Obama, second mandat, quelle Histoire !


Cette semaine, c’était que du bonheur pour nos bonimenteurs médiatiques.

À chaque jour, sa nouvelle édition spéciale.  « Prise d’otages en Algérie », « Guerre au Mali », « Anniversaire de l’amitié franco-allemande », « Les aveux d’Armstrong », « Libération de Florence Cassez », « Arrivée du Vendée Globe », les écrans clignotaient de toute part.  Les tapageurs bandeaux graphiques multicolores ont envahi le moindre espace létal de l’écran TV.  Des logos clignotant dans le coin supérieur gauche, des animations tournant dans le coin inférieur droit, des titres à effet défilant dans le bandeaux du bas !  Partout du bon gros bling-bling audiovisuel vous sommant de bien prendre conscience du moment historique que vous viviez.  Remarquez, il n’y en avait pas encore assez à mon goût puisqu’on arrivait toujours à percevoir les faces réjouies et les propos ronflants de nos faiseurs d’opinions.  Fallait couvrir le centre de l’écran aussi, putain !

Malgré tout, je remarque qu’exceptionnellement, très peu de sujets ont été consacrés à la grand-messe annuelle de la secte de Davos dans laquelle les maîtres du monde ont certainement échafaudé, comme à leur habitude, de merveilleux et subtils plans pour protéger les plus nantis d’entre eux de la singulière convoitise de ces méprisables gueux ingrats que l’on appelle le peuple, brrr.

Mais revenons à nos éditions spéciales.  Peut-être n’en avez-vous déjà plus souvenance, mais lundi dernier était réservé tout entier, toute chaine confondue, et tout star spangled banner(1) au vent, à un événement mondial majeur, la (deuxième) investiture du président américain, Barack Obama.  Majeur le lundi, et … oublié le mardi.  Ainsi va la vie médiatique.  Je souhaitais néanmoins m’y attarder (ou y revenir, pour être plus exact) le temps d’un petit billet pour tenter, encore une fois, de remettre les pendules à l’heure tant l’admiration bienveillante générale dont bénéficie ce pays me sidère et me révolte.

Que d’émerveillement, de respect, de vénération, de dévotion dans chacun des propos prévenants et chacune des expressions extatiques de nos pauvres journalistes et chroniqueurs incultes dès qu’ils parlent des Zétats Zunis d’Amérikkk  !  Et puis toujours des débats de la plus haute tenue journalistique.  La forme, l’apparence, le style et un peu de fashion aussi.  Tous les sujets de fond sont ainsi analysés, décortiqués, décryptés:

Mon dieu, qu’il est beau Obama !
Et quel sourire !
Ah, ce rythme légendaire !
Oh, la robe de Michèle !
Que d’émotion dans ce magnifique discours !

Voici donc ma pierre à l’édifice.  Deux pierres en fait.  D’abord ma traduction (toute personnelle ;-)) de ce fameux discours d’investiture et puis quelques rappels historiques sur ce merveilleux pays « épris de liberté et de paix » :-D.

Traduction du discours d’investiture d’Obama

Non, pas en entier, ne vous en faites pas.  Juste quelques passages.  Tiens, pour l’anecdote, sachez que dans cette « grande démocratie », le président prête serment sur … non pas une … mais deux bibles (celles d’Abraham Lincoln et de Martin Luther King) !   À mon humble avis, on surclasse là le régime des mollahs d’Iran.  D’ailleurs, comme d’habitude, le discours est grêlé de références assommantes à Dieu et à sa toute puissance (mais à quoi sert donc la République, m’sieur Obama ?) comme ici:

Freedom is a gift from God, it must be secured by His people here on Earth.
« La liberté est un cadeau de Dieu, elle doit être sécurisée par Son peuple ici sur Terre. »

Allez, quelques extraits choisis et traduits:

Together, we discovered that a free market only thrives when there are rules to ensure competition and fair play.
que l’on pourrait traduire par « Bla bla bla »

Together, we resolved that a great nation must care for the vulnerable, and protect its people from life’s worst hazards and misfortune.
dont une traduction appropriée est sûrement « 😀 Ha ha ha »

For we, the people, understand that our country cannot succeed when a shrinking few do very well and a growing many barely make it.
Ici, la meilleure traduction est sans conteste possible « 😀 😀 Ah putain, arrêtez, j’en peux plus« 

La suite tient plus du Jamel Comedy Club que du discours politique.  Allez, parce que vous avez tenu jusqu’ici, voici pour vous, 2 des meilleures vannes du Barack Comedy Club:

We do not believe that in this country, freedom is reserved for the lucky, or happiness for the few.
« Nous ne croyons pas que, dans ce pays, la liberté soit réservée aux chanceux ou le bonheur à quelques uns. » 😀 😀

And we must be a source of hope to the poor, the sick, the marginalized, the victims of prejudice
« Et nous devons être une source d’espoir pour le pauvre, le malade, le marginalisé, les victimes de préjudices » 😀 😀

En somme, comme dirait Coluche, si vous êtes pauvre, malade, sans abri et noir, votre seul espoir, c’est … les États-Unis d’Amérique !  Putain, fallait oser, non ?  Franchement, il est trop fort.

