Nous on peut !

Nous on peut !  Jacques Généreux
Nous on peut ! Jacques Généreux

Je viens de terminer la (première ;-)) lecture du dernier livre de Jacques Généreux, « Nous on peut! ».

Je suppose que vous ne me trouverez pas original si je vous dis qu’il faut impérativement le lire.  Tant pis, je vous le dis: il faut impérativement le lire.  11 € pour 138 pages de positivisme économique concret, argumenté, précis qui détruit et démythifie la rengaine mortifère de l’impuissance d’un état seul face à la ploutocratie financière mondialisée.

Aujourd’hui, il n’est plus question de savoir si le néolibéralisme constitue un progrès social pour les peuples.  Ce débat est tranché.  La réponse est non.  Et ce, même si, grâce à la compromission, la trahison, le cynisme, l’inculture ou la paresse des grands partis politiques et des grands médias, c’est encore le Dogme néolibéral qui prévaut comme religion économique universelle.

Laissez-moi faire un « rapide » aparté à ce sujet

La théorie des sciences économiques a en effet démontré que le mythe de la Main invisible cher à Adam Smith, selon lequel la somme des intérêts individuels et égoïstes que recherchent les acteurs du marché est égale à l’intérêt général, est pur délire.  Outre les conditions non remplies sur la concurrence pure et parfaite, il faudrait de plus que TOUS les agents opérant sur ces marchés (acheteurs, vendeurs, intermédiaires, etc) soient:

  • totalement libres (aucune contrainte, inféodation, subornation hiérarchique, clientélisme, retours d’ascenseurs, etc)
  • parfaitement et également informés (J. Stiglitz a d’ailleurs obtenu son prix Nobel d’économie grâce à sa théorie sur  l’asymétrie d’informations)
  • des personnes agissant constamment de manière rationnelle ( extraordinaire, voire mdr comme disent les moins vieux !!  😀 )

Ces conditions, sur la concurrence et sur les agents, ne sont JAMAIS satisfaites dans la vrai vie.  Cela n’existe que chez les bisounours.  Le néolibéralisme ne pouvait donc théoriquement pas fonctionner, je parle dans le sens « constituer un système progressiste pour l’humanité ».  Car je rappelle qu’il fonctionne parfaitement pour l’oligarchie possédante.

Et dans la pratique, c’est encore plus évident: crises à répétitions (économiques, financières, écologiques, sociales, sociétales, alimentaires,  démocratiques, politiques) et enrichissement extrême d’une infime minorité au détriment de la paupérisation d’une majorité croissante du peuple qui travaille.  Il suffit de dresser le bilan historique de ces 30 dernières années pour s’en convaincre s’il en était encore besoin.

La question fondamentale qu’il faut donc se poser est bien « Pourquoi diable le système néolibéral, notoirement nocif pour l’être humain, est-il donc encore le [seul] socle commun de [pratiquement] toutes les réponses politiques proposées au peuple ? »  La réponse est simple.  Le virus TINA (le fameux There is no alternative de M. Thatcher) a été répandu à dessein depuis 30 ans et a fini par contaminé [toutes] les têtes: « Il n’y a pas d’alternatives !  Qu’est-ce que vous voulez faire ma brave dame, on y peut rien. C’est à cause de la mondialisation.  Il faut rester compétitif.  On est coincé, désolé.  Donc, cette année, je vous coupe la sécurité sociale et la retraite.  L’année prochaine on devra vous couper l’éducation nationale.  Allez, circulez et have a nice life. »

