Austérité, compétitivité et flexibilité, les 3 mamelles du chômage


Il s’agit vraisemblablement de mon dernier billet … de l’année 2012.  L’usage veut qu’il soit consacré … aux vœux de fin d’année.  Ne tenant pas à paraitre pour un infâme pourfendeur de traditions, je me prête donc à l’exercice.  Les miens s’adresseront exceptionnellement à la boulimique Dame Parisot.  Mais que lui souhaiter ?

L’austérité ? Nan, ça, c’est fait.

La compétitivité ?  Merde, c’est fait aussi.

Il est vrai que nous avançons d’un pas alerte dans la mise en œuvre appliquée, consciencieuse, du Petit Manuel Néolibéral.  Prochain chapitre, la flexibilité.  Ne restera plus ensuite que les dernières « grandes réformes » régressives sur la solidarité, les retraites, l’assurance maladie et l’assurance chômage, pour que le travail de Sarkozy soit parachevé et que Dame Parisot soit parfaitement comblée, heureuse.

Et les salariés parfaitement dépouillés.

Je fais totalement confiance dans le gouvernement actuel pour faire tout ce qu’il faut pour satisfaire pleinement le CAC40 et ses patrons gloutons.  Je suis persuadé que s’il avait pu clore ce dossier sur la flexibilité avant Noël, il aurait sauté sur l’occasion de pouvoir ainsi faire ce magnifique cadeau de fin d’année à la marâtre du MEDEF.  Mais il faut bien donner l’illusion du dialogue social, au moins un minium, quand on se prétend de gôche.  Allez, Mame Parisot, ne soyez pas impatiente !  Pour la Saint Valentin, au plus tard, vous l’aurez votre flexibilité, c’est juré !

C’est d’ailleurs probablement ce qu’a dû promettre François Hollande aux 71 grands patrons membres de l’AFEP (Association française des entreprises privées qui regroupe les très grandes entreprises et le CAC40) qui le recevaient ce 18 décembre dernier, lors d’un diner privé, unique en son genre, puisque c’est la première fois qu’un président de la République participe à un dîner organisé par cette association.  En même temps, il est en cela parfaitement raccord avec Jean-Marc Ayrault qui en août dernier assistait, pour la toute première fois également pour un premier ministre, à l’université d’été du MEDEF.

Oh, bien sûr, gageons que comme à leur habitude, les socialistes au pouvoir s’empresseront de maquiller leur future forfaiture (vis à vis de l’idée même de socialisme) sous un savoureux néologisme, en l’occurrence celui de flexi-sécurité.  C’est sûr, ça passe toujours mieux enrobé dans une épaisse couche de désémentisation.  Mais, sur le fond, nous parlons bien de la même chose: la flexibilité pour le patronat de pouvoir licencier plus facilement et la sécurité … pour le patronat de ne pas être emmerdés lorsqu’ils licencient.

La flexibilité …

On connait la chanson.  D’après les ritournelles néolibérales, le contrat à durée indéterminée (le CDI) serait trop rigide et licencier serait trop difficile.  Il n’y aurait donc pas assez de flexibilité.  Voilà, circulez, y’a plus rien à voir.  Pourtant, là encore, répétition ne vaut pas démonstration.  Comme pour les autres grands tubes du Grand Capital Malade, à savoir l’Austérité et la Compétitivité, il s’agit de mythes romanesques joliment mis en musique par les chiens de garde du système.  Mais en réalité, non, la flexibilité ne réduit pas le chômage.  Encore une fois, c’est même exactement le contraire !  La précarité de l’emploi facilite et par conséquent accroit le chômage.  Une fois formulée ainsi, cela ressemble à une Lapalissade mais, malheureusement, beaucoup restent cependant à convaincre de cette évidence.  Et lorsque le raisonnement argumenté et rationnel n’y suffit pas, il ne reste plus que la démonstration empirique, par l’exemple.

Le site marxiste à tendance trotskiste de la Federal Reserve Bank of New-York (la Banque Centrale de New York :-D) a sorti il y a un mois une analyse ma foi fort piquante sur ce sujet, intitulée  « The Different Paths of Greece and Spain to High Unemployment » de Thomas Klitgaard et Ayşegül Şahin.  Il s’agit d’un article en anglais que je vais donc tenter de vous résumer ici, en français, car je suis trop bon avec vous ;-).