Puis vient enfin la conclusion.  Le rituel appel à Dieu afin qu’ Il vous bénisse, et qu’ Il en profite aussi, puisqu’Il y est, pour bénir par là même les Zétats Zunis d’Amérikkk, le tout prononcé d’une voix profonde, une larme à l’œil, une main sur la pile de bibles et l’autre sur le Colt 45 passé à la ceinture.  Snif.  Que c’est beau.  Pourquoi n’a-t-on pas des discours d’investiture comme ça nous aussi en France !  Bon, ne soyons pas trop jaloux, nous, on a eu le discours du Bourget quand même.  C’était un excellent one-man show également, avec de très bonnes blagues … je me souviens d’une punch-line contre la finance … trop rigolo …

Quelques rappels historiques sur les USA

Un autre thème désopilant évoqué dans le sketch d’investiture d’Obama est celui de la paix.  Comment peut-on parler de paix quand on parle des États-Unis ?  C’est un truc qui me dépasse.   Il y a des mythes, comme ça, qui collent aux cerveaux fainéants sans qu’il soit possible de faire quoi que ce soit.  Parler de liberté, de démocratie ou de paix quand on parle des USA, c’est un peu comme parler des grandes idées humanistes de Sarkozy ou parler de l’exploitation pétrolière au Luxembourg !  Un pure délire.  Une insulte à l’intelligence humaine.

Pour ce qui concerne la liberté et la démocratie, j’ai déjà argumenté il y a quelques mois.

Reste la paix.  Je ne suis pas historien, mais qu’importe.  J’ai tenté de lister les conflits, les interventions, les guerres, les coups d’état, les coups fourrés, les coups tordus dans lesquels ce pays a trempé, et ce, uniquement depuis la fin de la seconde guerre mondiale.  J’ai en effet arbitrairement choisi le point culminant de leur « pacifisme », j’ai nommé le largage de bombes atomiques sur des populations civiles au Japon en août 1945, comme point de départ de ma chronique nécrologique.  Ce faisant, je sais que je passe sous silence d’autres illustres moments d’expression de la paix qui ont construit ce pays (tels que l’éradication méthodique des populations indiennes indigènes, l’esclavage, la discrimination raciale, des guerres contre l’Espagne ou l’Angleterre, et deux guerres mondiales, entre autre), mais le temps et les compétences me manquent pour en faire plus.

Et encore, je ne parle ici que de la pointe émergée de l’iceberg, que des faits connus, avérés et documentés.  En outre, je ne liste dans ce billet que les événements datés.  Pour ce qui concerne, disons, le « fond de roulement » de la politique de paix des USA, centres de torture délocalisés dans le monde, formation de milices au service de dictateurs africains, extravagant budget militaire, 190 000 soldats et 115 000 employés civils du Département de la Défense répartis dans 900 bases militaires, sur 46 pays différents, j’en ai déjà parlé dans un premier chapitre sur la Liberté, la Démocratie et la Paix made in USA que je vous invite à (re-)parcourir si le sujet vous intéresse.

Tous les présidents ont participé à cette orgie de bienveillance, de Truman à Obama, en passant par Kennedy, Johnson, Nixon, Ford, Carter, Reagan, Clinton, ou les Bush, père et fils. Qu’ils soient républicrates ou démocains, tous ont collaboré à cette débauche d’amour protecteur.

Vous noterez, si vous êtes attentifs, quelques « trous » dans cette chronologie.  Au vu du Curriculum Mortis des USA, il ne peut évidemment pas s’agir de pauses humanitaires volontaires dans leur « politique pour la paix ».  J’imputerais bien plus volontiers ces lacunes à mes insuffisances historiques que je saurais d’ailleurs gré quelque historien en galère sur cette page de m’aider à combler.