D’ailleurs, je le sens bien moi-même au détour de mes conversations (toujours très calmes, vous me connaissez ;-)).  Beaucoup de gens commencent à accepter la nécessité de mener une politique radicale, d’affrontement avec la capitalisme financiarisé mondial.  Comme je le disais dans mon message précédent, beaucoup de mesures que nous soutenons depuis des années commencent à être acceptées ou au moins discutées.  Regardez, même la Commission Européenne qui va enfin mettre en place la taxe Tobin que nous réclamons depuis 15 ans.  En quelque sorte, nous avons presque gagné la première bataille, celle de la légitimité et de l’efficacité de nos mesures.  Aujourd’hui, toute conversation, toute discussion, tout débat mène inévitablement au point Godwin de l’économie mondiale, j’ai nommé la prétendue non-faisabilité de notre programme au sein d’une Union Européenne en compétition mondialisée.  Voilà ce que j’entends tout autour de moi: « Oui, tout ça c’est vrai que ça serait bien, mais on ne peut pas, voyons !  Comment voulez-vous que la France puisse agir toute seule dans son coin ! »

Voici le grand intérêt de ce livre

(J’y reviens enfin ;-)) Il explique très clairement que « oui, nous on peut » et surtout il décrit comment.

Les 3 premiers chapitres plantent rapidement le décor et reviennent sur les fondamentaux ;-): les trois âges du capitalisme, le pourquoi et le comment de la soumission volontaire des états au Dogme néolibéral, la mondialisation, les causes des crises du capitalisme en général et des crises contemporaines en particulier, dont la crise de la zone euro actuelle.  Pour les personnes « politisées » connaissant donc déjà parfaitement ces sujets, cette partie reste cependant très intéressante car les arguments sont synthétisés avec l’expertise, le talent, la pédagogie, l’enthousiasme et l’humanité habituels de l’économiste professeur à Siences Po., Jacques le bien nommé.  Ces sujets pourront être détaillés, creusés, affinés dans ses autres livres et en particulier dans « La grande régression« .

C’est à partir du quatrième chapitre que l’on aborde le fond du sujet, à savoir « l’avant-programme de tout projet de transformation sociale » :

« les mesures prioritaires qui rendent possible et conditionnent la mise en œuvre de tout projet progressiste.   Le plus ambitieux des programmes progressistes n’est qu’un leurre et un mensonge grossier, s’il ne commence pas par décrire la façon dont le gouvernement entend, dès les premiers jours de son mandat, s’affranchir du pouvoir des marchés, des banques, des spéculateurs, […] des institutions financières internationales, et […] des lois européennes qui soumettent précisément les états à la dictature des marchés et des gestionnaires de capitaux. » *

L’argumentaire est alors le suivant:

« Il y a donc deux plans d’actions simultanés à lancer pour un gouvernement de gauche déterminé à rompre avec le système: l’un permet de reprendre le contrôle de la finance, l’autre permet de sortir de la crise financière sans la faire payer aux peuples. »

Je ne détaillerai pas ici ces mesures.  Je ne souhaite pas retaper tout le livre ;-).  Et de plus, il s’agit du travail et du savoir-faire de Jacques Généreux qui est naturellement protégé par le code de la propriété intellectuelle.  Il s’agit de mesures très concrètes, très précises et formant un ensemble cohérent (il n’est pas possible d’en enlever une sans en affaiblir ou en dénaturer une autre).  Pour la plupart, vous les retrouverez d’ailleurs dans le programme « l’Humain d’abord » dont des extraits sont listés en rouge ci-contre.  Et si vous me lisez régulièrement vous voyez de quoi il s’agit.  Ce qui est fondamental et structurellement différent d’autres programmes qui se disent de « gôôche » c’est le mode d’application concret de ces actions qui

« devraient dans l’idéal être entreprises au niveau de l’UE, chaque fois qu’elles entrent dans son domaine de compétence.  C’est donc ainsi qu’il faut les entendre, en premier lieu.  Mais en second lieu, dans le cas (le plus probable) où il n’est pas envisageable d’obtenir ces mesures au niveau de l’UE, il faut comprendre ici que ces dernières doivent être mises en œuvre par des décisions nationales unilatérales.  Dans ce cas, le gouvernement doit en même temps proposer à tous les États membres qui le souhaitent de constituer un « Espace financier régulé et solidaire » (ESFIRÉSO) dans lequel s’appliqueraient (notamment) les mesures listées ci-dessous.  Rien n’oblige un État à sortir de l’UE ou de la zone Euro pour prendre les mesures proposées ici, même quand celles-ci sont incompatibles avec l’état actuel des traités. »

