Il n’y a guère de retour en arrière possible

Je voudrais, si vous me le permettez, commencer, une fois n’est pas coutume, par de larges extraits du texte d’un autre. Il synthétise tellement à la perfection ce que je voudrais dire qu’il n’est nul besoin d’en changer un mot :

[On] « a franchi une limite au delà de laquelle il n’y a guère de retour en arrière possible. (…)

Qu’une seule fois il ait été dit, par une autorité du système lui-même, que les Etats-Unis ne sont plus un placement sécurisé et c’est tout un univers qui prend fin. (…)

Car tout l’édifice financier mondial repose en dernière instance sur un pur article de foi à propos de la valeur refuge d’une monnaie, le dollar, dont tout le monde sait pourtant qu’elle ne vaut peut-être pas le prix de l’encre et du papier avec lesquels elle est fabriquée. Au même moment, et ce n’est pas un hasard, l’Euro trébuche une fois de plus, montrant qui avait raison entre ceux qui criaient à la guérison du fait de leur remède de cheval et ceux qui soulignait l’impasse aggravée. Ainsi, en plein mois d’août, aux Etats-Unis et en Europe, c’est-à-dire au cœur du cœur du système capitaliste mondialisé, un monde s’étouffe tout seul sous l’effet de ses propres normes, mensonges et règles absurdes. Ah oui ! Comme nous avons en vain décrit, analysé, décortiqué et prédit, des années durant, les effets à venir de la ronde aveuglée des capitaux fictifs et des capitaux flottants ! Comme nous avons alerté, tant de fois, contre la cancérisation générale de l’économie par cet épisode de financiarisation si spécial de l’histoire du capitalisme ! Ce travail de l’altermondialisme n’enlève rien à l’effet de stupeur que provoque la confirmation de nos thèses par les évènements de ces derniers jours. (…)

Naturellement la plupart des gens ne comprennent rien à ce qui se passe et ils n’auront guère moyen de le faire compte tenu des refrains déjà mis en circulation. La propagande dominante s’arcboute sur les thèses qui ont conduit à la catastrophe : « il faut faire des sacrifices, il faut rembourser la dette » bla bla. Bien sûr, la Grèce ne remboursera jamais, bien sûr, les Etats-Unis non plus. Bien sûr que la suite va mal tourner et toutes les tensions s’aggraver dans les nations et entre elles. Sauf si ! Sauf si tout pouvait continuer comme avant. Si l’illusion pouvait durer. Si chacun voulait bien « faire semblant », comme avant. C’est à quoi ils travaillent. C’est ce qu’ils appellent « regagner la confiance des marchés ». Encore une minute monsieur le bourreau ! Mais nous, nous savons.

Ces jours-ci le monde franchit un seuil. Une nouvelle saison de l’histoire est vraiment engagée. Nous n’en serons pas spectateurs mais acteurs. Une dure séquence est à venir. Je ne l’aime pas, mais je n’en ai pas peur. L’expérience accumulée par l’examen de tant de situations dans le monde, le refus du confort de courir avec la meute des importants nous ont bien préparés. Ils me  font voir ce qui vient, sans surprise et bien équipé de solutions. Cependant, comme il est étrange de lire, parfois sous la plume de nos pires détracteurs, des phrases et des idées qui hier encore nous étaient reprochées comme la preuve de notre « archaïsme ». Je pense par exemple au journal « Le Monde ». Il prête à l’économiste Daniel Cohen, dont il est précisé qu’il est membre du conseil de surveillance de ce quotidien, une analyse où la BCE devrait fonctionner comme une « bombe nucléaire » pour faire « capituler les marchés ». Comment ? En achetant massivement les titres de dettes souveraines chaque fois qu’une tension anormale apparaitrait en sorte que les « marchés » sachent que la banque centrale « aura toujours le dernier mot ». C’est exactement ce que nous disons sur tous les tons, depuis le début de la crise grecque. Et qui nous vaut d’être classé à « l’extrême gauche » par ce journal. Et comme il est frappant de lire, dans la même page, une démonstration chiffrée du fait que jamais la dette grecque ne pourra être payée, même en une génération ! Avons-nous jamais expliqué autre chose?

