Les financiers en ont rêvé, les politiques le font

Imaginez …

Imaginez une créature, que l’on appellera MES pour l’instant, constituée ainsi:

« Article 8: Le capital social s’élève à 700 milliards d’euros. (…) »

« Article 9: (…) Les Membres du MES, irrévocablement et inconditionnellement, s’engagent à payer sur demande l’appel de capital effectué par le Directeur Général conformément au présent paragraphe, cet appel devant être payé dans les sept (7) jours suivant la réception de ladite demande. (…) »

« Article 10: Le Conseil des Gouverneurs (…) peut décider du changement du capital social et de la modification de l’article 8 et l’annexe 2 en conséquence. (…) »

Les membres du MES sont des états.  Voilà donc une institution qui peut demander, quand elle le veut, autant d’argent qu’elle veut et les états membres ont, de manière irrévocable et inconditionnelle, 7 jours pour payer.  Déjà, c’est du très lourd.  Mais avançons un peu:

« Article 12: (…) le MES peut fournir une aide financière aux Membres du MES, soumis à une conditionnalité stricte sous un programme d’ajustement macro‐économique (…). »

« Article 13:  (…) Si une décision de principe d’accorder l’aide financière est adoptée, le Conseil des Gouverneurs chargera la Commission européenne de négocier avec le membre concerné du MES  – dans la mesure du possible, en relation avec le FMI et en liaison avec la BCE ‐ un protocole d’accord détaillant les conditions de politique économique, contenus  dans un programme d’ajustement macro‐économique relié à l’aide financière. (…) »

Vous avez noté que l’on parle de plan d’ajustement et cela vous rappelle quelque chose ? Bravo ! 😉  Bien sûr, les fameux Plans d’Ajustements Structurels (PAS) du FMI !  Cette créature est le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) signé par les ministres des Finances de la zone euro en Juillet 2011 dernier, institution qui officiellement, comme d’habitude, est une œuvre quasi-humanitaire qui viendra en « aide » aux pays de la zone euro en difficulté à partir de 2013.  Ce MES est supposé remplacer le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) bidouillé à la va vite pour soi-disant parer aux attaques spéculatives contre les dettes souveraines (grecque, irlandaise, portugaise, etc).  Il faut bien avouer que leur plan « pour sauver » la Grèce a tellement bien fonctionné qu’il aurait été dommage d’en priver tous les autres pays européens (je rajoute un petit mot à ce sujet en fin de billet) :-D.  C’est donc bien une sorte de FMI (avec exactement la même application aveugle des mêmes procédures et des mêmes PAS qui ont prouvé leur inefficacité) mais uniquement pour nous, les états européens.  Un FME, si vous voulez.  Quelle chance on a!

Cela faisait un moment que je souhaitais vous en parler, et puis hier matin, j’ai entendu Barroso, le dictateur de la Commission européenne, dire qu’il souhaitait avancer la date de mise en œuvre de cette ignominie du 1er juillet 2013, telle que prévue aujourd’hui, à mi-2012. Il devient donc beaucoup plus urgent d’informer autour de soi.  Voici le texte original en anglais pour vous montrer que rien de tout ceci n’est du pipeau.

Continuons encore la lecture de ce document affligeant.  Outre l’ineptie d’institutionnaliser, de pérenniser dans le marbre les méthodes dogmatiques des bons docteurs inféodés aux puissances financières  (« on vous prête de l’argent à un taux exorbitant et en contre partie vous comprimez votre économie et vous donnez tous ves bijoux nationaux au secteur privé »), le traité va beaucoup plus loin.  Lisez:

« Article 13: (…) La Commission européenne doit signer le protocole d’accord au nom du MES »

« Article 13: (…) La Commission européenne – dans la mesure du possible, de concert avec le FMI, et en liaison avec la BCE ‐est chargé de surveiller la conformité avec la politique économique des  conditions liées à l’aide financière. ‘…) »

On institutionnalise donc aussi la mise aux commandes de La troïka, Commission Européenne, FMI et BCE, dont je rappelle qu’aucun des membres n’est élu par le peuple, ni ne sont responsables devant personne.  On institutionnalise le régime de dictature.  Mais vous devez déjà être au courant de cette dérive si vous me lisez régulièrement.  Sinon, vous pouvez jeter un œil à mes précédents billets sur le sujet: Juste un petit mot sur le semestre européen, Europe: programmes de stabilité et programmes de réforme, Vote du pacte Pacte Euro+, Dérive a-démocratique de l’union européenne.

