Plus trop d’espoir, juste des principes


Allez, une bonne grosse dernière rasade de rouge qui saoule, avant de vous laisser tranquillement cuver l’éthanol de cet ultime billet estival jusqu’à mon retour prochain. Un billet que je commencerai par un carton … rouge, comme il se doit.  Mon sang … rouge, comme de très normal, n’a en effet fait qu’un tour lorsque j’ai lu qu’il existait des grands patrons français, CAC 40 et secteur bancaire confondus, qui avaient gagné en 2011 … moins d’1 million d’euros !  Inadmissible !  Ils sont même 2, pour être précis: Michel Lucas, Président du Crédit Mutuel qui n’a gagné en 2011 que 800 000 € et Philippe Wahl, Président du Directoire de la Banque Postale, qui lui, ne s’est fait que 833 000 €.  J’en reste sans voix. Heureusement, ce ne sont que des exceptions, des mauvais exemples, des canards boiteux, des brebis galeuses, des moutons noirs. En effet, soyons rassurés, à part ces 2 miséreux, les autres se portent parfaitement bien.  Merci aux Échos pour ces 2 diaporamas: la rémunération des patrons du CAC 40 d’une part et celle des dirigeants de banques d’autre part.  On y apprend par exemple que, pour les patrons du CAC 40, cette rémunération 2011 atteint donc 96,8 millions d’euros, pour une moyenne de 2,42 millions par dirigeant.  Je note avec satisfaction que:

  • le patron d’Arcelor Mittal, l’éponyme M. Mittal, a été récompensé de ces multiples plans sociaux (dont peut-être encore un nouveau prochainement) et de ses violations de lois nationales, avec une coquète somme de 2,9 millions €, soit une augmentation de +82% par rapport à ses revenus de l’année précédente (2010)
  • le patron d’Axa, M. De Castries, a été remercié par anticipation de l’organisation et de la présidence du Bilderberg 2012 avec également 2.9 millions €
  • le patron de GDF Suez, M. Mestrallet, a amplement mérité ses 3 Millions € pour les multiples hausses du prix du gaz qu’il a su courageusement imposées aux peigne-culs qui prétendent avoir besoin de se chauffer en hiver (non, mais franchement, ils nous prennent pour des billes !)

Je félicite en outre vivement M. Carlos Ghosn, patron de Renault, qui a su tirer l’épingle de la crise en s’augmentant de +136%, avec un revenu de 2,8 Millions €. Mais rendons à César …  La palme revient sans conteste possible (quoique) à M. Pierre Mariani avec ces 1,2 millions €.  Seulement 1,2 millions me direz-vous !  Un quasi-mendiant !  Oui, mais cette somme revêt tout son charme lorsque l’on rajoute que M. Mariani est le président du Comité de Direction de … Dexia, vous savez, le groupe financier franco-belge, acculé au démantèlement à l’automne dernier, entrainant les États français, belge et luxembourgeois, dans la tourmente avec une garantie de refinancement à hauteur de … 90 milliards d’euros, fin 2011.  Il est d’ailleurs intéressant de noter que Dexia est de nouveau dans le rouge au premier semestre 2012, avec une perte nette de 1,2 milliard. Et puisque j’en suis à nos chers banquiers français, je voudrais citer cet autre article du conglomérat de bolchéviks marxistes qu’est Les Échos, qui rapporte une étude selon laquelle ces mêmes banques françaises ont encore renforcé leur présence dans les paradis fiscaux, allant ainsi à l’inverse de leurs multiples promesses et chartes déontologiques passées et déjà oubliées.  Montant estimé de la fraude fiscale ainsi camouflée, 125 milliards d’euros, une paille.  Mais bon, ça, ce n’est pas nouveau pour vous qui me suivez régulièrement, je l’espère avec courage et indulgence. Il me semblait important de rappeler ces quelques faits avant mon lâcher de clavier pour quelques semaines.  Comme quoi on peut être incompétent, ou malhonnête, ou, la plupart du temps, les deux à la fois, et toujours s’assurer de très beaux revenus.  C’est toute la beauté du capitalisme (malgré tous les efforts des théoriciens du libéralisme pour nous faire croire exactement l’inverse avec leur fumeuse rhétorique sur la juste récompense de l’effort, du risque et du mérite).  Car tout le monde sera d’accord pour reconnaitre qu’ils méritent amplement le moindre centime d’euros de leurs revenus, ces affameurs.  N’est-ce pas ? Et puis, c’est quand même pas comme si on traversait une crise économique mondiale, tout de même.  Probablement équivalente à celle de 1929.  Pire, même, que 1929, car, au delà des crises financière, économique, sociale, politique et démocratique, se rajoutent cette fois-ci les crises écologique, climatique, alimentaire, pour tout dire … systémique.  D’ailleurs, d’après ce que je lis, l’avenir semble de moins en moins rose (désolé, mes potos socialos).  Je voulais vous signaler cet article de  Jacques Sapir, Directeur d’études à l’EHESS et directeur du CEMI-EHESS, sur l’avenir qu’il prévoit pour l’Euro et l’Europe après la déclaration qui se voulait pourtant rassurante de Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE) qui s’était engagée, ce 26 juillet dernier, à « faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro ». Voici la conclusion de M. Sapir:

« Une dissolution de la zone euro, réalisée d’ici à la fin de 2012 en tant qu’acte européen, est aujourd’hui la seule solution qui puisse éviter un désastre. »

Les solutions que nous implorions depuis maintenant des mois (avril 2010)  paraissent maintenant, elles aussi, dépassées.  Un point de non retour semble franchi.  En résumé, quoi que fasse maintenant la BCE, Jacques Sapir est convaincu que l’Euro ne peut plus être sauvé.  Les mesures envisagées par la BCE (même si elles étaient aujourd’hui décidées puis appliquées, ce qui semble encore très improbable) arriveraient trop tard et n’apporteraient aucune solution aux problèmes de fond de la zone euro.  Car les grands argentiers (encore eux!) et les politiques ont commis une erreur majeure de diagnostic à propos de la crise de la zone euro (que la vraie gauche n’a pas commise, elle, mais passons).

« Cette crise n’est pas une crise de la dette souveraine ! C’est une crise de compétitivité qui provoque une croissance très ralentie dans certains pays (Italie, Portugal et, dans une moindre mesure, France) et une désindustrialisation accélérée dans d’autres (Irlande, Portugal, Espagne, Grèce et encore France). »

Et comme, nombre d’économistes l’avaient anticipé:

« Des politiques de baisse des coûts salariaux sont d’ores et déjà expérimentées dans des pays de la zone euro (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie), avec des conséquences catastrophiques. La contraction violente de la demande intérieure provoque non seulement une forte hausse du chômage, mais, en sus, une baisse de la productivité. D’où de nouvelles mesures d’ajustement dont les effets sur le chômage viendront se cumuler avec les précédentes.

M. Sapir prévoit que d’ici deux ans, et en incluant les effets induits – et non pas seulement les effets directs -, il faut donc s’attendre à des taux de chômage de 52 % en Grèce, 35 % au Portugal, 32 % en Espagne, 22 % à 25 % en France et en Italie.

« Ces niveaux sont, à peu de choses près, les mêmes que lors de la « Grande Dépression » des années 1930. »

Pour finir, il estime que les pays européens sont aujourd’hui face à cette alternative : soit voir périr l’Union européenne (UE) soit dissoudre la zone euro. Voici son raisonnement.

Si l’on persiste dans la politique actuelle, la zone euro, et l’UE avec elle, entrera dans une récession, puis une dépression de longue durée.  La comparaison avec la crise des années 1930, la « Grande Dépression » s’impose.

Et l’Union européenne ne résistera pas aux conséquences de cette crise.  Des pays sortiront de l’euro, les uns après les autres.  Le premier sera sans doute la Grèce, suivie par le Portugal et l’Espagne.  Car, quelles que soient aujourd’hui les mesures de la BCE, cela ne suffira plus à rétablir la solvabilité extérieure dans aucun de ces deux pays.  La spéculation financière atteindra alors de nouveaux sommets et les mesures unilatérales prises par chacun de ces pays (y compris des défauts sur les dettes) feront rapidement tache d’huile.

« De proche en proche, ce sont toutes les mesures constitutives de l’UE qui seront remises en cause. »

De plus en plus d’économistes, même libéraux, semblent aujourd’hui rejoindre cette  noire vision.  Les deux Prix Nobel américains (d’économie, bien sûr, pas de littérature, gros bêtas que vous êtes) Joseph Stiglitz et Paul Krugman, ont même affirmé que la poursuite de cette politique visant à sauver l’euro était criminelle. Seule solution pour sauver l’Europe, dissoudre la zone Euro. Et quand on lit, dans cet autre dossier sur l’Europe paru dans le Politis n°1213 du 26 juillet 2012 (abonnez-vous, pour la bonne cause, si vous le pouvez ;-)), la vitesse à laquelle la situation empire sur notre vieux continent (par exemple, saviez-vous que plus de 8 pays sur les 27 ont maintenant un taux de pauvreté supérieur à 20%, c’est à dire, plus de 1 habitant sur 5), on se dit … on se dit … oh, et puis, non, je ne dis rien, je pars, pour quelques temps, sans plus trop d’espoir, juste des principes. Et par conséquent, selon ces principes, je me dois de souhaiter bonnes vacances aux uns … … et bon courage aux autres !

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