Pourtant, avoir eu raison ne nous vaudra aucun avantage particulier. L’histoire n’est pas un colloque savant. La lutte va s’aiguiser, les rapports de force se tendre ! Dans l’immédiat voici les deux camps possibles: capituler ou résister. » J.L. Mélenchon, 6 août 2011

Voilà.

La catastrophe que j’annonçais pour la rentrée sera peut-être avancée d’un mois.

Pour parler une minute de notre pays, malheureusement, ne croyez nullement nos Sarko, Baroin et autre Lagarde, la France n’échappera pas à la déferlante. Oh bien sûr, il y eu ces fameux stress tests à la fin juillet. Et la France s’en est sortie « haut la main ». Conclusion Coué du petit Baroin : le nuage de Tchernokrach s’arrêtera à nos frontières.

Je rappelle que ces tests de résistance bancaire consistent à simuler des conditions économiques et financières extrêmes mais plausibles afin d’en étudier les conséquences sur les banques et de mesurer leur capacité de résistance à de telles situations.

Or, voici ce que l’on a beaucoup moins ébruité à la fin juillet (voire pas du tout selon les médias)  :

  1. il s’agit d’un système d’auto-notation où chaque banque effectue ses propres calculs
  2. aucune hypothèse ne retient le cas d’un défaut de paiement pur et simple d’un pays (c’est à dire le risque le plus probable, on croit rêver, non?!)
  3. les 4 banques françaises qui ont réussi « haut la main » ces tests … détiennent pour des montants très importants des bons de la dette grecque, dette qui sera en défaut tout ou tard :

Encore un foutage de gueule donc.

Bien sûr, si les agences de notation (seulement S&P pour le moment) dégrade les Etats-Unis, c’est que les spéculateurs pensent en tirer un bénéfice, qu’il y a encore des $ à se faire, encore du sang à sucer.  Il est d’ailleurs hilarant d’écouter comment la chaine d’informations continue russe en langue anglaise, RT, commentait l’accord qui devait être conclu entre Républicains et Démocrates américains pour rehausser le plafond de la dette US.  Je cite : « JP Morgan et Goldman Sachs sont à la classe moyenne américaine ce que Buffalo Bill était à la population des bisons en Amérique » 😀

Mais quoi qu’il en soit, la dégradation des Etats-Unis va amener les 3 sphinx de bikini apocalyptiques, Moody’s, Fitch et S&P à reconsidérer le triple A accordé aux 15 pays encore dans ce cas, dont la France. Et ce, malgré leur dénégation en forme de prière à la sainte trinité, le Marché, la Concurrence et la Dérégulation (amen). La France est d’ailleurs d’ores et déjà dans la ligne de mire puisque, depuis quelques jours, le cours des CDS de la France (credit default swaps, cette fameuse assurance sur les dettes qui indique à quel point les spéculateurs pensent qu’un pays risque de faire défaut) fait des bonds (si j’ose dire):

La spéculation est donc déjà à l’œuvre sur la dette française. Et elle pourrait se déchaîner dès lundi.

L’addition de toutes ces années de libéralisme débridé, aveugle, sourd, autiste, de déréglementation au seul profit de la finance, de faillite de nos journalistes et de trahison de nos politiques va être présentée aux peuples. Et elle sera salée.

Et alors peut-être … peut-être que, comme J. Généreux le bien nommé, le dit en conclusion de sa Grande Régression :

« Et, quand la ronde bute face à un mur, au moment où le monde vacille au bout d’une impasse, c’est parfois la direction choisie par une infime proportion de l’humanité qui donne l’impulsion décisive vers un autre destin collectif. »

Demain, donnons l’impulsion décisive !

Aujourd’hui, résistons !

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