Les bœufs arrogants et les charognards psychopathes


Juste un petit calcul, rapide (euh, p’tre pas, finalement), parce que ça m’énerve trop.

N’ayez crainte, c’est très simple.  Tellement simple que je me demande comment il est possible que je n’entende personne en parler.  Ah si, pardon.  Suis-je béta, quand je m’y mets.  J’avais oublié ce que sont devenus nos « journalistes ».  Désolé, on ne m’y reprendra plus.  Juré.

Nous avons appris, grâce à une annonce de l’AFP du 21 mai 2012, le résultat définitif de l’opération de restructuration de la dette grecque liée au deuxième « plan de sauvetage » du pays mis sur pied par l’UE au début de l’année 2012.  Au final, donc, la dette de l’administration centrale grecque s’élève maintenant (mars 2012), suite à cette restructuration, à 280,292 milliards d’euros.  Ce qui correspond à une baisse de 23,8% sur un trimestre.  En effet, au 31 décembre 2011, la dette budgétaire s’élevait à 367,978 milliards d’euros.  Ce chiffre, tempère immédiatement l’annonce de l’AFP, ne représente toutefois pas le total de la dette souveraine du pays devant être annoncée ultérieurement qui sera d’un montant plus élevé, selon une source au ministère des Finances Grec.

Il n’en fallait pas moins pour que nos brillants médias s’enflamment et s’extasient devant ce qu’il est tout à fait légitime, estiment-ils, d’appeler un franc succès, à imputer, ne boudons pas notre gratitude, à l’intelligence de nos dirigeants politiques européens qui ont su inventer ce plan de sauvetage et à l’abnégation de nos banquiers financiers qui ont accepté de s’asseoir sur 107 milliards de créances.  Alléluia !  Gloire à eux !

Vous vous rendez compte !  Passer de 368 milliards à 280 milliards !  En un trimestre !

Une dernière couche pour que tout le monde comprenne bien à quel point nous sommes redevables à nos saigneurs et maitres.  On nous rappelle ainsi que, au total, la communauté internationale politique (états) et financière (banques privées) aura donc fourni un effort global de 365 milliards d’euros (2 plans de prêts à la Grèce + effacement d’une partie de leur dette).  Mais que grâce à « cette cure, accordée en échange d’engagements du pays à suivre un rigoureux régime d’ajustement budgétaire et de réformes » (expression qui doit être à l’art de l’euphémisme ce que La Joconde est à la peinture), la dette souveraine grecque est censée chuter de plus de 160% du PIB fin 2011 à 120,5% du PIB en 2020.  C’est exact, c’est bien ce que prévoit le mémorandum imposé aux Grecs par la troïka lors du deuxième « plan d’aide » (et que Syrisa va bientôt envoyer aux oubliettes de l’histoire de l’inhumanité, mais ceci est une autre histoire).

Oui, mais !  Comme toujours, je vois un gros MAIS dans leur propagande à 2 balles.

Nos braves toutous de garde prennent donc comme point de repère … fin 2011 !  C’est à dire un an et demi après la mise en place du premier plan d’aide, les 110 milliards déjà débloqués en mai 2010 en contrepartie de ça.  C’est pas merveilleux comme tour de magie ?  J’sais pas vous, mais moi, j’en ai des étoiles plein les yeux, encore.  Ne serait-il pas plus judicieux, afin de mieux juger de l’intelligence et de l’abnégation de nos dirigeants, de comparer l’état de la Grèce aujourd’hui à ce qu’il était AVANT le début des « plans d’aide » ?  Bien sûr que si, voyons.  Qui pourrait le nier.  Alors, regardons.

Voilà ce que je lis sur les données Eurostat (de la Commission Européenne), mais peut-être ai-je un problème de vue, à vous de vérifier:
  • fin 2011, effectivement, une dette de l’ordre de 368 milliards, comme indiqué par le ministère des Finances Grec, puisque Eurostat donne 355 milliards
  • mais avant l’aide empoisonnée, à la fin 2009, la dette grecque s’élevait à … 299 milliards
  • et l’AFP nous apprend que cette dette s’élève aujourd’hui à 280 milliards

Je vous résume donc l’affaire.  Entre le moment où l’Europe a décidé « d’aider » ce pauvre pays et aujourd’hui, soit 2 « plans de sauvetage » plus loin, la dette grecque a donc été diminuée de … tatata (sensé représenter des roulements de tambours, hum) … 19 milliards !  Vous avez bien lu ?  Je répète, 19 milliards !

On peut donc très clairement constaté, ce que nous avions toujours anticipé, dès avril 2010 au moment de la mise en place des pseudos plans d’aide de la troïka, que le premier volet de l’aide européenne à la Grèce (que je qualifie plus volontiers de première attaque de la finance européenne contre la Grèce) a enfoncé le pays de plus de plus de 155 milliards d’euros, en 1 an et demi, soit une augmentation de plus de la moitié de ce qu’elle devait initialement, c’est à dire 50% d’augmentation en un an et demi.  Ça, c’est de la putain d’aide efficace !

Première conclusion évidente: nos dirigeants sont des bœufs en économie.  Et des arrogants.  Car ils étaient prévenus !  Tous les économistes non-orthodoxes avaient clairement prédit cette spirale déficitaire.

Mais allons plus loin.

Car, en même temps, nul ne peut nier que, au final, ce sont bien 365 milliards d’euros qui ont été engloutis dans cette orgie.  Alors à qui profite le crime ?