Leur point de départ ?  Un constat.  Au sein de l’UE, la Grèce et l’Espagne sont 2 pays avec un taux de chômage aussi dramatiquement élevé l’un que l’autre (autour de 25%):

Or, la récession en Espagne n’est en rien comparable à celle de la Grèce, pour preuve ces courbes de PIB (GDP pour Gross Domestic Product dans la langue de Tina Thatcher):

À l’exception de quelques derniers irréductibles du Dogme (dont beaucoup malheureusement officient et sévissent impunément en France, et en particulier au gouvernement et dans les médias), tout le monde admet aujourd’hui que l’austérité, surtout en période de crise économique gravissime, ne fait que rajouter à la récession.  Dit autrement, l’austérité amplifie le chômage.  La Grèce en est la démonstration empirique la plus flagrante.  Comme le disent les auteurs de l’article, « The high unemployment rate in Greece is not surprising given the depths of its recession ».

Mais dans le cas de l’Espagne, ce ne sont pas les plans austéritaires et récessifs lancés par Rajoy qui peuvent déjà expliquer l’explosion de son taux de chômage (pas encore devrais-je dire, mais les mesures Rajoyiennes ne manqueront pas d’assener leur effet mortifère très prochainement, n’en doutons pas).

Alors quoi ? Pourquoi ces deux pays ont-ils des taux de chômage aussi mauvais bien qu’ils ne soient absolument pas dans le même état récessif ?  Une explication clé avancée par l’article est que l’Espagne a un marché du travail beaucoup plus « flexible », c’est-à-dire plus précaire, que la Grèce.

« Another contributing factor is the very high percentage of employees tied to temporary work contracts in Spain.  Data from the Organisation for Economic Co-operation and Development show that 32 percent of employees in Spain worked under temporary contracts and 68 percent under permanent contracts in 2007. In Greece, 10 percent were on temporary contracts; the figure for Europe as a whole was 15 percent. »

ou, après traduction franchouillarde: « Un autre facteur expliquant ce phénoméne est le pourcentage très élevé de contrats de travail temporaires en Espagne.  Les données de l’OCDE montrent que, en 2007, 32% des employés en Espagne travaillaient avec des contrats temporaires et 68% avec un CDI.  En Grèce, seulement 10% étaient sous contrat temporaires, et la moyenne générale pour l’Europe était de 15%. »

Je note que, malheureusement, les chiffres sur les contrats de travail utilisés dans l’article sont ceux de 2007 (avant la crise) alors qu’en prenant des chiffres plus récents, les résultats auraient été inévitablement encore beaucoup plus probants.  Eh oui, n’oublions pas qu’entre temps, en 2010, est intervenue une autre « réforme » sur la flexibilité, celle du socialiste 😀 Zapatero, un avant-goût probablement de celle que vont nous pondre Hollande et sa clique de libéraux socialistes de droite.

Quoi qu’il en soit, l’article montre sans aucune contestation possible que les pertes massives d’emploi en Espagne ont principalement frappé les employés qui travaillaient sous un contrat temporaire, les précaires quoi:

Voilà donc l’histoire que nous racontait cet article: la flexibilité accentue le chômage.

Mais, chuuut, ça pourrait s’ébruiter.

Continuons de croire que faciliter les licenciements va améliorer l’emploi et la lutte contre la précarité.  Continuons de vénérer l’austérité.  Continuons d’idolâtrer la compétitivité.  Continuons de dire que les socialistes sont de gauches.  Continuons de marcher sur la tête.  Et souhaitons une excellente année 2013 à la vorace Parisot.

Ou bien …

Ou bien, au contraire, souhaitons-lui une année 2013 de prise de conscience populaire, une année de lutte, une année de combat, une année de défense des acquis sociaux, une année de solidarité, une année de réveil de la gauche, la vraie …

Souhaitons-lui son pire cauchemar, notre rêve.

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One Reply to “Austérité, compétitivité et flexibilité, les 3 mamelles du chômage”

  1. Les gens malheureux ne connaissent pas leur bonheur. Il faut donc les foutre au chômage total ou à temps partiel, finir de casser le droit du travail, et tutti quanti. Plus de casse = plus de compétitivité. Moins d’employés à payer, plus d’entreprises prospères. CQFD là encore…

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