Le 21, le PS choisira-t-il enfin les barbares de la civilisation …


… ou continuera-t-il de soutenir les civilisés de la barbarie?

[Pour ceux qui n’ont pas suivi, je fais référence ici à l’extrait du livre de Victor Hugo « Les Misérables » qui a été lu par Jean-Luc Mélenchon en clôture de son discours du 7 février 2012 à Villeurbanne.  une page entière, un grand moment citoyen.  Je vous ai mis l’extrait en fin de billet.]

Je vous parle dans ce billet de la responsabilité qui attend les sociaux-libéraux, socialistes et écologistes, le 21 février au parlement français.  Ils vont avoir la chance de pouvoir enfin rompre avec leurs habitudes européennes et enfin accorder leurs actes à leurs paroles.  Lors de son discours du Bourget, François Hollande a en effet insisté sur le fait que son seul ennemi était la finance.  Très bien.  Députés socialistes et écologistes, montrez-nous à quel point vous résistez à la finance !  On vous attend.

Tous les français vous attendent.  En particulier ceux qui s’apprêtent à voter socialistes par habitude ou fainéantise ou soumission à l’injonction de « vote utile ».  En tous cas, je espère bien qu’ils vous attendent.  Et j’espère qu’ils sauront se souvenir de votre comportement lorsqu’ils déposeront leurs propres bulletins de vote en avril, mai et juin 2012.

Que doit-il donc se passer à cette date ?  Comme je vous le disais dans ce billet, à partir du 21 février 2012, l’Assemblée Nationale commencent les discussions, « sous réserve de son dépôt, [du] projet de loi autorisant la ratification du traité modifiant l’article 136 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne en ce qui concerne un mécanisme de stabilité pour les États membres dont la monnaie est l’euro » et également, « sous réserve de son dépôt, du projet de loi autorisant la ratification du traité instituant le mécanisme européen de stabilité ».  Ces 2 textes faisant l’objet d’une discussion générale.

Vous savez, il s’agit ici des 2 traités qui ont déjà été acceptés au niveau européen, y compris par les euro-députés socialistes et écologistes, et dont je vous ai déjà parlé:

  • Le premier est le traité intergouvernemental « sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’union économique et monétaire » (TSCG).  Je vous rappelle sommairement son contenu: institutionnalisation de l’austérité et abandon définitif de la souveraineté populaire (si chère à Rousseau) avec l’inscription dans la constitution de la « règle d’or », l’acceptation des sanctions automatisées et la soumission du budget de l’état français au bon vouloir de la Commission Européenne non élue (regroupement et durcissement d’instruments déjà en place: le Pacte de stabilité , le semestre européen, et le pacte pour l’euro plus).
  • Le second est le traité instituant le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) que je vous ai détaillé dès octobre 2011.  Vous pourrez en trouver le texte définitif en français par exemple sur ce site belge.  Je peux vous résumer le MES ainsi: ce sera un organisme financier, installé dans un paradis fiscal (Luxembourg), dont le donneur d’ordre en dernier lieu sera la Commission Européenne (non élue), qui pourra réclamer des fonds (autant que souhaité) aux États membres pour prêter à des pays en difficulté, eux-mêmes membres de cet organisme, à des taux exorbitants (des taux privés et non pas le taux directeur de la BCE), en échange de la mise en place dans ces pays « demandeurs » de plans d’austérité (appelés par euphémisme des plans d’ajustement, comme ceux du FMI) encore plus contraignants que ceux déjà imposés par le traité précédent.  En outre, les États ayant 7 jours pour fournir les fonds demandés par le MES, il est à prévoir qu’ils n’auront pas les fonds au moment où le MES les réclamera et qu’ils devront donc … les emprunter auprès d’organismes financiers privés.  Et si vous pensez que ceci n’alimentera pas la spéculation financière, c’est que vous n’avez rien compris à ces gens-là.  Donnez une boîte d’allumettes à un pyromane névrosé et vous verrez !  Enfin, tout ce MES, locaux, personnels, décisions, documents, tout je vous dis, sera totalement intouchable: « immunité de toute forme de procédure judiciaire, exempts de perquisition, réquisition, confiscation, expropriation ou de toute autre forme de saisie, inviolabilité, exempt de restrictions, réglementations, contrôles et moratoires de toute nature, à l’abri de poursuites.« 

Après discussion, il y aura vote.  Nous y voici !  Comment vont voter nos chers députés, ennemis déclarés depuis peu de la finance ?  Telle est la question.

