El que no salta es momio


Qui pourrait se traduire par « Celui qui ne saute pas est un réac! »

Après les Grecs hier, en tous cas une partie des Grecs, 16.5% des Grecs pour être tout à fait exact, je tenais à rendre hommage aujourd’hui aux peuples d’Amérique du Sud.  En l’occurrence, aux Argentins.  Et plus précisément à leur présidente, Mme Cristina Fernandez Kirchner.  Mais également aux Boliviens et à leur président, M. Evo Morales.  Désolé pour nous, descendants des lumières européennes, mais, ce sont bien eux de nos jours qui ouvrent la voie en montrant au reste du monde comme tenir tête, comment résister, comment avoir des cojones (pardon mesdames, c’est juste une expression, pas de machisme ici, ou si peu ;-)).  Même si, bien sûr, je ne suis pas totalement benêt et reconnait bien volontiers (par anticipation, afin de ne pas me prendre une volée de bois vert de mes lecteurs les plus  aiguisés) que certains choix prix par ces pays m’irritent fortement. Typiquement, la politique agricole de l’Argentine, portée par Mme Kirchner, qui pousse la production pour l’exportation d’agrocarburants, y compris OGM, accentuant ainsi la crise écologique ainsi que la crise alimentaire.  C’est un fait.  Et ça m’énerve.  Soit.

Mais, il ne s’agit ici que de mettre en lumière l’authentique résistance en politique.  Mon objectif est double.  Premièrement, saluer l’indépendance de certains peuples sud-américains qui dirigent enfin leur pays, après tant d’années de tutelle étasunienne, de manière adulte, responsable, autonome et réaliste, quitte à s’opposer avec vigueur et détermination aux injonctions dogmatiques extérieures de la doxa néolibérale, injonctions qui leurs ont tant causé de tort dans les décennies précédentes.  Deuxièmement, démontrer ainsi, encore un fois (pour ceux qui sont un peu dur d’oreille ou mou du cerveau ;-)), que, oui, il est réellement possible de conduire une autre politique que celle de la pensée unique imposée par les financiers, grâce à leurs bras armés que constituent les institutions internationales de gouvernance économique (FMI, Banque Mondiale, OMC, Commission Européenne, BCE, et autre MES) et leurs zélés serviteurs que constituent les institutions de désinformation et de propagande (média, instituts de sondage, agences de notation).  Il « suffit » juste d’une bonne dose de courage.  De véritable courage et non pas du courage de la serpillère.

Pour illustrer mon propos, regardons un événement qui est complètement passé sous silence.  Ou pratiquement (sinon, comment pourrais-je en parler, hein ? ;-)).  En même temps, en se mettant dans leurs mocassins Berlutti (compter 1000€ :-D), on peut comprendre que les capitalistes de haut vol ne souhaitent pas que ce genre d’informations s’ébruitent.  Cela pourrait donner des idées à d’autres, ouvrir la voie.  Ou en tous cas, cela pourrait démonter la faisabilité de la chose.  Ça tombe bien, c’est précisément mon but.  Je veux parler de la nationalisation de la compagnie pétrolière YPF, filiale du groupe pétrolier espagnol Repsol, par le gouvernement argentin.  Voici quelques détails techniques sur la nationalisation en question pour ceux que ça intéresse (la commentatrice utilise le conditionnel car la vidéo date de mi-avril, mais la chose est bien actée désormais):

Et attention!  Il ne s’agit pas là d’un acte dément de défiance d’un quelconque dictateur à la dérive.  Nous parlons d’un processus totalement démocratique, disposant d’un appui national quasiment unanime, voulu et proposé par la présidente Cristina Fernandez Kirchner aux 2 chambres du parlement argentin, voté par la Chambre des députés par 207 voix contre 32, après un premier vote du Sénat dans le même sens et selon les mêmes proportions quelques temps auparavant.  Et concernant l’appui du peuple lui-même, regardez l’ampleur de ce soutien au travers de cette manifestation populaire à l’appel du gouvernement, avec la participation de l’opposition:

Savourons les paroles de ce jeune messie argentin, prophète, messager, annonciateur de ce qui adviendra inéluctablement aux peuples de la terre :

« Nous sommes capables de récupérer des choses que nous ne possédions pas auparavant pour en jouir.  C’est ça qu’il se passe dans ce pays!  L’activisme politique n’est plus considéré comme une infraction mais comme quelque chose dont on peut être fier. »

Vous m’accorderez, je l’espère, que Mme Kirchner peut bénéficier, a priori, d’une présomption de pleine possession de toutes ses facultés physiques et mentales.  En d’autres termes, vous serez d’accord pour reconnaitre avec moi que Mme Kirchner n’est probablement pas une complète débile mentale.  On peut donc supposer que, comme tout être sensé, elle devait bien se douter qu’une telle décision allait déclencher un tir nourri de réactions pour le moins hostiles de la part de la communauté internationale soumise, et en premier lieu de l’Espagne et de l’UE.  Twingo!  Non, c’est pas ça.  Fuego!  Non, merde.  Bingo!