Que la paix soit avec vous:

1945 Largage de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, Japon.
1947-1949 Intervention en Grèce : fourniture d’armes (74 000 tonnes de matériel militaire dont artillerie, avions et stocks de napalm) et de conseillers militaires (dont 250 000 officiers) afin de soutenir le gouvernement de droite d’Athènes.
1949 Fourniture pour 2 millions d’aide aux forces armées du dictateur corrompu Chiang Kai-Shek contre les communistes en Chine.
1950-1953 Guerre de Corée contre les forces de la Corée du Nord communiste
1950-1954 Vote de toute une série de lois et de mesures restreignant les libertés des américains sympathisants de gauche (création d’une chambre des activités anti-américaines, création de camps de détention, détention sans procès, listes noires du ministère de la Justice, etc) jusqu’à l’interdiction pure et simple du parti communiste en 1954.
1953 Renversement du gouvernement en Iran grâce à la CIA pour empêcher la nationalisation du pétrole.
1954 Invasion du Guatemala par des forces composées de mercenaires entraînés par la CIA, soutenues par un appui aérien d’avions US pilotés par des pilotes US, renversement du gouvernement démocratiquement élu du socialiste Jacobo Arbenz, et mise au pouvoir d’un colonel (Carlos Armas) ayant suivi une formation militaire au Kansas.
1958-1959 Envoi de milliers de soldats au Liban afin de s’assurer que le gouvernement pro-américain ne serait pas renversé.
1961 Débarquement à Cuba dans la Baie des Cochons, grâce à l’appui de l’État américain et de la CIA ,de troupes cubaines entrainées par la CIA, pour tenter de reprendre le pouvoir à Castro.
1962 Crise des missiles de Cuba : menace d’apocalypse nucléaire brandie par les USA contre l’URSS.
1962-aujourd’hui Blocus (embargo économique, commercial et financier) des États-Unis contre Cuba (52 ans d’embargo!) pourtant condamné 18 fois (!) par l’ONU.
1962-aujourd’hui Soutien indéfectible à Israël sous la forme de ventes d’armes massives, de coopération militaire, etc
1963 Assassinat sur le sol US du président en fonction (JFK) avec fortes présomptions d’implication très active de la CIA dans le complot.
1964-1975 Guerre du Viêt Nam
1965-1998 Soutien militaire sans faille de l’exécutif américain au régime ultra-violent du dictateur Suharto en Indonésie, en contournant continuellement les restrictions du Congrès concernant l’aide militaire et l’entraînement des forces armées.
1967 Fourniture d’avions de combat à Israël rompant ainsi l’équilibre de soutien militaire entre Israël et les pays arabes.
1967 Aide de la CIA aux forces armées boliviennes dans la traque et l’assassinat de Che Guevara en Bolivie
1968 Assassinat sur le sol US de Bob Kennedy (ancien ministre, député et pressenti futur président du pays) et de Martin Luther King
1972-1974 Scandale du Watergate, impliquant des services secrets US, qui entrainera en août 1974 la démission historique (car jamais vue) du président US en fonction, Nixon.
1973 Soutien logistique à Israël lors de la guerre du Kippour.
1973 Soutien de la CIA au renversement du gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende au Chili et mise en en place du dictateur pro-US Pinochet.
1974-début des années 1980 Soutien militaire, financier, politique et logistique à l’Opération Condor, campagne d’assassinats d’opposants politiques conduite conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay (et des USA donc), toutes des dictatures militaires mises en place en Amérique latine avec l’aide des USA.
1974-1979 Continuation de l’aide militaire et financière à la dictature de la dynastie des Somoza au pouvoir au Nicaragua depuis des décennies (jusqu’au renversement du dictateur par la révolution de 1979 dirigée par le Front sandiniste de libération nationale, FSLN).
1978 Envoi de dizaines de « spécialistes » US, diplomates, militaires et agents de la CIA, pour aider le chah d’Iran, Mahammad Reza Pahlevi, à se maintenir en place, en particulier, en formant les officiers de la Savaki, la police secrète iranienne, aux techniques de torture.
1979-1989 Implication militaire directe, soutien financier et fourniture d’armes aux moudjahidines et talibans contre l’URSS dans la première guerre d’Afghanistan (invasion URSS de l’Afghanistan).
1980 Aide (5,7 millions de $) votée par le Congrès pour soutenir militairement la junte militaire sanguinaire du Salvador alors confrontée à une révolte paysanne.
1980-1985 Aide militaire soutenue (300 millions de $) au président despote Ferdinand Marcos, « grand amateur » de torture et d’assassinats politiques, aux Philippines.
1980-1986 Soutien financier aux contras (contre-révolutionnaires) menant une véritable guerre civile au Nicaragua afin de tenter de reprendre le pouvoir aux mains du FSLN (Daniel Ortega), même après le vote du Congrès d’une loi interdisant de tels soutiens (voir le scandale de l’Irangate dévoilé par le colonel Oliver North, qui supervisait toute l’opération illégale de soutien aux Contras à travers des rétro-commissions sur des ventes d’armes également illégales à l’Iran).
1982 Aide et soutien de la CIA aux opérations d’assassinats politiques organisées par l’extrême droite au Salvador (comme l’ouverture du feu sur une foule massée devant la cathédrale de San Salvador, faisant 24 morts, ordonnée par Roberto d’Aubuisson, lui-même protégé d’un ministre salvadorien, rémunéré 90 000 $ par an par la CIA).
1983 Invasion de la Grenade, un État indépendant situé dans les petites Antilles, par les forces militaires US.
1989 Débarquement de 26 000 soldats US au Panama et déclenchement de la « mini-guerre » contre ce pays par Bush père sous prétexte de capturer et trainer devant la justice (pour une histoire de drogue) le dictateur du coin, le général Noriega, qui avait pourtant collaboré avec Bush, alors que ce dernier était directeur de la CIA, lors des opérations des Contras contre le gouvernement sandiniste du Nicaragua.
1990-1991 Première guerre du Golfe, appelée également guerre du Koweït.
1991 Livraison à Israël de systèmes de missiles sol-air Patriot, rompant de ce fait l’alliance américano-arabe.
1999 Bombardement de populations civiles en Yougoslavie, et en particulier à Belgrade, sous couvert de mandat de l’ONU.
2001-aujourd’hui Seconde guerre d’Afghanistan
2003-2012 Guerre d’Irak
2003-aujourd’hui Task Force Orange, petites équipes de forces spéciales américaines, d’agents de la CIA et de tireurs d’élites, qui mènent en Somalie des missions de collecte de renseignements humains (torture).
2007-aujourd’hui Multiples opérations et dizaines de frappes de drones en territoire somalien.
2008-2009 Affrètement, lors de l’attaque israélienne sur la bande de Gaza, d’un navire marchand à partir de la Grèce pour livrer plusieurs centaines de tonnes d’armes à Israël (325 conteneurs standards de 20 pieds contenant des « munitions »).
2011 Intervention militaire en Libye.
2012-2013 Coordination militaire (notamment au travers de chambres d’opération basées en Turquie, et dirigées par des agents de la CIA ) et fourniture d’armes et de matériels de communication modernes aux gangs armés en Syrie.