Mais attendez, vous n’avez encore rien lu.  Ce qui suit est tout bonnement incroyable.  Au sens propre: j’ai eu du mal à le croire en le lisant.  Voyez vous-même:

« Article 27: (…) Le MES a la pleine personnalité juridique, il doit avoir la pleine capacité juridique: (a) pour acquérir et aliéner des biens immobiliers et mobiliers; (…) (c) pour poursuivre en justice (…)

Le MES, ses biens, fonds et avoirs, où qu’ils se trouvent et quel qu’en soit le détenteur, jouissent de l’immunité de toute forme de procédure judiciaire, sauf dans la mesure où le MES renonce  expressément à son immunité dans le but de toute procédure ou par les conditions de tout contrat, y compris la documentation sur les instruments financiers.

La propriété, le financement et les  actifs du MES, où qu’ils se trouvent et quel qu’en soit le lieu, sont exempts de perquisition, réquisition, confiscation, expropriation ou de toute autre forme de saisie, de prise par action de l’exécutif, judiciaire, administrative ou législative.

Les archives du MES et en général, tous les documents lui appartenant ou détenus par elle, sont inviolables.

Les locaux du MES sont inviolables.

Pour mener à bien les activités prévues dans ce traité l’ensemble des biens, fonds et avoirs du MES devront nécessairement être exempt de restrictions, réglementations, contrôles et moratoires de toute nature. »

« Article 30: (…) Gouverneurs, Gouverneurs suppléants, Directeurs, Directeurs suppléants, le Directeur Général et Membres du personnel doivent être à l’abri de poursuites à l’égard des actes accomplis par eux dans leur qualité officielle et jouissent de l’inviolabilité à l’égard de leurs papiers officiels et documents, sauf lorsque le Conseil des Gouverneurs renonce expressément à cette immunité. (…) »

Voici donc l’être suprême.  La machine parfaite.  La bête ultime.  Une fois créée, cet être a tous les droits d’une personne morale normale mais rien ni personne ne peut plus rien lui faire, ni à l’institution elle-même, ni à ses biens, ni à ses personnels  Aucun juge, aucun tribunal, aucun pouvoir judiciaire, aucune police, aucun député, aucune commission parlementaire, aucun pouvoir législatif, aucun peuple !  La fin de la démocratie !

Bien entendu, ils savent ce qu’ils font.  Voici ce qu’ils ont imaginé dans leur cerveau malade et leur cœur rabougri. Voici comment tout cela va fonctionner.  Les spéculateurs vont attaquer la dette souverain d’un pays (lequel ?  On s’en fout, de toute manière on va tourner !).  Rien de plus facile.  Je vous ai déjà expliqué ce mécanisme dans mon billet « La dette souveraine des pays européens. »  Cela commence avec l’achat massif de CDS sur les bons de ce pays et la dégradation quasi-automatique des notes éructées par leurs sociétés de notation.  Et la machine implacable s’enclenche. Les taux d’emprunt explosent, le pays a des difficultés à refinancer le service de sa dette qui arrive à échéance, il fait donc appel à « l’aide » du MES, celui-ci s’empresse de réclamer les fonds nécessaires aux pays membres, les membres empruntent sur les marchés privés pour payer dans les 7 jours le montant demandé, les fonds sont libérés vers le pays demandeur à condition que celui-ci offre une tournée supplémentaire de régression sociale et de casse de l’état, et le pays en difficulté peut alors utiliser l’argent … pour rembourser aux banques privées son service de la dette.  La boucle est bouclée.  Des pays empruntent sur des marchés privés pour donner de l’argent à ces mêmes marchés privés!

Le mouvement perpétuel d’accumulation sans fin du capital aux détriments du travailleur.  Des vampires sous perfusion permanente pompant directement dans le système veineux des peuples d’Europe.

Et on n’aura même plus l’espoir de pouvoir un jour les poursuivre au Tribunal Pénal International (TPI) comme je le réclame depuis quelques temps.  Pas si fous que ça !  Ils savent très bien que ce qu’ils font est un crime contre les peuples et se préservent des conséquences de leurs actes grâce à l’immunité universelle qui leur est accordée.

Le plus révoltant, probablement, est que, comme d’habitude, personne n’en parle.  Et surtout pas les médias.  Ils pensent probablement que le temps de cerveau disponible du bas peuple est inapte à la compréhension de tels sujets.  Ou peut-être est-ce leur propre cerveau qui est inapte.  Ou peut-être ne l’ont-ils eux-même jamais lu, par paresse ou par confiance aveugle dans « la seule voie possible ».  Beaucoup ne savent même surement pas ce que c’est.  Vous comprenez, ce sont des journalistes politiques.  Avec carte professionnelle et tout et tout.  Ils doivent donc analyser, décrypter, commenter les  carrures d’homme d’état comparées de Hollande et de Sarkozy.   Eh bien moi, je prends le pari que ce MES vous intéresse.  Pour peu qu’on explique.  Ça vous intéresse de savoir ce que nos doctes gouvernants font en notre nom à nous, peuples d’Europe, en votre nom à vous.