Arrive alors un pur régal: les réponses, par anticipation, aux contre-arguments pavloviens des défenseurs du Dogme que l’on entend déjà tous bourdonner dans nos têtes (non ?).  Je vais quand même tenter de résumer ici pourquoi il ne faut pas avoir peur des représailles que l’on nous promet si nous avions l’audace d’appliquer ce programme:

  1. l’exode des talents: ces mesures « ne feront pas fuir les meilleurs dirigeants, mais les pire d’entre eux!  En effet, la plupart des chefs d’entreprise, des entrepreneurs, des managers sont, figurez-vous, des êtres humains assez ordinaires: ils s’investissent dans une activité qui les passionne et aspirent à la reconnaissance sociale pour leur travail; ils sont attachés aux lieux où ils ont grandi, aux personnes avec lesquelles ils vivent, etc. »
  2. l’exode des capitaux: « la menace repose sur l’illusion que le financement de notre économie est assuré par l’argent des riches qui risquent de s’enfuir.  J’ai déjà montré plus haut que les riches et les gros actionnaires ne financent pas notre économie, ils la siphonnent, puis « investissent » le fruit de leur extorsion de fonds dans des jeux financiers, des résidences secondaires (voire tertiaires, quaternaires et davantage encore) ou des dépenses de luxe.  [… En outre]  notre plan d’actions a pour premier effet de stopper cette fuite de capitaux. »
  3. la dégradation de la France: les mesures prévoient « la renationalisation du financement de la dette publique » (voir l’exemple du Japon endetté à 200% de son PIB sans aucun problème) et « les dettes excessives seront liquidées » (dettes illégitimes).  Par conséquent, « la mauvaise note éventuelle informera donc les prêteurs du monde entier qu’il est peu recommandé de prêter de l’argent à un pays qui ne vous demande aucun prêt! » 😀
  4. la faible attractivité de notre territoire: « notre programme est rebutant pour les prédateurs et spéculateurs, mais séduisants pour bien des entreprises car il nous donne les marges de manœuvre nécessaires pour un nouveau développement (écologique, social, scientifique) créant de multiples opportunités d’investissement pour des entrepreneurs. »

Enfin le dernier chapitre est dédié au traitement de la position cruciale, elle aussi très clivante par rapport aux autres programmes politiques: l’affranchissement de la France de l’eurolibéralisme sans pour autant sortir de l’Union Européenne, ni, si possible de la zone Euro.  On y reparle de quelques fondamentaux comme la création monétaire (si peu comprise pour le citoyen de base), les banques centrales nationales, la BCE, le traité de Lisbonne.  Le but est d’expliquer comment s’y prendre pratiquement:

« on peut donc sortir du carcan néolibéral d’une politique monétaire inadaptée à un pays particulier, sans sortir de l’UE ou de l’euro. […] Un gouvernement déterminé peut mener cette action subversive dans l’UE: il peut cesser d’appliquer l’intégralité du Traité de Lisbonne […] sans s’imposer les difficultés supplémentaires qu’engendrerait une sortie de l’euro.  Le gouvernement peut engager cette épreuve de force dans un cadre légal.  En invoquant le Compromis de Luxembourg. »

Les dernières sections du livre traitent tout de même des options possibles face à un éventuel éclatement de la zone euro, qui, bien que non souhaité reste possible.

Pour conclure, je reprendrai tout naturellement les dernières lignes qui donne tellement la pèche:

« Qu’un seul pays fasse la démonstration que cette alternative politique est possible par le seul vote de nouvelles lois, et la révolution démocratique peut l’emporter partout, dès lors que partout on sait qu’elle est vraiment possible. Toi, qui le sais à présent, il ne te reste qu’à faire circuler la bonne nouvelle! »

Je m’y attelle, à vous maintenant !

* Tous les textes entre guillemets à l’intérieur des cadres en exergue sont des extraits du livre de Jacques Généreux.

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