Et parmi les réactions, bien sûr, elle devait s’attendre à des annonces de mesures de rétorsion économique en retour.  Rien que de très normal.  Mettez-vous encore une fois dans leurs bottines Weston.  « Vous nous prenez notre oooooor!  On va vous mettre la misèèèèèèère ».  Et effectivement.  Re-twingo!   Barroso a failli s’en étrangler.  Le Commissaire en chef, sauvé in extremis par quelques tapes molles dans le dos administrées par la parfumée baronne Ashton, chef de la diplomatie européenne, a immédiatement lancé la fine fleur de sa Commission Européenne sur l’élaboration d’un document stratégique visant à mettre en place une politique d’hostilité vis-à-vis du pays du tango, genre blocus ou boycott, usant et abusant de tous les moyens éprouvés les plus subtils de la guerre économique mondialisée, guerre qui n’est pas, je le rappelle, protégée par la convention de Genève.

Selon les grands et fins stratèges de ce type de guerre, l’arme de destruction massive dans ce genre de théâtre d’opérations est le reflux, la diminution, voire l’arrêt des investissements étrangers.  C’est une arme de dissuasion.  Rien que le fait d’en évoquer la menace suffit en effet la plupart du temps à stopper net toute action économique hérétique, à asphyxier dans l’œuf toute velléité d’explorer d’autres chemins que l’autoroute toute tracée de la religion néolibérale.

« Tremblez braves gens!   Craignez notre fureur implacable!  Ne vous prenez surtout pas pour un gauchiste, ou sinon, notre vengeance sera terrible.  Plus aucun gentil spéculateur philanthrope étranger ne viendra plus investir dans votre misérable pays païen un seul de ces innombrables dollars durement gagnés à la sueur des fronts de ses salariés. »

La fuite des investissements étrangers fait partie de la même grande famille de menaces que la très fameuse « fuite des capitaux » ou encore, la non moins fameuse « fuite des cerveaux ».  Regardez avec quelle constance et quelle rapidité d’exécution nos pauvres petits européens apeurés se soumettent à ce chantage.  Tiens, ça me rappelle le très humoristique mot du Canard enchainé la veille du second tour de l’élection présidentielle, »Dans l’est, Bison Futé voit rouge en raison du traditionnel chassé-croisé entre les chars russes et les exilés fiscaux » ainsi que cet autre trait d’humour sur le même thème, « montrant » la frontière franco-suisse juste avant le résultat de l’élection :

Comme si ce malheureux petit Hollandreou avait le dixième, que dis-je, le centième des balls de Mme Kirchner (encore une fois, pardon mesdames, toujours pas de machisme ici ;-))!  Et ce qu’il y a de plus navrant dans cette histoire, c’est que le premier se prétend socialiste, alors que la seconde nous est présentée de centre-gauche par certains.  Quelle misère!

Bref.  Revenons à nos pandas argentins qui crachent à la gueule de l’UE.  La Ashton l’a clairement formulée, cette menace, en estimant, dans la langue euphémisante en voie de prolifération de l’UE, que l’Argentine « envoyait un très mauvais signal pour les investissements étrangers dans le pays. »  En fait, il ne s’agit même plus en l’occurrence d’une menace, une arme dissuasive, mais d’une annonce de rétorsion, une réplique proportionnée méritée.  Alors quoi?  Que doit-on conclure de la décision de Mme Krichner d’aller jusqu’au bout de cette nationalisation, malgré tout?  Cette femme est-elle totalement inconséquente et irresponsable?  Quelle est l’explication de sa persévérance?

Ben c’est très simple.  Ces gens-là bluffent!  Et Mme Kirchner le sait!  Et Evo Morales le sait!  Lui qui vient d’annoncer, ce 1er mai dernier (joli pied de nez), une nouvelle nationalisation, la nationalisation de l’entreprise de Transport d’électricité TDE par la Bolivie (encore une compagnie espagnole, pas d’cul, y’prennent sévère en ce moment).  Et Hugo Chavez le sait, lui qui a tant nationalisé dans son Vénézuela bolivarien (pétrole, or, banques, etc).  Et Rafael Correa qui a, lui aussi, nationalisé sans modération en Équateur et qui a, de plus, réfuté une grosse partie de la dette souveraine de son pays après un audit citoyen.