Et l’Histoire continue …

Notes

(1): la « bannière étoilée », le titre de l’hymne national états-unien.

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6 Replies to “Obama, second mandat, quelle Histoire !”

  1. Ce qu’il y a d’étonnant pour ne pas dire de désespérant c’est qu’il semble qu’une majorité des étasuniens ne doutent pas des « qualités » indépassables de leur pays.
    Sans doute est-ce le résultat d’une lutte impitoyable menée avec succès au XIX ème et début du XXème siècles par les forces dominantes contre les milieux contestataires conduisant à leur affaiblissement et complémentairement du matraquage permanent de la doxa capitaliste.
    Mais ce qu’il y a de plus désolant encore – si l’on peut dire – c’est le comportement indigne de tous ceux qui dans les autres pays relatent constamment ce qui s’y passent et/ou s’y conforment ignorant le reste du monde. Ils sont semblables à ces colonisés qui, abandonnant toute dignité, se prosternent sans vergogne devant le colonisateur.

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  2. Tout à fait et la liste est certes incomplète … En Afrique aussi l’activité est flagrante, on le sait au moins depuis l’assassinat de Lumumba . Bon ceci dit, ils ont le soutien de Dieu ( le vrai bien sûr!)

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  3. @obermeyer
    Merci pour le commentaire. J’avais effectivement oublié Suharto. Voilà qui est réparé (ajout dans le tableau). Pour ce qui concerne les centres de torture délocalisés ou le budget militaire, j’en avais déjà parlé dans un précédent billet. J’ai donc rajouté un commentaire pour inciter les lecteurs à le consulter. Si vous voyez d’autres faits historiques oubliés, n’hésitez pas.
    Merci encore et à bientôt.

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  4. on pourrait ajouter l’aide à suharto ( dictateur indonésien , entre 500 000 et 1 million de morts dans la chasse au communistes ) , guantanamo , les centres de torture délocalisés en europe et moyen orient , la formation de milices ( gardes rapprochées ) au service de dictateurs africains avec contrats de vente d’armes à la clef , et bien sûr l’impressionnant budget militaire qui représente à lui seul la moitié des budgets militaires de la planète ….. rien de tel qu’une bonne petite guerre pour soutenir l’économie .

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