Le FMI pris la main dans le Dogme

Un rapport intéressant est sorti en Juin 2011 et personne, ou presque, n’en a parlé (seul le Monde Diplo à ma connaissance).  Comme d’habitude.  En même temps, il faut reconnaître que cela coïncidait avec l’éclatement de l’Affaire (vous savez, l’affaire people américano-française, l’affaire qui est juste nommée d’après un acronyme).  La situation ne manque d’ailleurs pas d’ironie puisqu’il s’agit justement d’un rapport concernant le fonctionnement du Fond Monétaire International (FMI ou IMF en anglais).  Que n’a-t-on pas entendu sur le rôle positif du bon docteur Strauss-Kahn au sein du FMI !  A en croire les « experts », « éditorialistes » et autres doctes « commentateurs » qui sévissent en permanence sur nos médias et dans notre presse, sa présidence avait permis de transformer l’institution financière mondiale en organisation humanitaire coopérative gauchiste dévouée à la seule instauration de la justice humaine universelle (j’exagère à peine ;-)).

Or, il est évident pour toute personne regardant les faits d’un peu plus près, que le FMI a toujours été, est et reste une institution financière au service exclusif du Dogme néo-libéral de manière générale, et des intérêts de la finance en particulier.  Que ce soit sous Camdessus, Strauss-Kahn ou maintenant Lagarde, le FMI a toujours appliqué les mêmes recettes du Consensus de Washington (conçues dans les hauts fourneaux de la sainte trilogie, les marchés, la concurrence et la dérégulation, amen) à tous les pays qu’ils ont attaqués depuis des décennies (souvent avec leurs complices habituels, la Banque Mondiale, l’OMC et maintenant la BCE et l’Union Européenne): pays africains, républiques libérées de l’ancien bloc de l’est, pays d’Asie du Sud-Est, pays d’Amérique du Sud et aujourd’hui pays européens (Lettonie, Ukraine, Roumanie, Hongrie, Islande, Grèce, Irlande, Portugal et maintenant Italie) .  Ces recettes ont pu porter dans le temps des noms différents (Conditionnalités, Plan d’Ajustement Structurel (PAS), plan de stabilité ou plan de lutte contre l’endettement) mais pour les pays cibles, les réformes imposées comprennent toujours les mêmes cocktails indigestes à base de réduction du rôle de l’état, de réduction des dépenses sociales, de réduction des impôts pour les plus riches, les grandes entreprises et les spéculateurs (incompréhensiblement et invariablement appelés investisseurs), d’augmentation de TVA, de privatisations forcées, de déréglementation et « flexibilisation » des législations sur le travail, de gel des salaires, de dérégulation et ouverture des marchés (commerciaux, monétaires, financiers) aux pays étrangers, etc…  Le but recherché est toujours le même: favoriser l’accroissement des profits des grandes entreprises transnationales privées, pour la plupart américaines et européennes, au détriment de l’être humain et de l’écologie (mais c’est la même chose).

Les résultats objectifs sont pourtant connus: dans tous les pays où le FMI a imposé ses réformes, il s’en est suivi de graves crises financières, économiques, sociales, alimentaires, démocratiques, bref, humaines: Afrique, Europe de l’est, Asie du Sud-Est, Amérique du Sud et maintenant Union Européenne.  C’est pas faute de l’avoir dit, écrit, crié sur tous les tons: les plans d’austérité imposés à la Grèce (le premier en 2010 et le second aujourd’hui) vont accroitre le problème plutôt que de le résorber.  Et ben vlan !  Le taux d’endettement de la dette grecque ne cesse d’augmenter.  Oh ben merde alors, on s’y attendait pas !

Ce rapport, pour revenir à lui, est donc le bienvenu pour convaincre ceux qui doutaient encore, ceux qui, mettant sur le compte d’un présumé parti-pris notre dénonciation de cet organisme, ne s’apercevaient même pas de leur propre aveuglement et endoctrinement.  Le rapport « Research at the IMF: Relevance and Utilization » (« La recherche au FMI: pertinence et utilisation »), du 21 Juin 2011, est publié par le Independant Evaluation Office du FMI, organe du FMI chargé de son évaluation, et qui se veut, qui se croit, qui se proclame indépendant.  Ils ne sont bien évidemment pas indépendants, soyons sérieux, et cela se ressent d’ailleurs à la lecture de ce rapport où ils essaient en permanence de mettre des gants.

Mais quand même, voici les termes, écrits noir sur blanc, utilisés pour qualifier le FMI (en essayant bien sûr de présenter les choses sous une forme plus ou moins positive d’axe d’amélioration future), en particulier entre les alinéas 36 et 46:

  • Recherche institutionnellement orientée
  • biais idéologiques
  • autocensure
  • conclusions préconçues
  • faible diversité d’approches théoriques
  • étroitesse de vues
  • cadre analytique inapproprié aux réalités des pays étudiés

Et de noter:

  • parfois, les recommandations ne découlaient pas de l’analyse
  • le FMI est obnubilé par un type de message et n’accorde aucune considération aux autres manières de voir
  • obsédé par les réductions d’impôts, le modèle théorique principalement utilisé ne fait aucune place à la redistribution ou au chômage
  • 62% des économistes du FMI interrogés se sont très fréquemment ou assez fréquemment sentis contraints d’aligner leur recherche et leurs conclusions sur les positions du FMI
  • plus de la moitié des employés a déclaré qu’ils avaient eux-mêmes vécu ou connu des cas où les résultats avaient été ajustés à ce qui était perçu comme le point de vue institutionnel sur le sujet

Voilà.  N’est-ce pas exactement la définition d’un comportement dogmatique ?

C’est exactement et uniquement ce que je dis, et depuis des années.

Le FMI est l’un des corps d’armée du Dogme.  Je parle de l’armée régulière, officielle, qui dicte ses ordres aux états sous occupation, par écrit, sous la forme de conditionnalités ou de PAS, sans aucune considération pour des concepts, il est vrai tout à fait démodés, tels que souveraineté, démocratie ou peuple.

Et puis, pour finir sur une note un peu plus « conspirationniste » :-D, il y a l’armée secrète, composée de lobbyistes et de faiseurs d’opinion, mais aussi de personnages plus … persuasifs, tel John Perkins, (attention tout de même, le personnage est à écouter avec beaucoup de précautions comme tous les « repentis »):

Article source: Bonnet d’âne pour le FMI, de Pierre Rimbert, dans le Monde Diplomatique d’août 2011

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