Les financiers jouent au poker et ils bluffent lorsqu’ils menacent de ne plus « investir », c’est à dire spéculer, dans un pays.  C’est plus fort qu’eux.  C’est même le propre du capitalisme.  « Ils vendront jusqu’à la corde pour les pendre », disait Lénine.  Dès qu’une opportunité de faire des profits se présentent, il y aura toujours un quelconque spéculateur pour tenter le coup de poker.  La nature a horreur du vide, parait-il.  Le spéculateur aussi.  Si un capitaliste « se désengage », comme ils disent, s’il « retire ses billes », un autre viendra inéluctablement le remplacer.  Un véritable appel d’air physique.  Mais ne me croyez pas sur paroles.  La meilleure preuve est encore dans les entrailles insondables de l’Histoire.

Car ce genre de phénomène est déjà arrivé.  Souvent.  Et en Argentine, déjà.  Il y a à peine 10 ans.  Je ne vais pas revenir en détails sur la crise qu’a subie l’Argentine au tournant du 21ème siècle  jusqu’au crash de décembre 2001 (fermeture des banques, faillite de 10.000 entreprises, effondrement pur et simple de l’économie).   C’est alors, dans ce contexte d’échec total et de désastre humain provoqué par les politiques libérales des États-Unis et du FMI, que le président argentin Nestor Kirchner (le mari, pas Cristina!) a suspendu le remboursement de la dette extérieure, renationalisé plusieurs entreprises privées ainsi que les fonds de pension, pris des mesures contraignantes à l’égard des banques, doublé les dépenses sociales, augmenté les investissements publics dans la production et augmenté la consommation pour remonter la pente.  Je passe également sur les impacts extrêmement bénéfiques qu’a eu cette politique, de vraie gauche pour le coup, sur la population (santé, éducation, pauvreté, taux de croissance, tous les indicateurs au vert).

Et je me concentre juste sur mon objectif du jour.  Que sont donc devenus les investisseurs étrangers suite à ce traitement de choc?  Si j’en crois nos bluffeurs à Ray-Ban opaques, ils auraient dû fuir irrémédiablement et éternellement ce pays d’ingrats!  Bien.  Pour tenter d’imiter mon idole de BFMTV, François Lenglet :-D, « je vous ai donc préparé un graphe », représentant ces fameux FDI entrants (Foreign Direct Investments ou Investissement étranger direct) sur la période 2000-2010 en Argentine, d’après les chiffres de la United Nations Conference on Trade And Development de l’ONU:

En millions de dollars

Bon, ben, voilà, tout est dit.  Deux ans après le renvoi dans leurs 22 du FMI et de toutes leurs recettes néolibérales mortifères, les « investisseurs » étrangers ont recommencé à affluer en masse aux portes des affaires argentines.  Et aujourd’hui ce sera encore plus rapide.

Toutes leurs menaces c’est du vent.

Il suffit d’ avoir la volonté et le courage de suivre, voire de relancer.  Nos adversaires, les financiers, eux, n’auront pas la volonté d’aller jusqu’au bout de leur bluff, ni le courage de se priver de profits potentiels.  Il se coucheront.

Malheureusement, ces valeurs de volonté et de courage ne semblent plus être l’apanage des européens.  Peut-être ne souffrent-ils pas encore suffisamment.  Peut-être faut-il en passer par la misère de plans d’austérité sauvages, comme les peuples sud américains dans les années 80 et 90, et comme le peuple grec en ce moment, pour ouvrir les yeux et oser renverser la table. Espérons qu’il n’en est rien et qu’un sursaut de raison refleurira bientôt sur toute l’Europe.  Quoi qu’il en soit, la volonté et le courage se retrouvent indéniablement du côté de nos amis Sud Américains aujourd’hui.  Je ne peux m’empêcher, bien sûr, de penser, en écrivant ces mots, à Salvador Allende, au début des années 1970, avant son assassinat par la CIA téléguidant Pinochet.  Et ce chant qui retentissait à chacune de ses interventions, un chant qui unissait tout un peuple, le peuple chilien, « El que no salta es momio! »

Amis argentins, boliviens, vénézuéliens, équatoriens, merci de nous montrer le chemin de la résistance!

Résistance!

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