Les grecs ?  Surement pas !  Il faudrait être totalement déconnecté de la réalité ou entièrement endogmatisé pour continuer d’affirmer, tel ce pauvre Apathie le bien nommé, une telle ineptie.  Pour preuve ?  Leur dette n’a pratiquement pas baissé (je viens de le montrer).  Le pays est exsangue.  Les acquis sociaux ont fait un bon en arrière d’un bon siècle.  Et l’UE leur prédit (sauf si le peuple décide de voter pour la résistance de Syrisa dans 24 jours), au mieux, un retour en 2020, après au minimum 10 longues années de sacrifice et de misère, à un niveau d’endettement sensiblement équivalent à celui qui était le leur … au début de leur crise (autour de 120% du PIB).

Les autres États européens ?  Que nenni.  Car, eux-mêmes, ont dû emprunté auprès de banques privées les fonds qu’on leurs réclamait afin d’abonder le pot commun constituant les « plans d’aide » à la Grèce.  Ils se sont donc également endettés dans cette histoire.  Puisque la BCE ne devait pas intervenir.

Qui reste-il alors dans la boucle ?  Ben, je ne vois plus qu’un seul acteur dans cette boucherie.  Vous voyez pas ?  Gagné !  Les banques !  Comment ?  Les intérêts, voyons.  Et allez que je t’aide à 13% !  Allez, vous avez une bonne acropole, voilà un beau p’tit prêt à 15 %.  Et puis tiens, je sais que je vais le regretter, mais tant pis, c’est mon jour de bonté, rien que pour vous, voilà un magnifique 18%, première main, jamais utilisé, promis.  Les 107 milliards de créances effacés des comptes des banquiers ne sont rien, comparés aux sommes astronomiques que ces mêmes banquiers se font verser, de la Grèce comme de tous les états européens plus généralement, sous forme d’intérêts.

Deuxième conclusion: les banquiers (je parle des institutions financières internationales, bien sûr, et pas de M. Duchmoll, mon gestionnaire de compte à la Banque de Dépôt du Coin) sont des charognards cupides.  Mais ça, on le savait déjà, me direz-vous ;-).  Et des psychopathes.  Car peut-on vraiment nier leur manque total d’empathie et de remords ainsi que leurs égocentrisme et double-jeu évidents.

Voilà ce que je tenais à dire.  Haut et fort.  Les Grecs en sont là où ils en sont uniquement par la faute de dirigeants politiques incompétents et arrogants et de spéculateurs internationaux cupides et dénués de tout sens moral.  Et pour finir de vous convaincre, s’il le fallait encore (vraiment, c’est que vous êtes un peu dur de la cervelle ;-)), je reprendrai simplement l’analayse des soldes primaires que je présentais déjà l’année dernière sur ce sujet.  Oulala, solde primaire, dites-vous ?  C’est quoi ce machin ?  Cool.  Le solde primaire, c’est le montant du déficit ou de l’excédent du budget de l’état sans prendre en compte les intérêts de la dette.  Ça indique donc comment le budget de l’état serait équilibré s’il ne devait pas remboursé des intérêts de dettes à des banques.  Je suis retourné voir sur Eurostat.  Et j’ai comparé à … l’Angleterre, pardon, le Royaume-Uni.  Un pays qui n’est pas dans la zone euro, qui n’a pas de contrainte vis à vis de la BCE, et qui peut monétiser une partie de sa dette.  Alors voyons:

Vous remarquerez que lorsque a Grèce a commencé à se faire attaquer, spéculativement parlant, s’entend, en 2008, il n’y avait pas le feu au lac de Genève.  Vous noterez que le prétendu cancre de la classe UE n’était finalement pas extrêmement plus mauvais que d’autres élèves.  Suivez mon regard (je n’ai mis que le Royaume Uni par l’esprit de synthèse qui me caractérise :-D, mais allez vérifier  sur Eurostat, vous verrez combien d’élèves ont des bonnes notes primaires).  Mais bien sûr, il était plus facile et moins dangereux de taper sur le plus petit, le plus faible, le moins développé.  Ah ben, tiens, c’est vrai ça, du coup, j’avais oublié un épithète concernant les saigneurs de la finance.  Lâche.  Cupide, psychopathe et lâche.  Ouais, ça leur va bien je trouve. 😀

Bon, j’ai été encore un peu long.  Désolé.  Si vous ne deviez retenir qu’une seule chose de tout ce laïus, c’est ceci: après que son peuple a été mis en quasi-esclavage, après qu’il a été critiqué, insulté, diffamé, injurié, outragé, après que tout ses « partenaires » l’a accusé, et continue de l’accuser, de profiter de plans d’aide qui ne sont en fait que des paravents pour mieux dissimuler l’engraissage pervers des institutions financières, force est de constater que la Grèce est aujourd’hui revenue au même montant de dette qu’au début de l’attaque spéculative et qu’elle est promise à 10 années minimum d’enfer avant de retrouver un taux d’endettement équivalent à ce qu’il était avant l’attaque.

Sauf si !  Sauf si le peuple grec renverse la table, la table de cette orgie financière, le 17 juin qui vient.

Résistance!

2 réflexions sur “Les bœufs arrogants et les charognards psychopathes

  1. MERCI, merci de ce travail d’information que vous parvenez à me rendre compréhensible. Votre blog m’est devenu indispensable.
    Par contre, ce qui me semble incompréhensible, c’est ce brouillard que nous diffusent avec une suffisance d’expert apathique des médias incompétents.
    Et je lis quelque part que le moral des français se redresse !!! Comment est-ce possible ?

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