elle soit publique ou privée, bref, tous deux font partie de cette mafia très fermée des …

… grandes familles du capital.

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3 Replies to “Les grandes familles”

  1. A lire à ce sujet une BD assez pédagogique : Riche ? Pourquoi pas toi ? Michel et Monique Pinçon Charlot, qu’on ne présente plus ! Merci pour cet article… –> Oui je sais je suis en retard de lecture de ton blog mais je me rattrape petit à petit !

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  2. Rien d’étonnant à cela, hormis les positions anti-écologiques des grands détenteurs de capitaux. Ont-ils acheté une autre planète, une ile perdue au milieu du pacifique suffisamment haute pour se protéger des catastrophes climatiques, ou n’ont-ils absolument rien à foutre de leur propre descendance ? Cette question me tarabuste souvent.
    Quant à l’entreprise, elle ne répond malheureusement plus vraiment aux besoins des gens, mais au consumérisme forcené induit par un marketing indécent qui coûte 1000 milliards usd par an aux pauvres cons-ommateurs que nous sommes.
    En tous cas merci de mieux nous faire connaitre notre nouvel ennemi.

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