Je reviens maintenant une seconde sur les « multiples plans de sauvetages » de la Grèce.  Vous êtes témoin du fait que tout s’est exactement déroulé comme nous l’avions prédit (si vous ne l’êtes pas, relisez mes billets depuis le début de l’année).  L’endettement de la Grèce, suite à l’application des remèdes miraculeux de la troïka, a augmenté de 30% en un an et demi, comme nous l’avions anticipé.  L’Europe envisage aujourd’hui sérieusement des mesures que nous proposions dès le début de la crise grecque en avril 2010 en nous faisant traiter d’irresponsables incultes:

  • achat de bons du trésor grec directement par la BCE (sauf qu’ils continuent la stupidité de les faire racheter par la BCE sur le second marché après un passage par l’emprunt privé, au lieu d’autoriser directement la BCE à acheter les bons grecs sur le marché primaire au taux qu’elle accorde aux banques privées)
  • re-structuration (c’est à dire défaut de paiement que nous anticipons depuis le début) de la dette grecque en demandant aux créanciers privés de s’asseoir sur 50% de leurs créances (ce qui est à nos yeux certainement trop faible, puisque nous demandons pour la dette française, comme l’a fait Rafael Correa en Équateur, un audit qui mettra certainement en évidence qu’une part beaucoup plus importante de cette dette est odieuse ou illégitime)

Mais ces gens ne sont pas stupides !  Enfin, pas tous !  Et surtout pas cette oligarchie qui impose ces « plans d’aide ».  Alors pourquoi maintenant ?  Pourquoi commencer à faire aujourd’hui (enfin, c’est pas fait encore, mais ça en prend le chemin) une partie de ce que nous proposons depuis plus d’un an ?  Je le répète, encore et encore et encore.  Outre le bonus de se goinfrer au passage, le vrai but était la casse des acquis sociaux du peuple grec.  Ils doivent être satisfait de leur œuvre et vont maintenant s’attaquer à une autre proie (souvenez-vous, cet été je vous signalais l’augmentation en flèche du cours des CDS sur la dette française et cette semaine, Moody’s a mis la France sous surveillance négative, un scénario que l’on connait bien).  Il s’agit d’organiser, rapidement et universellement, la plus grande régression sociale de toute l’histoire de l’humanité en tant de paix.  L’objectif est la mise au pas, et pour longtemps, des peuples, des salariés, des travailleurs.  Qu’ils baissent la tête, qu’ils détournent le regard, qu’ils aient peur, qu’ils courbent l’échine, qu’ils acceptent, qu’ils se résignent, qu’ils se battent pour des miettes les uns contre les autres.  Le capital n’a jamais cessé, lui, sa lutte des classes.  Les grands actionnaires sont toujours en guerre et agit en conséquence.

Soyons concrets, pour la Grèce, le véritable but recherché et atteint est ceci: gel total du salaire des fonctionnaires, gel des retraites puis amputation des pensions de 7 % en moyenne, suppression des 13e et 14e mois pour les retraités et salariés du public, gel des salaires, non remplacement de 4 fonctionnaires sur 5, augmentation des taxes sur la consommation, augmentation de la TVA (de 13 à 23%), augmentation des taxes sur les carburants, le tabac et l’alcool, création d’un impôt de solidarité de 1 à 4 %, en fonction des revenus, et d’un impôt supplémentaire de 3 % pour les fonctionnaires, âge de la retraite à 65 ans, augmentation progressive de la durée de cotisation (de 37 à 40 ans), durcissement des critères pour les allocations sociales et chômage, réduction des retraites complémentaires, suppression des allocations de solidarité pour les chômeurs de longue durée, les salariés à faible revenu, les retraités, les paysans, réduction de celles des handicapés, autorisation de licencier les salariés d’organismes publics, privatisations pour les sociétés nationales de gaz, d’électricité et d’exploitation minière, dans les autoroutes, ports, aéroports, poste, banque, …

et j’en passe …

J’insiste.  Voilà, le but recherché !  Et obtenu !  Grâce à notre résignation !

Ce MES n’est pas encore définitivement adopté.  Le traité devient définitif lorsque les Parlements des 17 pays de la zone euro l’auront ratifié.  Ces ratifications doivent avoir lieu d’ici au 31 décembre 2011.  Et faites confiance aux médias pour n’en rien dire … jusqu’au jour de la signature où il sera trop tard.

Résistance !

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