Amis sympathisants et militants socialistes.  Plus globalement, amis humanistes et démocrates.  Vous avez été conquis par la feinte « combativité » de François Hollande contre la finance au Bourget ?  Vous adhérez aux prises de position du chien de troupeau Arnaud Montebourg dont la tâche (probablement bien négociée) est uniquement de ne pas laisser s’échapper des brebis égarées par l’aile gauche ?  Vous souhaitez vraiment juguler la finance ?  Vous voulez la mise en œuvre d’une politique plus solidaire, plus sociale, plus humaine ?  Vous devez donc souhaiter que vos représentants, vos députés roses et verts, votent contre ces textes iniques ?  Et surtout qu’ils ne s’abstiennent pas, ce qui serait ajouter une couardise à une capitulation comme pour le Traité de Lisbonne à Versailles ?

Je m’avance un peu mais à mon avis vous serez encore une fois cocus.  Choisir les « civilisés de la barbarie » c’est ce que font tous les sociaux-libéraux de tous les pays d’Europe depuis des décennies.  Pourquoi voteraient-ils au parlement français autrement qu’au parlement européen ?  Il n’y a aucune raison.  Ils pensent que les français sont trop éloignés de ces questions, trop bêtes pour s’intéresser à des traités internationaux, qu’ils pourront continuer de vous rouler dans la farine avec de belles phrases creuses et déshumanisées, qu’ils pourront continuer leur double-jeu dans votre dos, que les médias sauront camoufler (voire retourner pour les plus nocifs d’entre eux) encore une fois la forfaiture qu’ils s’apprêtent à commettre.

Écoutez, lisez et essayez de comprendre (car il fait de son mieux pour embrouiller les choses) ce que François Hollande lui-même en dit.  Par exemple dans cet article du monde du 8 février « Traité européen : comment Hollande veut renégocier ».  Il affirme que s’il est élu président de la République, le 6 mai, il demandera une  » renégociation «  du traité sur la discipline budgétaire (le premier traité, le TSCG).  Mais pourquoi attendre la très hypothétique (de plus en plus ;-)) situation d’être élu Président pour tenter de renégocier ?  Pourquoi ne pas directement voter contre le texte qui permet son adoption à l’Assemblée Nationale et essayer ainsi de forcer un référendum ?

La raison est simple: M. Hollande ne trouve rien à redire sur le fond de ces traités. En effet, comme pouvez le voir dans mon comparatif des programmes 2012, François Hollande est favorable à la règle d’or, il est favorable à la mise en œuvre de plans de rigueur par la réduction des dépenses publiques, il est favorable à l’abandon de la souveraineté du peuple français à la Commission Européenne pour ce qui concerne le budget national, il était favorable au semestre européen, au pacte euro+, au pacte de stabilité.

Tout ce qu’il compte renégocier ce sont quelques « précisions », comme il dit, notamment sur le rôle exact de la Cour de justice de l’Union européenne. « Dans quel cadre interviendrait-elle pour vérifier le respect de la discipline budgétaire ? Quelle est la nature de la sanction visant les États qui ne la respectent pas ? Ce sont des points qui devront être précisés« , dit-il.  Convaincu « depuis toujours » qu' »il faut des règles de discipline« , M. Hollande insiste sur la nécessité d’ajouter « un volet de croissance et d’emploi » au traité.  Côté croissance, M. Hollande évoque « l’autorisation faite à l’Europe d’emprunter afin de financer de grands projets, notamment industriels » ou « la possibilité pour la Banque européenne d’investissement d’augmenter sa capacité d’emprunt« .  Côté emploi, il pense à « la possibilité, dans le cadre du budget européen, d’avoir des fonds structurels permettant de soutenir des projets d’investissement dans les pays à faible croissance« .

Putain, que du lourd, vous ne trouvez pas ? 😀

En outre, le candidat du PS explique qu’une fois renégocié, il préfère que le traité soit ratifié par la voie parlementaire plutôt que par référendum: »On ne va pas faire un référendum pour un traité qui ne marque pas une vraie rupture », dit-il.  Ben voyons, l’abandon de la souveraineté populaire ne serait donc pas « une vraie rupture » ?  Incroyable.  C’est le fondement même de notre république, de toute république.  C’est la base du discours des lumières, l’horizon indépassable de Rousseau ou Condorcet, le ciment du contrat social !

Franchement, avec de telles positions, la Commission européenne, le FMI et la finance internationale n’ont qu’à bien se tenir.  Ils doivent faire dans leur froc.

La véritable position de gauche, de républicain, est de refuser ces traités.  Il faut voter contre.

Mais, c’est vrai, le PS, sauf sur quelques sujets sociétaux que l’on jette en pâture aux citoyens de temps à autre (comme vient d’ailleurs de faire Sarkozy) pour leur faire croire qu’ils sont encore en démocratie, n’est plus un parti Socialiste, un parti de gauche.  Regardez mon comparatif restreint aux seuls parti PS et Front de Gauche si vous en doutez.

Résistance, le 21 février à l’Assemblée Nationale !

Résistance, le 18 mars à la Bastille !

Résistance !

Extrait des « Misérables » de Victor Hugo

« En 93, selon que l’idée qui flottait était bonne ou mauvaise, selon que c’était le jour du fanatisme ou de l’enthousiasme, il partait du faubourg Saint-Antoine tantôt des légions sauvages, tantôt des bandes héroïques.

Sauvages. Expliquons nous sur ce mot. Ces hommes hérissés qui, dans les jours génésiaques du chaos révolutionnaire, déguenillés, hurlants, farouches, le casse-tête levé, la pique haute, se ruaient sur le vieux Paris bouleversé, que voulaient-ils ? Ils voulaient la fin des oppressions, la fin des tyrannies, la fin du glaive, le travail pour l’homme, l’instruction pour l’enfant, la douceur sociale pour la femme, la liberté, l’égalité, la fraternité, le pain pour tous, l’idée pour tous, l’édénisation du monde, le Progrès ; et cette chose sainte, bonne et douce, le progrès, poussés à bout, hors d’eux-mêmes, ils la réclamaient terribles, demi-nus, la massue au poing, le rugissement à la bouche. C’étaient les sauvages, oui ; mais les sauvages de la civilisation.

Ils proclamaient avec furie le droit ; ils voulaient, fût-ce par le tremblement et l’épouvante, forcer le genre humain au paradis. Ils semblaient des barbares et ils étaient des sauveurs. Ils réclamaient la lumière avec le masque de la nuit.

En regard de ces hommes, farouches, nous en convenons, et effrayants, mais farouches et effrayants pour le bien, il y a d’autres hommes, souriants, brodés, dorés, enrubannés, constellés, en bas de soie, en plumes blanches, en gants jaunes, en souliers vernis, qui, accoudés à une table de velours au coin d’une cheminée de marbre, insistent doucement pour le maintien et la conservation du passé, du moyen-âge, du droit divin, du fanatisme, de l’ignorance, de l’esclavage, de la peine de mort, de la guerre, glorifiant à demi-voix et avec politesse le sabre, le bûcher et l’échafaud.

Quant à nous, si nous étions forcés à l’option entre les barbares de la civilisation et les civilisés de la barbarie, nous choisirions les barbares. »

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